Monument du foot français, le FC Sochaux est menacé de couler avec son propriétaire hongkongais. Pour le sauver, les initiatives se multiplient.


Les lecteurs de Causeur ont pris l’habitude de suivre les mésaventures du club de foot favori de l’auteur de ces lignes. Dès mai 2015, nous avions dit nos craintes en voyant débarquer un nouveau propriétaire hongkongais dont le manque de solidité financière rivalisait avec le flou du projet. Nos craintes ne se sont pas apaisées, peu s’en fallait, en observant les premiers pas du nouveau président du club, nanti d’une personnalité aussi mystérieuse que fantasque. Nous avons ensuite rendu compte des premiers pas d’une fronde menée par l’ensemble des groupes de supporteurs, conscients de l’extrême dangerosité que faisait courir ce propriétaire au plus vieux club professionnel français.

Menace de rétrogradation 

Et nous avions fini par prendre personnellement la plume en novembre dernier, adressant à l’ambassadeur de la République populaire de Chine en France, une lettre ouverte, alertant Son Excellence sur la piètre image que donnait Wing-Sang-Li des investissements chinois dans notre pays. Ce courrier a connu un destin particulier puisque le collectif des groupes de supporteurs sochaliens « Sochaux United » a souhaité le reprendre à son compte et que deux sénateurs, Cédric Perrin (LR) et Martial Bourquin (PS) l’ont fait parvenir personnellement à l’ambassadeur.

Il faut préciser qu’entretemps, la DNCG, gendarme financier du football professionnel français, s’était inquiété de l’avenir financier du club et avait réclamé des garanties à Wing-Sang-Li dont le cours de l’action du groupe qu’il dirige est suspendu depuis des mois à la bourse de Hong-Kong, et sur le coup de menaces de mise en faillite personnelle. Résultat : c’est le FCSM qu’on menace désormais de reléguer administrativement dans la division inférieure, faisant planer le spectre d’un dépôt de bilan qui ferait redémarrer le club en National 3, c’est à dire le cinquième niveau du football français.

Ces admonestations de la DNCG ont provoqué un véritable émoi dans la région, faisant sortir les élus de la réserve qui les caractérisait jusque-là. Ainsi, le président de l’agglomération de Montbéliard, collectivité propriétaire du stade du club, a mené une délégation au ministère des Sports, dont on peine à voir les résultats à l’heure actuelle, d’autant que Charles Demouge, est tombé quelques jours plus tard dans les bras de Wing-Sang-Li au moment du but de la victoire sochalienne contre Le Havre, suscitant la consternation peinée des élus qui occupaient ce soir-là la tribune officielle du stade Bonal.

Deux sénateurs rencontrent l’ambassadeur

Plus sérieuse semblait donc la voie diplomatique empruntée par les deux sénateurs, et en particulier Cédric Perrin qui a donc fini par obtenir son rendez-vous à l’ambassade de Chine avec la conseillère économique de Son Excellence. Il a donc pu lui faire part de l’inquiétude des supporteurs comme d’une bonne partie de la population locale, attaché à ce club, véritable institution pour les Francs-Comtois, les habitants du sud et de l’Alsace et beaucoup de connaisseurs du foot dans la France entière, lui remettant à cette occasion un dossier très fourni et documenté. Parallèlement, un repreneur potentiel, Pierre-Arnaud Rollin s’est manifesté. L’un des membres de la famille Peugeot, Romain, qui avait désapprouvé la vente du club par PSA, se tient également en réserve et n’a sans doute pas renoncé à proposer un projet de reprise si Wing-Sang-Li annonce son intention de vendre. Quant à l’entourage de l’incompréhensible actionnaire – lequel se demande toujours avec la plus grande naïveté pourquoi il suscite la révolte par sa seule présence – il a visiblement peur de perdre son joujou en cas de vente du club. Cet entourage a donc propulsé un chef d’entreprise organisatrice de foires et salons, qui a proposé sa candidature au poste de directeur général désormais vacant, depuis que le très coûteux Ilja Kaenzig a fait ses valises pour Bochum, de l’autre côté du Rhin.

Vers une République populaire du FC Sochaux ?

Mais la ficelle était bien trop grosse, et cette proposition de services a fait l’unanimité des supporteurs contre elle, comme en témoigne un communiqué cinglant publié le 22 mars.

Une très bonne nouvelle dans la grisaille sochalienne a vu également le jour : anticipant une prochaine reprise qu’ils jugent inéluctable, une escouade d’amoureux du club a monté un projet de « socios », dont l’ambition est d’entrer dans l’actionnariat du club, accédant ainsi aux comptes de ce dernier et pouvant jouer un rôle de lanceurs d’alertes. En Espagne, les « socios » sont parfois propriétaires de leur club. De ce côté-ci des Pyrénées, on peut en observer à Guingamp, au Havre ou à Strasbourg.

L’originalité du projet sochalien, c’est qu’il a été suscité par les supporteurs eux-mêmes et non proposé par les autres actionnaires en place. En cinq jours, 1250 personnes se sont manifestées comme futures parties prenantes du projet, alors que les initiateurs pensaient atteindre ce chiffre en un mois. Wing-Sang-Li est donc placé devant un mur. Menacé par la DNCG, peut-être bientôt dans le collimateur des autorités chinoises, considéré comme persona non grata par les supporteurs, une personne rationnelle aurait déjà mis les voiles. Ce n’est pas (encore) son cas. Qui sait ce qui se passe dans la tête de l’insondable Monsieur Li ? Son obstination aux allures candides aura-t-elle raison d’un monument du foot français ?

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