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Pourquoi nous ne sommes pas macroniens

Pourquoi nous ne sommes pas macroniens
Crédit photo : Alexandros Michailidis / SOOC

« Contre le progressisme sans but, l’européisme béat et le multiculturalisme des beaux quartiers », une tribune signée par les Arvernes, un groupe français de hauts fonctionnaires, d’enseignants, d’essayistes et d’entrepreneurs.


Alors que la France connaît son printemps « en marche », nombreux sont ceux qui nous ont demandé pour quelles raisons nous n’épousions pas le mouvement d’Emmanuel Macron. Après tout, certains d’entre nous l’ont croisé à l’ENA ou à Bercy. Par nos études et nos parcours professionnels, nous faisons partie de cette France éduquée et active qui l’a plébiscité. Nombreux sont ceux parmi nous, dans le secteur public ou dans le secteur privé, dont les CV n’ont rien à envier aux nouveaux espoirs de la Macronie.

Notre attachement viscéral à la France pouvait aussi motiver un ralliement. Qui ne peut approuver le retour à une certaine dignité de la fonction présidentielle, passablement écornée par Normal Ier ?

Pour nous, pourtant, il n’a jamais été question d’adhérer au macronisme. C’est autant un choix du cœur que de la raison.

Notre rejet d’Emmanuel Macron est immédiat et profond. C’est celui d’une démarche basée sur le verbiage et le vide. Son ode au mouvement pour le mouvement, son usage immodéré des médias, son optimisme simplet sont la caricature des vanités de notre époque. Son mépris mal dissimulé des classes populaires nous est odieux. Le macronisme, nous l’avons dit et répété, est un attalisme, cette maladie de langueur suffisante qui étouffe la France.

La promotion d’un “progressisme” sans but

Nous avons connu une France où la politique était substance, mémoire collective, confrontations de représentations opposées du monde. Nous nous sentons héritiers de cette France, de sa culture, de son ambition collective, de son art de vivre, de ses paysages légués par les générations précédentes. Nous croyons à l’enracinement, au temps long et à la nécessité d’une mémoire proprement française car nous savons qu’il n’y a pas de nation capable de se projeter dans l’avenir sans assises solides dans le passé. Nous croyons à une Europe qui est d’abord une civilisation, dans laquelle les nations sont respectées.

Emmanuel Macron n’incarne rien de tout cela. Il le rejette au contraire, dans sa promotion d’un « progressisme » sans but, d’un européisme béat et d’un multiculturalisme des beaux quartiers. Nous nous sentons citoyens français et non citoyens du monde. Surtout, nous ne voyons pas de contradiction à faire partie de ceux que l’on qualifie d’« élites » et à penser, avant tout, au peuple de France, dont nous sommes issus.

Par nos parcours, nous sommes aussi très attachés à l’État, à sa permanence et à sa grandeur. Non que nous soyons « étatistes ». Nous pensons au contraire que la transformation de l’idéal ouvrier socialiste en un pseudo idéal fonctionnarisé, au service d’une oligarchie d’État de gauche qui méprise le peuple, est la grande tragédie de notre époque. Cet État a affaibli notre économie et développé l’assistanat. Pourtant, nous croyons que l’État-nation reste la colonne vertébrale du pays, et plus généralement d’une Société internationale dont les nouveaux héros, les organisations internationales, ont failli. Un État obèse, prisonnier des groupes d’intérêt, affaibli par les nouvelles féodalités locales et la bureaucratie européenne condamne le pays au déclin.

Un régime aux tendances autoritaires

Emmanuel Macron s’est installé dans les habits du président tout puissant de la Ve République. Pourtant, son régime n’est en rien la promesse d’un État restauré. Le Parlement « renouvelé » et un gouvernement « d’experts » (et de bras cassés) cache mal déjà la réalité d’un régime aux tendances autoritaires qui confisque le pouvoir au profit d’une caste, celle des marquis arrogants de la noblesse d’État et des jeunes et brillants « apôtres » qui ont pris part à l’aventure d’En Marche ! Mais contrairement aux heures glorieuses du gaullisme, les énarques et polytechniciens issus des « grands corps » (nous les connaissons bien – certains d’entre nous ont préféré les quitter) ne sont plus que l’ombre de leurs grands anciens. Cinquante ans d’européanisation, de financiarisation et de mondialisation en ont fait les apôtres des grands intérêts privés (qu’ils rejoignent en masse) et de la fuite en avant européiste qui leur paraît un grand dessein digne de leurs ambitions à l’heure de la disparition des frontières. Lesquels de ces hiérarques sauront remettre en cause les choix des régimes passés, dont ils ont porté les politiques ?

Par nos parcours enfin, nous sommes concernés par les défis économiques que la France doit relever. Nous ne pensons pas que l’économie doive primer. Mais nous savons que sans force économique, la France ne reprendra pas sa place et que la France qui souffre restera abandonnée. Nous portons une vision moderne, ambitieuse et dynamique, car nous savons que la France peut redevenir un grand pays d’industrie, de science et d’innovation. Mais nous n’oublions pas non plus que trente ans de non-choix économiques et quinze ans d’une union monétaire inadaptée à nos besoins ont profondément affaibli notre appareil productif, déséquilibré notre solde extérieur et dévitalisé un grand nombre de nos territoires. Les défis économiques sont immenses pour la France et exigent un discours de vérité sur les efforts à accomplir.

Macron doit aussi parler à la France qui souffre

Emmanuel Macron nous promet une « révolution », une nouvelle ère de croissance grâce aux « réformes » trop longtemps retardées. Il sera porté, un temps, par une reprise européenne incontestable et une bonne conjoncture internationale. Mais après ? Un regard froid sur les réformes annoncées amène à constater que, ni sur la compétitivité ni sur la dépense publique, la juste mesure des défis à relever n’a été prise. Pour réussir, il ne suffira pas de contenter la « France qui gagne », les « start-uppers » et les autoentrepreneurs. Il faut aussi parler à la France qui souffre, lui proposer des alternatives, se battre pour recréer des emplois dans nos nouveaux déserts industriels. Pour réformer en profondeur et faire accepter des sacrifices, il faut aussi s’appuyer sur une forte cohésion nationale et une fierté retrouvée. Comment un régime post-national sans assise populaire peut-il y réussir ?

Le grand clivage du XXIe siècle est maintenant clairement devant nous : la nation ou l’absence de frontières, le peuple ou le capitalisme financier, l’identité ou le multiculturalisme. Nous avons choisi.

Été 2017 - #48

Article extrait du Magazine Causeur


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