Pour enrayer la dégringolade du lycée, la présidente du Conseil supérieur des programmes prône le retour aux fondamentaux. Reconnaissante à l’école républicaine de lui avoir permis d’échapper aux déterminismes sociaux et de servir son pays, Souâd Ayada entend réhabiliter les humanités, le sentiment national et la transmission des savoirs. Entretien (2/2).


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Mais, aux yeux de l’ancienne inspectrice que vous êtes, le niveau des profs dans leur discipline n’a-t-il pas également chuté ?

Les mathématiques et le français connaissent depuis quelques années une crise du recrutement de professeurs. À cela s’ajoute la multiplication des moyens d’accéder à l’enseignement, les concours externes et internes du Capes et de l’agrégation ne constituant plus la voie privilégiée. Plus généralement, dans toutes les disciplines, le corps des professeurs a beaucoup changé. J’ai constaté cela même en philosophie, une discipline qui n’est pourtant enseignée qu’en terminale. Je ne dis pas que les professeurs aujourd’hui sont mauvais, je m’interroge sur la généralité et la solidité de leur formation initiale. Au-delà de la question du niveau des professeurs, il faut interroger les formations universitaires. En philosophie, il était inconcevable d’obtenir la licence sans une honnête connaissance de Kant. Aujourd’hui, certains étudiants titulaires d’un master 2 ignorent tout de Kant, mais sont de fins spécialistes de la déconstruction et des théories du genre, du « care »…

Pouvez-vous donner des exemples concrets des problèmes dans les programmes ?

Les programmes de lycée, qui datent de 2010 pour la plupart d’entre eux, me semblent plutôt satisfaisants, du point de vue de leur contenu et de leur ambition. Je serai en revanche plus réservée sur les programmes de l’école primaire et du collège de 2015, notamment ceux de français et, dans une moindre mesure, ceux de mathématiques. Le ministre a demandé au CSP de clarifier et d’ajuster les programmes de français, de mathématiques et de l’enseignement moral et civique de la scolarité obligatoire. J’ai eu à cœur d’orienter les travaux (officiellement publiés en juillet) vers plus de simplicité en mettant l’accent sur ce qui est élémentaire et fondamental dans l’enseignement. En français, il s’agissait d’échapper à l’emprise des jargons, notamment logico-linguistiques dans lesquels s’inscrivait le fameux « prédicat ».

Je souhaite en revanche que l’histoire de France retrouve toute sa place dans l’enseignement de l’histoire

Et quels sont les problèmes de l’enseignement des maths ?

Comme vous le dites, il s’agit de problèmes d’enseignement, liés aux pratiques des enseignants, et non de problèmes de programme. Ceux-ci, d’ailleurs, n’ont été ajustés et clarifiés qu’à la marge. Les difficultés de nos élèves tiennent au fait qu’on n’exige plus d’eux l’apprentissage systématique des tables de multiplication, qu’on discute avec eux, les élèves, des différentes façons de poser la division. Notre travail a surtout insisté sur la nécessité d’instituer des automatismes, de mettre en place des rituels pour le calcul mental. C’est en créant des automatismes qu’on libère l’esprit des élèves pour les opérations plus complexes.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Plusieurs facteurs sont en jeu, parmi lesquels l’influence considérable des constructivistes, de ceux qui défendent l’idée que l’élève construit ses savoirs, et que le maître n’est donc pas le tenant d’un savoir qu’il transmet ; l’inflation des métadiscours, par exemple ceux qui affirment la nécessité d’apprendre à apprendre, de comprendre et de critiquer avant d’apprendre quoi que ce soit. Des évidences ont été bafouées au nom de la créativité et de la liberté innées des élèves. Je crois aussi que l’introduction du numérique, dès l’école primaire, a joué un rôle néfaste. On invite ainsi les élèves à « manier efficacement » le clavier et à utiliser le traitement de texte avant même qu’ils ne maîtrisent le geste graphique.

D’ailleurs, on a été sidérés de découvrir que, jusqu’à présent, les portables étaient autorisés à l’école !

L’institution scolaire est, en effet, pleine de contradictions. Je m’interroge toutefois sur les moyens qu’elle se donnera pour faire appliquer effectivement l’interdiction du portable à l’école et au collège. Je me demande aussi si l’ambition est tenable quand les professeurs, les inspecteurs, la société sont continûment connectés. Il en va, à l’école, de l’exemplarité dont les adultes sont capables de témoigner.

Autre discipline problématique, l’histoire. Un professeur nous a raconté qu’il avait du mal avec l’idée de l’enseignement du fait religieux, qui sort les religions de leurs contextes. Pourquoi ne pas parler des religions da

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Septembre 2018 - Causeur #60

Article extrait du Magazine Causeur

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