Des militants de la Fédération démocratique et indépendante lycéenne appellent à rompre les liens avec l’association anti-raciste, SOS Racisme. Un sursaut d’indépendance qui intervient alors que la Fidl n’est plus que l’ombre d’elle-même.


C’est probablement le communiqué le plus étrange de la rentrée. Le 1er septembre, la Fédération indépendante et démocratique lycéenne (FIDL) a diffusé une charge violente contre SOS Racisme, accusant l’association de faire de « l’ingérence » dans « des proportions dangereuses ». Les auteurs affirment que l’élection du bureau national, en avril, a été truquée par SOS Racisme, dans le but de porter à la tête de la FIDL le candidat qui lui convenait, Samuel Szenker. Le communiqué laisse entendre que SOS Racisme aurait siphonné le compte de la FIDL, « qui en l’espace d’un an a vu passer son solde d’environ 80 000€ à moins de 5000€ ». Il dénonce enfin « un faux service civique contracté par un ancien permanent » de SOS Racisme, qui n’aurait jamais travaillé pour la FIDL. Le texte se termine par un appel à la rupture, afin que la FIDL ne soit plus « une force de substitution à SOS Racisme ».

FIDL castrée

Rien de ce que les auteurs du communiqué avancent n’est invraisemblable. Depuis sa création en 1989, la FIDL est très proche de SOS Racisme, et, dans une moindre mesure, de l’Union nationale des Etudiants de France (Unef). Les deux structures ont le même fondateur, Julien Dray. Elles ont très souvent eu des permanents communs, au point d’être condamnés solidairement aux prud’hommes en 2013 pour le licenciement abusif de l’une d’entre eux. Elles ont aussi l’opacité en partage. En 2008, le commissaire aux comptes a refusé de certifier ceux de la FIDL (400 000€ au total), pour causes d’irrégularités multiples. Depuis lors, l’association lycéenne n’a pas publié de rapport annuel.

Pourquoi cette revendication tardive d’indépendance ? Selon Le Figaro, il s’agirait d’une tentative de putsch organisée par Marouane Majrar, vice-président (qui n’a pas souhaité s’exprimer). S’il l’emporte, son butin sera dérisoire. La FIDL est moribonde. Elle revendique 28 000 adhérents mais le chiffre est à diviser au moins par dix. Son compteur Facebook affiche 2900 followers, et son compte Twitter, 2300. Comment exister aujourd’hui chez les lycéens sans passer par les réseaux sociaux ?

Depuis quinze ans, l’association a disparu du paysage institutionnel. Elle n’a plus un seul élu au Conseil supérieur de l’Education, ni au Conseil national de la vie lycéenne. La FIDL a été balayée par l’Union nationale lycéenne (UNL) et le Syndicat général des lycéens (SGL), dans des élections où le taux de participation reste très faible (de 2% à 5%). Même à sa grande période, la FIDL n’avait pas une implantation très forte hors de l’Ile-de-France. Aujourd’hui, il est quasiment impossible de croiser un lycéen adhérent, où que ce soit.

SOS d’un lycéen en détresse

Ces dernières années, l’association se résumait à une petite équipe de permanents salariés basés dans le 19e arrondissement de Paris. Les bureaux nationaux se succédaient (huit en huit ans), les élus lycéens répondaient aux médias, et quelques personnes-clés tenaient la maison. Massira Baradji, par exemple, a été président de 2010 à 2013, mais également directeur général salarié, de 2012 à 2016. Il a ensuite été recruté par SOS Racisme. Barbara L. a été responsable salariée de la communication de la FIDL de 2005 à 2009, avant de devenir chargée de projet de SOS Racisme pendant deux ans. Son profil LinkedIn est éloquent. A la FIDL, elle était en charge des « dossiers de subventions auprès des ministères, 90 000€/an ». A SOS Racisme, elle s’occupait des « soirées de levées de fonds, en moyenne 20 000€ de bénéfice/soirée » !

Avec ces éléments en tête, le communiqué de la FIDL prend une tonalité légèrement surréaliste. Comment la FIDL couperait-elle les ponts avec SOS Racisme, alors que les deux se trouvent sur la même rive ? Ils partageaient le même réseau d’élus socialistes et puisaient aux mêmes subventions. Le réseau a fondu et les soutiens publics sont devenus rares. L’association n’a rien touché en 2017 du ministère de l’Education, vivant chichement des aides accordées par quelques collectivités. La caisse est vide. « J’ai trouvé la FIDL dans un état financier et administratif catastrophique, admet Samuel Szenker, nouveau président. Nous avions des dettes auprès de l’Urssaf et des impôts. Nous sommes passés au tribunal, le passif a été soldé. Nous n’avons pas fait de chèque à SOS Racisme. Le « faux service civique » est quelqu’un qui avait été recruté, mais qui s’est retrouvé sans personne pour l’encadrer. Il a interrompu sa mission. Nous n’avons plus de salarié ». Le bureau national de la FIDL se réunit samedi 15 septembre. A l’ordre du jour, l’exclusion de Marouane Majrar. Elle pourrait provoquer une vague de départs, qui affaiblira encore l’association, ou ce qu’il en reste.

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