Dans le classement de TV Magazine des personnalités préférées de la télé, Cyril Hanouna est épouvantablement mal classé. Pourquoi les Français adorent-ils le détester ?


 

Le verdict est tombé: 48eme sur 50 dans le dernier sondage TV Magazine-OpinionWay des animateurs préférés des Français publié ce week-end ! Très loin derrière Nagui (numéro 1 des jeux télévisés chantants), dans les profondeurs du classement, entre Karine Ferri et Stéphane Rotenberg, même Jamy Gourmand et Mac Lesggy devancent l’animal du PAF. Pire qu’une humiliation, une tannasse impardonnable pour le petit Mozart de l’access-prime time, aussi déroutante que ses tentatives capillaires, du blond vénitien aux zébrures footballistiques, Cyril Hanouna est le punching-ball officiel de l’octogone médiatique. Le TarBaba des érudits. L’aigle noir qui fond sur la culture française. Il accepte ce rôle de perturbateur avec gourmandise et parfois, une pointe d’écœurement. Son audience quotidienne sur C8 lui donne une légitimité populaire et pourtant le sentiment d’être incompris par les puissants.

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TPMP, son divertissement taillé sur mesure tient à la fois de la Cour des miracles et de la Commedia dell’arte. Un direct chaque soir de plus de deux heures où Cyril vanne, chambre, règle ses comptes avec ses confrères, prend la ménagère à partie, bouleverse le mercato télé, tance ses chroniqueurs, offre des cadeaux, amuse autant qu’il agace surtout lorsqu’il tombe dans la guimauve ou le chocolat. Ce phénomène monte sur le ring télévisuel pour en découdre avec la terre entière, le public, les invités, les amis comme les ennemis ; les motifs de son combat intérieur sont en fait anecdotiques, seul le show, l’expérience comico-sportive, le maintient en vie durant toute l’émission. La gagne est son adrénaline, peu importe qu’elle se matérialise en audimat, en contrats mirifiques ou en rires. Dans un dessein démiurgique, Cyril a décidé de mater la télé, de lui imposer son propre rythme et son propre langage, de se donner en spectacle quitte à se dévoiler intimement. La télé finit toujours par dire la vérité la plus enfouie d’un homme. Même les plus grands manipulateurs ne peuvent la berner indéfiniment, cet ogre froid dissèque les âmes et les rend publiques. Cyril le pudique prend ce risque. Lui qui a horreur des confessions, qui ne lâche rien face caméra, nous donne, chaque soir, des clés de compréhension (à son insu). Un jour peut-être, un Académicien se penchera sur son rôle d’inventeur de mots et d’expressions, entre la joute banlieusarde et les sonorités du Maghreb, entre l’Almanach Vermot et Gradur.

Un vrai talent

Cyril, faux jeune et vrai talent, a su digérer et intégrer les tics de ses prédécesseurs. Il faut remonter à très longtemps pour voir un animateur vampiriser à ce point l’écran. Ce puncheur est toujours meilleur dans la castagne que dans la druckérisation des esprits, une tentation qui arrive souvent quand on dépasse le million de téléspectateurs. Je regrette parfois la fraîcheur assassine des premières émissions sur France 4 en deuxième partie de soirée. Il y avait un délice jubilatoire à le voir secouer le cocotier du poste tout en étant perché à son antenne. Les paradoxes font toujours de bonnes émissions. A sa façon, Hanouna a condensé quarante ans de télé, vous trouverez chez lui la rondeur taquine de son maître à penser, Jean-Pierre Foucault, la hargne d’un Dechavanne en pleine ascension, la déconne propre aux débuts de Canal, le côté énervant du bateleur humaniste Patrick Sébastien et puis aussi la perfidie d’un Bouvard qui travaillait ses invités à fleurets mouchetés, une manière très habile d’épuiser la bête. Faire supporter tous les maux de la société à Hanouna est aussi ridicule que de demander son avis sur la réforme des retraites à Alain Duhamel. TPMP doit s’apprécier comme un bon produit de divertissement. Ni plus, ni moins. Sans exégèse excessive. Avec, à sa tête, une machine infernale qui danse, saute, mord, blesse, caresse, se prend au sérieux et dans la même seconde désamorce sa charge par un humour ravageur, une sorte de derviche-tourneur insatiable qui assume pleinement son rôle de Zébulon. Nous sommes au cirque ou à la fête foraine.

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A cette heure-là, les autres plateaux semblent désespérément mornes.

Cyril Hanouna mouille la chemise

TPMP est une partie de ping-pong où Cyril affronte le reste du monde, juste pour rire. On peut le détester bien sûr, mais rarement un animateur n’avait autant mouillé la chemise et déployé une telle énergie pour embarquer le public dans son délire audiovisuel. Cet athlète de la TNT n’est pas seul à entrer en scène tous les jours. Il s’est entouré d’une bande qui se soumet benoitement à son autorité, acceptant l’égo du patron, le cajolant même jusqu’à en faire un ressort comique. TPMP est un spectacle où chaque chroniqueur endosse un rôle exagérément trop grand pour la blague: Jean-Michel en gentleman-priapique au bon cœur, Béna en reine des boulettes et femme de tête, Raymond en chauffeur expert Victoria’s Secret, Mathieu en danseur du ventre à la répartie savoureuse, Bernard l’ami des VIP au Point Soleil, Isabelle la stakhanoviste du CDI, Géraldine la top-model lettrée, Casta le Mizou-Mizou des mariages à répétition ou encore Kelly atout charme aux saillies émouvantes. Cette famille-là ne mérite pas tant d’outrages, ni leur chef, une 48eme place sur 50. Car, tout ça, ce n’est que de la télé…

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Thomas Morales
Journaliste et écrivain.Spécialiste reconnu du cinéma et de l’automobile, il collabore à des revues parmi lesquelles Valeurs Actuelles, Service Littéraire, Schnock, Technikart, etc... Il écrit dans la presse automobile depuis près de 20 ans et nourrit depuis son enfance une passion pour les voitures anciennes, les Hussards ...
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