La Suisse se distingue notamment par un équilibre complexe entre les compétences de l’Etat fédéral et celles des cantons. Mais comme partout ailleurs, le coronavirus vient ébranler les habitudes institutionnelles. Comment le pays voisin gère-t-il cette crise? Revue de presse.


C’est la panique à bord. Voilà que le virus venu de Chine se déploie plus vite dans la nation helvétique qu’en France ou en Espagne. La proximité des Suisses avec leurs voisins italiens n’y est pas pour rien. Ce lundi 16 mars, l’état de nécessité est décrété.

Face à ce défi de taille, un pays divisé

Divisé, le pays l’est déjà depuis les balbutiements de cette histoire, bien avant qu’elle ne devienne une crise sanitaire en Europe. Entre les uns qui se méfient d’une hystérie non justifiée et les autres qui en font une affaire de vie ou de mort, la conscience peine à être collective. Une grande partie de la presse qui en a trop fait à un moment donné tient sans doute sa part de responsabilité. Le Temps en tête.

Après le clivage, l’incompréhension dont témoigne une part de la population à l’endroit de ses dirigeants. Le Conseil fédéral a en effet tardé à annoncer des mesures qui avaient déjà été prises par l’Italie ou la France. A savoir une fermeture de toutes les écoles et des manifestations de plus de 50 personnes, ainsi que le contrôle des frontières. Certains détails même ne passent pas, comme la retardation répétée de l’heure des conférences de presse. Certains y voient un signal d’incompétence. «Maintenant, on pourra être plus gentil avec les CFF(1) quand ils auront du retard quand on voit le sérieux de notre gouvernement», ironise un certain Botan Silver sur Twitter.

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Après l’incompréhension, l’agacement face au manque de cohérence, des rives du Léman au lac de Constance

C’est plutôt un lac de l’Inconsistance qui se dessine dans la tête des Suisses, qui a vu le Tessin fermer ses frontières avec l’Italie quand Genève laisse encore passer tout le monde. Le corollaire du fédéralisme, qui montre ici ses limites. Pire, pourquoi les contrôles sanitaires sont-ils tabou? Une partie de la droite réagit. Le sénateur UDC Marco Chiesa s’exclame ainsi dans Le Temps du 13 mars: «Je suis furieux. Les permis de travail ne sont pas des certificats médicaux. Les travailleurs frontaliers nécessaires au système suisse doivent venir ici et y rester. Cela ne va pas s’ils continuent de faire des allers-retours.» (2)

Reste que le mot d’ordre principal est clair: restez à la maison. Mais ce n’est pas pour autant que le climat s’améliore dans le pays. «Les camps se durcissent», note le journaliste Jacques Pilet dans un article publié ce lundi 16 mars sur le site bonpourlatete.com. «Les uns: « Faites-en plus, et plus pour nous protéger! » Les autres: « On se calme! On ne va pas arrêter de vivre! » Cela donne aussi à beaucoup l’envie de ne plus écouter les infos, de ne plus surfer sur le net affolé dans tous les sens.» Et l’éditorialiste de s’adresser aux conseillers fédéraux: «Cessez de prendre des mines d’enterrement, des voix de grands prêtres apocalyptiques. Un peu d’humilité, s’il vous plaît!» (3)

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De l’humilité, il en faudra. Bien plus que dans certaines rédactions se découvrant une passion pour les aspects scientifiques d’un virus très difficilement manipulable autrement que par des experts. Ces derniers conseillent les chefs d’États; cessons donc de blablater sur les mesures sanitaires. La véritable question est celle-ci: les habitants de Suisse et d’ailleurs sauront-ils profiter de ce confinement à la maison pour lire, regarder des films, cesser leurs indignations du dimanche et prendre du recul? Nous verrons. À ce propos, chers lecteurs de Causeur, n’hésitez pas à vous faire envoyer la nouvelle édition du magazine Le Regard Libre, afin de découvrir ce mensuel suisse; il paraît que c’est gratuit.

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