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J’ai revu Cocoon, je n’aurais pas dû…

Cocoon comme la lune

J’ai revu Cocoon, je n’aurais pas dû…
Steve Guttenberg dans Cocoon de Ron Howard (1985). SIPA. REX43003858_000001

J’ai revu Cocoon, le film de Ron Howard que j’avais aimé étant jeune. Grossière erreur…


On ne devrait jamais revoir les nanars qu’on a aimés à vingt ans.

Histoire d’étancher la soif des nostalgiques des années 1980, Carlotta exhume aujourd’hui le quatrième film de Ron Howard : Cocoon. J’étais trop jeune pour avoir vu ce film à sa sortie mais dans la mesure où le cinéma fantastique commençait à m’intéresser, je me souviens avoir été très intrigué par cette histoire de retraités en Floride rajeunissant après avoir plongé dans une piscine pleine de mystérieux cocons.

Fan des années 1980

Dans un premier temps, le film est construit sur deux récits parallèles et l’on comprend assez vite que ces cocons sont en fait des extra-terrestres en hibernation et que leurs congénères sont déjà sur place pour les ramener sur leur planète…

Cocoon exsude les années 1980 par tous les pores : musique synthétique abominable, coupes de cheveux improbables et mise en scène publicitaire truffée d’effets-spéciaux qui pouvaient éventuellement impressionner il y a 30 ans mais qui paraissent cent fois plus ringards que les trucages primitifs de Willis O’Brien pour King Kong ou ceux de Ray Harryhausen.

Ron Howard, qui prouvera par la suite qu’il est un cinéaste exécrable, joue d’abord sur deux tableaux : d’un côté, la comédie un peu décalée et gérontophile avec ses vieillards soudain possédés par le démon de midi et se conduisant désormais comme une bande de jeunes en allant faire du smurf (un mot qui ne parlera sans doute pas au moins de 30ans) en boîte de nuit. Les comédiens sont plutôt sympathiques (on reconnaît l’excellent Don Ameche qu’on a tellement aimé dans Le Ciel peut attendre de Lubitsch) et si les gags sont plutôt attendus et foireux, ce n’est pas l’aspect le plus déplaisant du film.

Spielberg en pire

De l’autre côté, Cocoon est un film de science-fiction qui lorgne bien évidemment du côté de Spielberg et de ses extra-terrestres gentils (Rencontres du troisième type, E.T) et de Lucas (Steve Guttenberg encourage d’ailleurs sa petite amie du cosmos avec le désormais célèbre « May the force be with you » !) C’est peu dire que ce parrainage n’avait rien pour me plaire et j’ai été servi : puritanisme détestable, retour puant de la religiosité (j’y reviens)… le tout nappé sous une épaisse couche de sirop larmoyant et écœurant.

Les extra-terrestres de Ron Howard, c’est assurément le retour de Dieu et la promesse d’une vie meilleure loin des souffrances de cette vie sur Terre. C’est particulièrement souligné lorsque le grand-père explique à son petit-fils qu’il va partir et ne plus jamais le revoir. Quand le gamin lui demande où, le vieillard lui montre le ciel. Après les vibrantes et politiques années 1970, Cocoon symbolise bien ce retour à l’ordre moral typique des années post-Lucas/Spielberg et de cette ordure de Reagan. Même si les vieux se dévergondent un petit peu (on est loin du magnifique La Maison du sourire de Ferreri), c’est pour que Ron Howard en profite pour mieux condamner l’infidélité de l’un et l’hédonisme irresponsable des autres (à force de trop abuser de la piscine, ils finiront par lui faire perdre son pouvoir d’élixir de jouvence).

Bon courage

La dernière demi-heure qui voit nos grabataires rejoindre leur destinée (je n’en dis pas trop) est interminable et fait demander grâce tant Howard a le pied lourd sur l’émotion en guimauve : séparation des grands-parents et de leur petit-fils, impossibilité pour le couple « mixte » (Steve Guttenberg – rescapé improbable de la saga Police Academy – et sa belle vénusienne) d’envisager une suite à leur liaison (comme chez Spielberg, l’Autre doit repartir chez lui)…

C’est donc peu dire que Cocoon est un film très daté qui continuera peut-être à faire verser quelques larmes aux geeks nostalgiques…

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est cinéphile. Il tient le blog Le journal cinéma du docteur Orlof

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