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Madame Taubira, on ne fait pas l’union de la gauche sur l’euthanasie!

La mort comme lendemain qui chante

Madame Taubira, on ne fait pas l’union de la gauche sur l’euthanasie!
Christiane Taubira à la Maison de la radio, Paris, 22 février 2022 © Jacques Witt/SIPA

En décidant de faire de l’euthanasie une des principales mesures de son programme pour la présidentielle, Christiane Taubira révèle à son insu le piètre état de la gauche actuelle.


Christiane Taubira a annoncé qu’elle portera dans son programme présidentiel le « droit de mourir dans la dignité ». Après le droit au « mariage pour tous » durant le quinquennat de François Hollande, l’ancienne garde des Sceaux remet le couvert avec un nouveau « droit ». Christiane Taubira reproche à la loi Leonetti de ne concerner que la fin proche de l’homme. Or, pour sa part, elle désire étendre le « droit à la mort dans la dignité » bien en deçà des derniers moments de l’existence. Cette fois-ci, il s’agira de l’appliquer aux « situations où il peut être insupportable de vivre sans que, médicalement, la fin soit proche ». (entretien au Parisien du 13 février 2022).

Perversion de l’idéal de 1789

Que nous dit cette proposition de la candidate à l’Élysée sur l’état de la gauche française ? D’abord que l’inflation des droits est devenue la maladie infantile du progressisme. Taubira désire inscrire son projet politique dans le prolongement de la geste révolutionnaire de 1789. Selon elle, le droit à l’euthanasie constitue un nouvel article de la Déclaration des droits de l’homme. Mais depuis l’épopée de la Révolution, de l’eau a coulé sous les ponts. L’individualisme, mai 68 et le consumérisme sont passé par là. « C’est mon choix, c’est mon droit » : l’arbitraire a dorénavant force de loi. Les révolutionnaires quasi-spartiates de 1792 auraient hurlé à sa proposition de suicide assisté ! Décidément, la Révolution n’est plus ce qu’elle était et s’est bien amollie !

Les avancées sociétales comme tentatives de diversion 

Seconde leçon de ce « droit à mourir dans la dignité » bien avant que la fin ne soit proche : une grande partie de la gauche a renoncé à voir grand, à lutter pour une justice universelle, à porter un projet d’émancipation collective. Désormais, la gauche ne s’adresse plus qu’à des clientèles très ciblées ou à des minorités soi-disant « discriminées ». Dans le cas du projet de Christiane Taubira, ce sont les personnes désirant abréger leurs jours qui sont invitées au banquet progressiste et à communier aux lendemains létaux qui chantent. Cet émiettement de l’offre politique explique le désamour du peuple pour cette gauche en laquelle il ne reconnaît pas ses aspirations, elle qui sacrifie l’essentiel sur l’autel de guerres picrocholines qui flattent sa bonne conscience d’ouverture d’esprit. 

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D’ailleurs, le goût immodéré de cette gauche pour les combats sociétaux s’explique en partie par son échec dans le domaine de la justice sociale. Comment faire oublier son ralliement au réformisme libéral, sinon en poussant à la roue des avancées les plus osées dans le domaine des « droits » ? C’est la raison pour laquelle Hollande ne transigea jamais avec le « mariage pour tous » : ce dernier lui permettait d’acquérir son brevet de gauchitude à bon marché.

Fantasme de toute-puissance 

Enfin, en plaçant au cœur de son programme le droit de mourir, le progressisme porté par Christiane Taubira trahit sa volonté de tout maîtriser. Avec ce projet sociétal, c’est l’instant de la mort dont l’homme doit pouvoir se rendre maître. C’est là une utopie dangereuse. En effet, une fois la dynamique enclenchée, nul ne sait où elle s’arrêtera et si elle ne s’étendra pas à ceux qui ne souhaitent pas mourir prématurément mais qu’une habile propagande persuadera cependant de le faire.

Une candidature dans l’impasse

Cependant, il n’y a pas que ses adversaires idéologiques à lui reprocher de porter la focale sur des combats sociétaux très clivants. Au sein même du parti socialiste, des voix s’élèvent contre son programme qui divise au lieu de rassembler. Déjà, le Parti radical de Gauche lui a retiré son soutien. Libération faisait état vendredi dernier d’un possible lâchage de Christiane Taubira par la « Primaire populaire », le mouvement citoyen à l’origine du curieux scrutin qui l’a désignée vainqueur. La candidate s’en défend : «La Primaire populaire ne m’a absolument pas contactée, par aucune voie, alors qu’elle sait comment me joindre», a-t-elle expliqué sur BFM TV dimanche. 

Qu’importe le débat sur l’euthanasie, les mauvais sondages et le manque de signatures de parrainage risquent de toute façon d’avoir raison de la pugnacité de cette femme politique aguerrie.


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est l'auteur de « 48 objections à la foi chrétienne et 48 réponses qui les réfutent » aux Editions Salvator.

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