Où en est-on trois ans après les attentats ? Le sujet méritait un numéro entier de Causeur, qui a rencontré un reporter survivant de Charlie, enquête sur la radicalisation dans nos quartiers, le noyautage des Indigènes de la République dans une université toulousaine et débat des lois antiterroristes. 


 

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Trois ans après les tueries de Charlie Hebdo et de l’Hyper cacher, où en est la France ? Des millions de citoyens en colère avaient défilé dans les rues le 11 janvier 2015 pour dire non à l’islamisme. Tueur de juifs et de dessinateurs, le djihadisme n’est que la face émergée de l’islam islamiste qui perfore le bateau France. Comme le formule Elisabeth Lévy, durant la manif monstre en faveur de Charlie, « on s’est passablement payé de mots, parce qu’on avait envie de se raconter la belle histoire de la France indomptable, prête à tout pour défendre le droit imprescriptible de l’esprit humain d’explorer les pistes qu’il lui plait, y compris en heurtant le bon goût, la bienséance et la susceptibilité de toutes les communautés ronchonnes de la Terre. Dès le lendemain, on savait qu’on ne s’était pas tous raconté la même. »

L’adieu au « rire-ensemble »

Retour au statu quo ex ante ? Pas tout à fait. La parole s’est libérée. Aujourd’hui, il n’est plus si malséant de d’autopsier la dépouille du vivre-ensemble, aussi mal en point que le « rire-ensemble » (Elisabeth Lévy). Ainsi, Erwan Seznec explore-t-il longuement les arcanes de la fameuse radicalisation, autre nom de la salafisation rampante de pans entiers du pays. Sur cette pente dangereuse, des courants islamo-gaucho-victimaires tels que les Indigènes de la République travaillent notre société, y compris dans des segments intellectuels pourtant traditionnellement hostiles à la bigoterie. A cet égard, l’enquête d’Anne-Sophie Nogaret sur la pénétration du PIR à l’université de Toulouse-2 s’avère édifiante. Petite lueur d’espoir, que dévoile notre ami Jean-Luc Allouche, l’œuvre titanesque de quelques professeurs de latin-grec à Romainville (Seine-Saint-Denis) nous fait dire que le combat culturel n’est pas encore perdu.

Travailler à Charlie, c’est pas si facile…

Du côté de Charlie, plus rien n’est évidemment comme avant. Fabrice Nicolino, rescapé du carnage de 2015 et grand reporter ès questions écologiques du magazine, nous dit (presque) tout de ses nouvelles conditions de travail hautement sécurisées et du climat de torpeur qui oppresse les survivants. Certes, le péril terroriste demeure, mais nos libertés ne sauraient être ratiboisées sur l’autel de la sécurité, fait valoir l’écrivain et juriste François Sureau, auteur de Pour la liberté. Dans un entretien-fleuve avec Elisabeth Lévy, il argumente son opposition aux dernières lois antiterroristes qu’il juge tant inefficaces qu’attentatoires à nos principes fondamentaux. Echange musclé !

Trudeau rêve d’un Canada post-national

Dans notre trousseau d’actualités, Luc Rosenzweig nous fait voyager en Allemagne et en Suède. Les deux nouveaux pays d’accueil des migrants voient resurgir l’antisémitisme chez ces prétendues victimes de l’oppression. Dans l’hexagone, le nombre aidant, les précédentes vagues d’immigration ont peu à peu renoncé à l’assimilation pour se projeter dans une identité musulmane fantasmée, comme en témoigne Pierre Sautarel, fondateur du site Fdesouche.com, dans un entretien surprenant. Entre deux confidences biographiques, la bête noire des indignés du net ne répond pas forcément là où on l’attend, adressant ici un satisfecit à Macron, critiquant là certaines impasses identitaires. Au Canada, d’après Mathieu Bock-Coté, le sémillant Justin Trudeau a entrepris de contourner cet écueil en y décrétant la première nation… post-nationale ! D’ici 2100, le pays aux 100 millions d’habitants venus des quatre coins du globe se destine à devenir la tour de Babel de tous les réfugiés en quête d’une société sans racines, passé ni identité.

Alors que Wikileaks et différentes révélations surgies de « papers » défraient régulièrement la chronique, deux journalistes spécialistes de l’intelligence économique ont enquêté sur ce phénomène. Pierre Gastineau et Philippe Vasset nous livrent ainsi un entretien autour des tenants et aboutissants des fuites massives de données, de moins en moins le fait de lanceurs d’alerte désintéressées, et au cœur d’une guerre électronique mondiale entre Etats, multinationales et autres pirates sans foi ni loi.

Bretagne, Marseille, Maroc

Au chapitre culturel, les réveillons digérés, il est temps de préparer les prochains. Emmanuel Tresmontant nous montre comment les grands de la cuisine (Alléno, Ducasse) revisitent leurs illustres devanciers en mettant parfois au goût du jour des techniques éprouvées par Louis XIV en personne. Sur la pointe bretonne, Jérôme Leroy se souvient de l’écrivain Georges Perros (1923-1978) dont l’œuvre reparaît en un seul volume. « L’auteur idéal pour une cavale définitive et discrète parce qu’il est le descendant du Bartleby de Melville : « Je préfèrerais ne pas » est sa devise. », indifférent à entrer dans la carrière ou l’engagement politique. Hommage est également rendu à deux marseillais, l’éternel bateleur Philippe Caubère et le Musée des civilisations de l’Europe et de la méditerranée (Mucem).

Sans oublier l’immanquable journal d’Alain Finkielkraut, replongez au cœur du Maroc de Hassan II grâce à Driss Ghali. Ce jeune mais déjà brillant auteur nous conte les heurs et malheurs du général Oufkir, que son père côtoya dans les années 1970 peu avant sa disgrâce. Rompez !

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