Que Tex me pardonne, je ne connaissais pas vraiment son existence et encore moins son œuvre d’humoriste et d’animateur de jeu télévisé, jusqu’au jour de décembre où, après dix-sept ans de déconnage appointé, il a été viré de France 2 pour une blague qu’il est désormais obligatoire de décréter mauvaise et qui, pour ma part, m’a fait marrer comme elle a fait marrer beaucoup de gens autour de moi. Une histoire de fille qui a deux yeux au beurre noir parce qu’on lui a déjà expliqué deux fois. J’ai fait un petit sondage autour de moi : tous les gens qui ont ri, le plus souvent en hoquetant un truc comme « oh, c’est horrible ! », sont résolument hostiles à toute forme de violence, conjugale ou pas. De même peut-on supposer que Vuillemin, qui a osé en une de Charlie Hebdo un père Noël qui se prend le traîneau dans un passage à niveau, ne voulait pas signifier qu’il approuvait les accidents d’autocar, mais produire cette petite secousse cathartique qui aide la communauté endeuillée à se relever.

Vie et mort du second degré

Dans l’effroyable monde d’avant, on n’avait pas besoin d’expliquer tout cela. Les enfants issus de l’école à l’ancienne comprenaient le second degré. Ils savaient que Montesquieu ne défendait pas « l’esclavage des nègres », mais qu’il pratiquait l’antiphrase pour le dénoncer1. On avait l’air d’approuver les tabasseurs (ou les nazis, ou les pogromistes, ou les racistes, ou les antiracistes ou les féministes grincheuses) et pffuit, par l’effet merveilleux du second degré, c’était le contraire, on s’en payait une bonne tranche à leurs dépens.

À l’évidence, cette époque est révolue. Le rire-ensemble, singulièrement français de Rabelais à Muray en passant par Molière, a disparu. Or, chacun peut éprouver dans sa vie personnelle à quel point la faculté de rire des mêmes choses, avec ce que cela recèle de connivence implicite, de communauté immatérielle, de demi-mots partagés, conditionne la densité des relations humaines. Avec le second degré, l’ellipse, le silence éloquent et même la métaphore sont expulsés du langage commun : il faut tout de même une inculture crasse pour accuser la malheureuse Miss France de racisme parce que, sommée de s’expliquer sur sa roussitude, elle a utilisé, au sujet de la chevelure de l’une de ses devancières, l’expression « crinière de lionne ». À ce train, il sera bientôt compliqué d’enseigner les Fables de l

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Janvier 2018 - #53

Article extrait du Magazine Causeur

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