Dans la famille Castex, donnez-moi Pierre-Georges…


On ne se refait pas. Quand j’ai entendu le nom du nouveau premier ministre, Castex, machinalement, j’ai rajouté « et Surer ». Le Castex et Surer a été ce manuel de littérature à l’usage des classes de lycée qui a servi à des générations de l’après-guerre. J’ai encore un volume, celui du XVIIème, dans son édition de 1947 qui avait appartenu à mon père, lycéen à Dieppe en « seconde moderne » pour l’année scolaire 1952-1953. Cela m’a fait plaisir de voir son écriture sur la page de garde, comme un message d’outre-tombe.

Le Castex du Castex et Surer au moment où il publiait son Manuel des études littéraires françaises était ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure et Maître de conférences à la faculté de Lettres de Lille. Il s’appelait Pierre-Georges et était né en 1915. Wikipédia ne nous en dit guère plus alors que l’encyclopédie est devenue très bavarde sur l’autre Castex, Jean qui est devenu premier ministre.

Le techno derrière l’accent du Gers

Je me demande si Pierre-Georges aurait fait un bon premier ministre. Il a fini à l’Académie des Sciences Morales et Politiques mais il aurait pu, à un moment, se présenter à une mairie. J’imagine un profil radical-socialiste, quelque chose de raisonnablement progressiste ou alors un gaulliste comme on était gaulliste à cette époque-là, c’est-à-dire authentiquement populaire avec cette idée que la politique de la France ne se faisait pas à la corbeille et que le gaullisme, c’était le métro à cinq heures du soir, comme disait Malraux. Bref, pas franchement le profil de notre Castex à nous qui n’a rien de gaulliste ni de radical-socialiste et tout de cette noblesse d’état technocratique masquée par un accent du Gers et un mandat local.

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La déclaration de politique générale de Castex et Surer, dans leur manuel, c’est leur préface. Et déjà, la forme est rassurante. Rien du néo-patois managérial, avec des « impacter » ou de la « co-construction ». On parle bien d’une « exigence de renouvellement » comme n’importe quel macroniste mais cette exigence de renouvellement est une sage adaptation : «  Nous avons également tenu compte de l’évolution du goût. L’histoire littéraire se renouvelle constamment ; chaque génération révise et modifie les jugements de celle qui l’a précédée ; et s’il importe de ne jamais céder aux caprices de la mode, il n’est pas permis d’entretenir par un respect de la tradition, des préjugés évidents. »

Ne pas céder aux caprices de la mode

Relisons bien ces lignes. Notre Castex à nous ferait bien de s’en inspirer. Elles définissent peut-être ce qui fait, ou faisait, une forme de génie français en histoire littéraire comme en politique. Montrer enfin, – nous sommes en 1947,- « l’importance réelle d’un Verlaine, d’un Rimbaud, d’un Mallarmé. » Mais sans oublier pour autant de donner leur place à des anciens trop oubliés ou sous-évalués, et Castex et Surer de justifier la place importante qu’ils vont faire à Agrippa d’Aubigné, Vauvenargues, Nodier. Autant dire un remaniement ministériel audacieux, pour gouverner la République des Lettres et pas un jeu de chaises musicales avec quelques personnalités disruptives pour faire les malins, comme certains manuels d’aujourd’hui qui donnent leur place à des écrivains qui ont publié la veille.

Non, Castex et Surer, c’était la recherche de l’ « ordre juste », un programme qui court de Thomas d’Aquin à Ségolène Royal. Et qui vaut mieux que l’injustice désordonnée qui a présidé, dans presque tous les domaines, à ce quinquennat.

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