Depuis la fin des vacances de la Toussaint, les menus sans viande ni poisson sont obligatoires dans les cantines scolaires. Pour sauver la planète, nos enfants deviennent végétariens!


L’humanité franchit un pas historique en novembre 2019: une loi française impose désormais, pour le bien de la planète, le régime végétarien.

Aux environs de 1600, Henri IV veut restaurer la prospérité de ses sujets dans un pays dévasté par les guerres de religion; le symbole en sera la poule au pot : « si Dieu me donne encore de la vie, je ferai qu’il n’y a pas de laboureur en mon royaume qui n’ait moyen d’avoir une poule dans son pot. » En 1954, dans un pays encore marqué par les privations d’après-guerre, Mendès France, chef du gouvernement, instaure le verre de lait dans les écoles. Il faut lutter contre la dénutrition, « pour que nos enfants soient studieux, solides, forts et vigoureux ». En 2008 Michel Barnier, alors ministre de l’agriculture, ajoute une distribution gratuite de fruits frais dans les écoles.

Au moins une fois par semaine !

En 2019, les choses s’inversent: on n’ajoute plus aux menus; on retranche ! La mouvance écologiste a obtenu une loi (loi EGalim, octobre 2018) qui prohibe la viande, le poisson, les crustacés et les fruits de mer des menus uniques des cantines scolaires : tous végétariens, de la maternelle au lycée, au moins une fois par semaine! Les écologistes redécouvrent ainsi la tradition catholique (oubliée) qui exclut la viande des menus du vendredi et la pratique musulmane qui proscrit le porc (et l’alcool). Le religieux gagne irrésistiblement l’idéologie écologiste.

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Cette obligation d’un menu végétarien hebdomadaire figure dans les dix commandements écologistes recueillis par notre Moïse national, Nicolas Hulot, et proclamés récemment à une heure de grande audience par la chaine publique France 2. Les téléspectateurs étaient invités à entendre le Décalogue écologiste pieusement commenté par le prophète pour sauver notre monde en perdition; dix commandements qui seront demain nos devoirs et obligations nouveaux.

Les dix commandements de Hulot

L’Ecodécalogue commence justement par deux prescriptions alimentaires: consommer des produits de saison; se priver de viande et de poisson une fois par semaine. Suivent quatre commandements bigarrés mais aisés à respecter (plus de 90 % d’adhésion des téléspectateurs): s’équiper d’une gourde à la place de bouteilles en plastique; planter des fleurs sur son balcon ou dans son jardin pour sauver les abeilles; supprimer les e-mails inutiles; diminuer le nombre de vêtements en coton et les porter longtemps. Viennent ensuite les commandements de l’espérance climatique: abandonner sa voiture pour les trajets de moins de trois km; se contenter de dix-neuf degrés maximum dans son habitation; s’interdire tout voyage en avion pendant un an. La Parole écologiste s’achève sur la possibilité de se racheter en donnant de son temps pour les associations de défense de la nature, version contemporaine des indulgences de l’Eglise romaine.

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Le Décalogue de Moïse-Hulot surprend. Moins terrible que celui de la Bible (tu ne tueras pas, tu ne commettras pas l’adultère, tu ne voleras pas, tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, etc.), il omet pourtant un point considéré comme crucial par le haut clergé écologiste: l’acte d’éviter un enfant. C’est inexplicable quand on sait que deux universitaires canadiens ont démontré que renoncer à un enfant économise soixante tonnes de CO2 en moyenne (jusqu’à cent-vingt tonnes, s’il s’agit d’un Américain, mais seulement vingt s’il s’agit d’un Japonais). Les actes les plus éco vertueux qui viennent après l’abstinence procréative sont très loin de ces performances: abandonner sa voiture n’apporte qu’un gain de CO2 de 2,4 tonnes et renoncer à un vol transatlantique, 1,6 tonnes.

Peut-être notre Décalogue de Moïse–Hulot intéresse surtout les milieux sociaux modestes. Ceux-ci se découvrent en effet des vertus qu’ils ne soupçonnaient pas. Avec les petits moyens qui sont les leurs, ils ne s’achètent guère de chemises inutiles, ni ne se chauffent beaucoup. Ils ne prennent pas l’avion, évitent de conduire leur voiture car l’essence est chère et l’assurance aussi. Ils achètent le moins de viande possible pour leurs enfants, et comptent d’ailleurs sur la cantine de l’école, aux tarifs subventionnés, pour leur fournir des protéines animales. Vertueux mais amers, car on leur interdit ce à quoi ils n’ont jamais eu droit. Ils pensaient, ils espéraient bien qu’un jour, en sauvant la planète, ils auraient une vie meilleure.

Ils auraient tant aimé ne pas être végétariens et, un jour, avoir la liberté de l’être.

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