Image: Soleil.

Tout ce qu’il y avait à dire de grandiose et de tragique sur le Brexit a été dit. Toutes les choses en « -té », comme identité, souveraineté, légitimité. En « -isme », comme indépendantisme, irrédentisme, libéralisme, sophisme. En « -ie », comme économie, démocratie, connerie. Reste à commenter les volets comique et métaphysique de l’affaire.

« C’est mauvais, les cocos, on la refait. »

Le spectacle qu’offre un démagogue parvenu est d’un comique dont l’essence a bien été saisie par les Marx Brothers, mais dont l’effet est toutefois limité par le sentiment qu’éprouve le spectateur que si le démagogue est parvenu, c’est qu’il est au pouvoir, et donc jouit de la capacité de nuisance qui va avec. En revanche, le Brexit nous a fourni le spectacle du démagogue qui se tire une balle dans le pied dans son désir de se maintenir au sommet, du démagogue déparvenu, si je puis dire, et ce comique-là n’a rien qui arrête l’hilarité du spectateur. C’est l’humour total. Le ratage en direct de ses sophismes tentateurs, la justice immanente qui le frappe sous la forme d’une démission obligatoire, l’échec du cynisme qui se grave sur son visage en le figeant pour l’éternité dans une sidération humiliée, sa métamorphose instantanée en mouton noir, en agneau sacrificiel, en bouc émissaire, en dindon de la farce, en marionnette de ses propres turpitudes devenues fatales à son ambition, sa petite magouille lui revenant en boomerang dans le chignon : toute la méchanceté qu’il y a à s’esbaudir est consommée dans ce spectacle. Qu’il nous vienne de Westminster ajoute à la surprise et en prolonge l’effet. Magie de l’Europe, probablement : le bouffon devient un rôle anglais.

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