Le quotidien L’Est Républicain a annoncé, samedi, la disparition de la bataille de Verdun des programmes d’histoire du lycée. Devant l’indignation d’une partie de la classe politique, le ministre de l’Education nationale a dû intervenir. Si elle n’est pas explicitement au programme, elle peut tout de même être enseignée… mais n’est pas obligatoire. 


Il y a bientôt trois ans, j’avais pris la plume dans Causeur pour dénoncer la mascarade de commémoration de la bataille de Verdun qui avait vu des dizaines de jeunes français et allemands courir au milieu des tombes de leurs ancêtres dans une ambiance plus proche de la kermesse que de la commémoration. L’article avait beaucoup fait réagir et je n’imaginais pas que, trois ans plus tard, il me faudrait reprendre la plume, non pas pour une nouvelle profanation de ce lieu de mémoire, mais pour sa disparition pure et simple des livres et des programmes d’histoire dans les lycées de France, un peu comme les déviants déclarés « ennemis du peuple » disparaissaient des photos dans feu l’Union soviétique.

Verdun, s’ils le veulent bien

Car oui, on l’a appris hier, la bataille de Verdun ne sera plus obligatoire dans les livres d’histoire au lycée à la rentrée 2019 pour y être remplacée par la bataille de la Somme en raison, accrochez-vous bien, de son caractère « plus international », selon L’Est Républicain. Devant le tollé, le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer a tweeté dès dimanche : « Verdun sera évidemment étudiée en 1ère » et « était déjà enseigné en 3ème » (sic), tweet auquel le Syndicat national des lycées et collèges (SNALC) a répondu que la bataille de Verdun figurait bien au programme de 3ème de 2008 mais en avait déjà été retirée en 2016 et pas rétablie depuis, tandis qu’une professeur d’histoire-géographie, Clem Bukowski, a tweeté le nouveau programme de 1ère dans lequel Verdun n’apparaît pas aux dépens de la bataille de la Somme. Son évocation au lycée serait en fait laissée au bon vouloir des professeurs d’histoire.

 

Verdun, que les soviétiques appelaient « le Stalingrad français » risque donc de disparaître de la mémoire collective qui se transmet génération après génération. Verdun, ses 163 000 morts et ses 203 000 blessés français, où sont passés en rotation 70% des poilus français. Verdun et sa voie sacrée, son ossuaire de Douaumont, ses forts de Vaux, de Tavanne ou de Souville, tous ces mots mythiques destinés à graver une mémoire collective dans l’inconscient d’un peuple. Verdun ou Erich von Falkenhayn voulait « saigner à blanc l’armée française », armée française qui résistera bec et ongles pendant près de 10 mois de bataille au prix de sacrifices que peu de nations auront fait dans leur histoire. Verdun où la France seule tint dans ses mains le destin du monde libre alors que tous les alliés se battaient dans la Somme où notre armée laissera 67 000 morts et 136 000 blessés car, si Verdun était tombé, la Somme serait aussi tombée et la guerre aurait été perdue.

C’était Verdun

Vous me permettrez d’avoir la larme à l’œil en pensant à mon grand-père paternel, qui arriva le 5 mars 1916 à Verdun avec le 17ème Régiment d’Infanterie et qui dut avec ses camarades trois jours plus tard faire face à une offensive où les Allemands utilisèrent pour la première fois une arme qui terrifiait nos hommes : le lance-flammes. Il reçut un éclat d’obus dans le crane huit mois plus tard dans la Somme ce qui signifia fin de la guerre et grande invalidité pour lui. Une pensée également pour mon grand oncle maternel qui, avec ses camarades du 14ème Régiment d’Infanterie, brisa la dernière offensive allemande de la bataille, le 11 juillet, contre le fort de Souville. Il allait fêter ses 22 ans avant de mourir à 23 dans l’Aisne. Une dernière pensée pour mon grand-père maternel qui combattit au Chemin des Dames mais pas à Verdun et qui voulut y aller avant de mourir. Car pour lui Verdun, c’était la mère de toutes les batailles, la bataille qu’il suivait de son village de Bretagne car, âgé de 16 ans, il avait été refusé par l’armée pour y être intégré début 1918 à 18 ans. Il voulait, avant de partir, visiter ce lieu mythique. Le sort fît qu’il mourut deux mois plus tard. Une pensée également pour mon ami Régis de Castelnau dont un des ancêtres fût un des officiers généraux ayant mené nos troupes à la victoire dans cette bataille dantesque.

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En trois ans, la France est passée d’une parodie de Boris Vian, avec j’irai sprinter sur vos tombes, à une parodie de Johnny Hallyday, Verdun j’oublierai ton nom. Pauvre France…

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