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Bac 2022: quel fiasco!

Une tribune d’Anne Coffinier

Bac 2022: quel fiasco!
Résultats du bac et du BTS au lycée Châtelet de Douai, le 6 Juillet 2021 © FRANCOIS GREUEZ/SIPA

Depuis la mise en place du bac “Blanquer”, les élèves scolarisés dans des lycées hors contrat font l’objet d’une discrimination.


Après les incidents au Stade de France, de nombreux journaux britanniques ou espagnols ont qualifié la France d’ « État défaillant ». Pas très flatteur, quand on sait ce que décrit cette expression : un État dépassé par la situation, qui ne parvient plus à assurer ses missions fondamentales : faire rouler les trains à l’heure, entretenir les routes, contrôler efficacement les frontières, faire respecter la police… Un sentiment intense de honte nous envahit à l’idée qu’on applique au pays de Saint Louis, de Louis XIV et de Napoléon pareille qualification.

L’éducation n’est pas épargnée par ce triste constat de faillite. Alors qu’il n’y a que 4000 candidats au baccalauréat inscrits dans des lycées indépendants, l’État n’a pas été en mesure d’organiser correctement leurs épreuves. En effet, depuis que le “bac Blanquer” est entré en vigueur, les élèves scolarisés en lycées privés indépendants (appelés aussi hors contrat) passent un bac spécifique, constitué uniquement d’épreuves terminales (jusqu’à 13 épreuves) là où les élèves de terminale des lycées publics ou privés sous contrat n’ont besoin de passer que quatre épreuves terminales pour valider l’examen. Le caractère manifestement discriminatoire de ce traitement différencié pose un problème en soi. Mais qu’à cela ne tienne ; c’est sa mise en œuvre qui s’est avérée profondément inégalitaire et scandaleuse. La logistique-même des épreuves n’a pas suivi, les élèves des lycées indépendants en ont été déstabilisés et pénalisés, de sorte que la rupture d’égalité semble caractérisée.

Quelques exemples ?

Des centres d’examen qui ne sont pas au courant qu’ils sont centres d’examen, et qui n’ont donc rien préparé pour accueillir les candidats. Des candidats qui attendent des heures leurs examinateurs qui ne viendront jamais, de sorte qu’ils doivent revenir un autre jour. À Villepinte, l’entrée du centre d’examen fermé et sans signalétique appropriée, dans lequel les candidats n’ont pu pénétrer qu’en entrant par un grillage déchiré, la porte indiquée dans la convocation étant cadenassée sans autre explication. Des candidats convoqués aux deux extrémités de Paris à deux heures d’intervalles pour deux épreuves différentes. Des examinateurs ignorant tout du programme et des modalités précises de l’épreuve que les élèves devaient donc leur expliquer in situ, en même temps qu’ils la passaient. Des sujets… hors sujet! Des examinateurs se plaignant du choix de textes réalisé par les professeurs ! L’inimaginable enfin: des élèves porteurs de handicap privés du bénéfice de leur tiers-temps. Et l’on pourrait hélas continuer cette liste de faits affligeants.

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Se souvient-on qu’à l’occasion des débats sur la loi contre le séparatisme adoptée cet été, le gouvernement avait fait part de ses craintes que les enfants non scolarisés en école publique ou sous contrat soient travaillés par une forme de “séparatisme” et de méfiance à l’égard de nos institutions républicaines ? Tout ce qui n’était pas l’Éducation nationale était présenté comme un espace de possible sédition anti-républicaine. Aucune preuve n’a été apportée par le gouvernement à l’appui de ces allégations. En revanche, la manière dont se passent les épreuves réservées par l’État à ces élèves montre que, pour lui, certains citoyens sont plus égaux que d’autres. La liberté de ces écoles ne plaît pas, et ce sont les élèves qui s’en trouvent injustement sanctionnés. Peu importe que cette incurie soit involontaire. Elle atteste en soi le manque de bienveillance et de sens de l’intérêt de la personne qui caractérise aujourd’hui l’Éducation nationale.

Une injustice

Ce n’est pas une réalité que nous devons accepter. C’est pourquoi l’association “Créer son école” demande au président de la République, au nom des parents d’élèves, élèves et lycées indépendants qui l’ont sollicitée, de bien vouloir instaurer une commission d’enquête relative aux conditions dans lesquelles s’est tenu cette année le baccalauréat pour les élèves d’établissements privés hors contrat, pouvant déboucher sur des sanctions des responsables d’une telle désorganisation, et sur la compensation du préjudice subi par les élèves et les établissements.

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Si le fiasco logistique est avéré, alors la logique veut que l’État permette aux élèves des lycées privés indépendants de passer le baccalauréat dans les mêmes conditions d’examen que les autres, car le baccalauréat constitue le premier grade de l’Université. C’est un diplôme national, et non pas le diplôme de fin d’études de l’Éducation nationale. Le contrôle continu doit être supprimé pour tous ou instauré pour tous.


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Présidente de l’association Créer son école et d’EducFrance, fondatrice de la Fondation Kairos pour l’innovation éducative

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