Ma guerre en short. La chronique de Cyril Bennasar


Il y a une race de commentateurs qui sortent comme des champignons après la pluie, chaque fois que les médias découvrent un dysfonctionnement français, ce sont les Allemandistes. 

L’herbe toujours plus verte outre-Rhin

Toujours fourrés à regarder par-dessus le Rhin dans l’assiette du voisin, ils viennent nous dire que si ça va mal chez nous, c’est parce que nous ne sommes pas assez allemands. Si on les laisse prendre leurs aises dans les débats, ils finiront par nous expliquer que si nous n’avions pas résisté en 40, nous aurions aujourd’hui une organisation nationale sérieuse et un régime solide partis pour durer mille ans. Si on les laisse faire, ils déboulonneront les statues de ce De Gaulle qui a fait perdre des décennies de modernisation à la France dans son repli nationaliste, et avec son conservatisme et son mauvais caractère de réfractaire gaulois. 

On est forcés de le reconnaitre, dans la guerre contre le coronavirus comme dans les autres, les Allemands s’en sortent mieux, ils sont mieux armés, mieux préparés, plus réactifs. Décidément cette fois encore, leur Blitzkrieg marche mieux que notre ligne Maginot ou notre drôle de guerre. Du coup, les Allemandistes la ramènent, et avec eux les Suédistes, qui sont sur tous les coups bas. Évidemment, quand on regarde le rapport qualité/prix du service public ou la cordialité du dialogue social, quand on aime tout ce qui est robuste, fiable, solide, durable, efficace, ordonné et organisé, quand on s’intéresse à la technique, à la logistique, à la production, au commerce international et à l’industrie, on peut regretter de ne pas être allemand. Quand on s’intéresse aux femmes et à l’amour, on les laisse à leur admiration teutonne et on fait en France contre mauvaise fortune bon cœur. Si le German lover était coté sur le marché de la séduction, ça se saurait. Aucune femme ne m’a jamais quitté pour se trouver un Fritz ou un Günther en regrettant de ne pas être tombée amoureuse dans la Ruhr ou dans la Sarre plutôt qu’au pays adoptif de Jacques Offenbach.

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Cela n’a rien d’étonnant. Même s’ils sont plutôt polis et bien élevés, ces gens sont souvent d’assez grossiers personnages. Étrangers à l’élégance de ces peuples d’Europe pour qui l’important est de participer, ils n’ont qu’un objectif dans tout ce qu’ils entreprennent : gagner. Forcément, quand on est un maniaque de la gagne, on gagne. Pour ça, tous les moyens sont bons : comme en 40, ils violent toutes les règles, écrasent leurs voisins, et ne cèdent jamais rien sur leur projet de bâtir une Europe allemande. Seules les méthodes changent avec les époques. Hier le Panzer tigre, aujourd’hui, l’Euro fort. Avec ce naturel que le troisième Reich avait décomplexé et la défaite inhibé mais qui revient au galop, il leur est facile de nous tailler des croupières jusque sur le marché de la fraise, de la production de vaches ou celui de la découpe du porc. Ils construisent des fermes usines, où les animaux parqués comme à Auschwitz ont du mal à croire que les Alliés ont gagné, et prennent des esclaves à l’Est pour faire baisser les coûts de production. Après ça, ils ont l’air d’appartenir à la race des grands seigneurs quand ils proposent des places de réanimation à nos mourants.

Le pays où l’on meurt moins n’est pas forcément le plus agréable pour vivre

Voilà ce qui leur vaut l’admiration des Allemandistes, ces mauvais Français qui veulent faire de tous les Européens des Unterbosch. Mais s’ils ont tant que ça envie de vivre dans un pays propre et bien rangé, qu’ils y aillent. S’ils préfèrent la fête de la bière aux férias occitanes, si neuf heures assis à Bayreuth à écouter Wagner les tente davantage que deux à Paris pour entendre « La belle Hélène », qu’ils nous lâchent. S’ils goûtent la choucroute garnie arrosée de bière plus que le coq au vin, s’ils sont amateurs de Wenders ou de Fassbinder plutôt que de Sautet ou de Truffaut, s’ils admirent les châteaux de Bavière tarte à la crème plus que Versailles ou Chambord, s’ils vont plus volontiers au salon de la machine-outil qu’à Cannes pour le festival ou à Paris pour la fashion week, s’ils préfèrent la Forêt noire à la douceur angevine, les nageuses de l’Est aux petites femmes de Paris, s’ils aiment le rock psychédélique assommant, le porno scatologique, les cheffes d’État imbaisables, le naturisme sans épilation et le football efficace, qu’ils demandent donc l’asile politique aux Ostrogoths et qu’ils prennent place dans la file d’attente entre une tribu afghane et une famille syrienne. S’ils ont des rêves de Fridolins, qu’ils y aillent, chez les “Chleuhs” ! 

Nous resterons entre hommes et femmes de goût, entre esthètes hédonistes dans notre pays mal administré et gaspilleur, dans ce pays où on tire au flanc et où on joue à la lutte des classes au lieu de travailler, où les hommes ont encore une réputation à défendre que le monde entier nous envie, où on meurt plus mais où on vit mieux.

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