Écarté de la première partie des concerts de la tournée de la star anglaise Ed Sheeran, le rappeur américain Macklemore riposte en annonçant une tournée européenne intitulée «Free Palestine Tour». L’intégralité des recettes sera reversée à des organisations de soutien au peuple et au mouvement palestiniens, sans que les bénéficiaires exacts aient été précisés pour l’instant.

L’affaire Macklemore pose une question qui dépasse largement le personnage. Le rappeur multiplie les prises de position en faveur de Gaza et les « Free Palestine ». Lorsque Robert Kraft, propriétaire du Gillette Stadium près de Boston, refuse de l’accueillir, invoquant des propos et un passé d’images qu’il juge antisémites, d’autres enceintes suivent et Macklemore est finalement écarté de la tournée américaine d’Ed Sheeran. Lui proteste : il n’est pas antisémite, il défend les Palestiniens.
Est-il sincère ? Peut-être. Peut-être pas. Nous n’avons aucun moyen d’entrer dans sa conscience, et c’est justement pourquoi la question est mal posée.
Car en 2014 déjà, pour apparaître incognito sur une scène de Seattle, Macklemore s’était affublé d’une perruque sombre, d’une barbe et d’un énorme nez postiche. Beaucoup reconnurent immédiatement la vieille caricature du Juif. Lui affirma n’avoir jamais pensé aux Juifs et finit par s’excuser.
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L’épisode éclaire singulièrement ce qui se joue aujourd’hui. L’antisémitisme contemporain n’a pas nécessairement besoin de se déclarer antisémite. Il peut changer de vocabulaire, de justification et même de morale. Il peut se réclamer de l’antiracisme, de la défense des opprimés, de l’indignation humanitaire et du combat contre l’injustice. Celui qui le véhicule peut alors se croire d’autant plus étranger à l’antisémitisme qu’il se pense engagé du côté du Bien.
Cela ne signifie évidemment pas que défendre les Palestiniens ou condamner la politique d’Israël soit antisémite. Mais la vertu proclamée n’immunise personne contre les préjugés. « Free Palestine » n’est pas en soi antisémite. Pourtant, dans un stade, repris par une foule, le slogan peut devenir une communion où disparaissent les questions embarrassantes: quelle Palestine veut-on libérer ? Israël a-t-il encore une place dans cette géographie morale ? Que reste-t-il du 7-Octobre lorsque toute l’histoire commence à Gaza le lendemain ?
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M. Kraft a choisi l’exclusion. Je préférerais la confrontation. Non pas demander à Macklemore : « Êtes-vous antisémite ? » Il répondra non et nous n’aurons rien appris. Mais lui demander : que signifient exactement vos mots, quelle histoire transportent-ils et que produisent-ils dans cette foule ?
Car le véritable problème commence peut-être lorsque l’antisémitisme n’ose plus dire son nom — ou, plus inquiétant encore, lorsqu’il se croit devenu antiraciste.
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