Qu’est-ce qui a bien pu pousser un trentenaire norvégien aux allures de gendre idéal à commettre un carnage ? Seraient-ce les jeux vidéo, les films pornographiques, la télévision, Internet, ou la musique rock ? A chaque fois que le nihilisme prend corps dans le sang d’un meurtrier, la bien-pensance convoque tous ces éléments- sans doute pour s’éviter de douloureux examens de conscience.

Non, cette fois-ci, pas la peine de chercher quelques chansons obscures pour comprendre les raisons de la boucherie. Par la rédaction d’un mémoire fleuve chargé d’une idéologie de bazar, le tueur a fourni une réponse clé en mains. Ainsi, Breivik serait fasciste. Et on vous l’a assez répété : le fascisme c’est mal, « le fascisme c’est le meurtre » ! Loin de moi l’idée de réhabiliter l’extrême droite mais nous devrions tout de même nous demander si ce tireur fou est véritablement fasciste.

A l’époque, on ne s’était pas enquis de savoir si Richard Durn était un authentique écologiste et Audry Maupin un militant d’extrême gauche sincère ! Pour le premier, on avança la thèse de la folie. Quant aux crimes du second, on en imputa la responsabilité au cinéma, pour la bonne et simple raison qu’il affichait dans sa chambre le poster du film Tueurs nés d’Oliver Stone. Pour ces deux assassins étiquetés à gauche, l’affaire était entendue : aucun rapport entre leur engagement politique et leur dérive criminelle !

Or, dans le double carnage norvégien, tout est politique. Certes, pas de la manière dont le conçoivent l’écrasante majorité des média et des analystes : le déséquilibré a probablement plus été victime de son époque que de ses vilaines lectures. Autrement dit, le fascisme n’a pas armé son fusil ! N’oublions pas que l’extrême droite n’a jamais eu l’exclusive de l’incitation au meurtre. Souvenons-nous qu’en France, au soir du 21 avril 2002, certains jeunes, alors encensés par les équivalents politiques hexagonaux des victimes du massacre d’Oslo, scandaient sur des airs reggae : « Pour Le Pen une balle ! Pour le FN une rafale ! ». Remémorons-nous encore cet antifascisme de carnaval, comme le qualifie aujourd’hui un ancien premier ministre socialiste, qui comparait, sur des tracts distribués par Ras le Front, les manifestants anti Le Pen aux résistants du Vercors. Que d’appels aux meurtres, que de références à la guerre !

Évidemment, il est impossible de juger des motifs secrets d’un tel acte, ni de savoir quoi de sa propre personnalité ou de son environnement global a poussé à l’assassinat massif ce jeune habitant d’une des démocraties les plus enviées du monde, qui a fait de l’asepsie le modus vivendi de sa politique. Quoiqu’il soit tout de même bon de rappeler qu’avant la télévision, Internet et les jeux vidéo, ce sont les mots qui tuent. A force de dire guerre et meurtre au nom du souverain Bien, il n’est pas illogique qu’un malade, au nom d’un bien qui n’est pas le nôtre, en viennent à transformer ses paroles en actes, puis ses actes en meurtres !

Mais revenons sur terre et rassurons-nous : ce pourrait bel et bien être la lecture de je ne sais quel auteur très méchant qui aurait convaincu un jeune norvégien de massacrer près de cent personnes. En revanche, si l’on accepte cette hypothèse, en nous rappelant les affaires Maupin et Durn, nous ne considérerons plus jamais Olivier Besancenot et Eva Joly de la même manière…

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Rémi Lélian
est critique littéraire et professeur de philosophie.est critique littéraire et professeur de philosophie.
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