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Le destin de Breivik

La Norvège est un des pays les plus riches du monde. L’un des plus ouverts aux étrangers également, puisqu’aujourd’hui quarante pour cent des enfants qui vivent à Oslo sont d’origine extra-européenne. La xénophobie y prospère, comme dans les pays voisins, la Suède et la Finlande.

Anders Behring Breivik, bon fils, employé consciencieux, depuis peu patron d’une entreprise spécialisée dans les légumes bios, franc-maçon, admirateur de Churchill et de Max Manus ( l’un des résistants les plus célèbres au nazisme ), auteur d’un manifeste de 1512 pages sur le net contre la société multiculturaliste – il convoque aussi bien les philosophes de l’école de Francfort qu’Unabomber et livre au passage quelques conseils judicieux sur les stratégies visant à détruire une centrale nucléaire – veut que l’immigration musulmane soit arrêtée sans délai et que le soutien financier de l’Union Européenne à l’Autorité palestinienne cesse. Il présente la Suisse comme un modèle de démocratie.

Fallait-il sur ces prémices qu’il se livre à cet incroyable carnage de l’île d’Utoeya et qu’il se ridiculise en se donnant le titre pompeux de Commandeur des Chevaliers Justiciers ? L’expérience – et pas seulement psychiatrique – a depuis longtemps établi les liens profonds et souterrains entre paranoïa, politique et refoulement sexuel. Nous y sommes. Anders Behring Breivik se réjouit de passer trente ans dans les prisons norvégiennes et d’avoir rendu son message audible. Il évitera ainsi ses rencontres hebdomadaires avec sa mère, n’aura plus à se soucier de la qualité de ses melons bios et pourra jouir pendant quelques mois d’une notoriété mondiale.

Évidemment, ses compagnons de cellule risquent fort de n’être ni blonds, ni chrétiens. Peut-être apprendra-t-il au fil des années à les apprécier ? Peut-être même se mettra-t-il en couple avec l’un d’eux… Plus le temps passera, plus son acte lui paraîtra dérisoire. Il aura enfin l’occasion de méditer sur la vanités des entreprises humaines.


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