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Yuriy: une indignation à la mesure de notre impuissance?

L'Élysée a contacté la mère du jeune violemment agressé à Paris

Yuriy: une indignation à la mesure de notre impuissance?
Sur son compte Instagram, la mère du jeune a donné des nouvelles plus rassurantes le 26 janvier. Capture d'écran Instgram

Alors que la résolution de l’affaire semble au point mort – pas d’interpellations à cette heure – l’Elysée a apporté son soutien à la malheureuse victime de ce qui ressemble à un règlement de comptes. Pour le magistrat honoraire Philippe Bilger, quand bien même cette affaire est éminemment médiatique, le président a tort de choisir les victimes à choyer. Selon lui, c’est “tout le monde ou personne, Monsieur le président !”


Rien ne donne plus le sentiment de l’inéquité républicaine que des interventions présidentielles partielles, partiales, tactiquement ciblées au lieu d’être globales et sans la moindre arrière-pensée. Le président s’était beaucoup ému auprès de Michel Zecler de ce que celui-ci avait dit avoir subi et dont des traces sur son visage attestaient la réalité. Récemment, à la suite du lynchage dont Yuriy a été victime de la part de dix voyous dans le quartier de Beaugrenelle le 15 janvier, le président s’est à nouveau manifesté en prenant langue avec la mère de ce jeune homme âgé de quinze ans.

Une agression dont nous aurions ignoré l’existence sans la fuite de la vidéo

Il convient de noter que cette agression n’a été rendue publique que grâce aux réseaux sociaux: un compte anonyme a diffusé ces secondes d’une extrême violence. Faut-il s’en féliciter? ou regretter par avance que, connu ou demeuré inconnu, ce scandaleux épisode aboutira ni plus ni moins aux mêmes conséquences : une indignation aussi vive que l’impuissance sera forte ?

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Capture d’écran de la vidéo extrêmement violente du lynchage

Yuriy a même été gratifié de soutiens sportifs et médiatiques qui en général allaient plus volontiers vers ceux que la police aurait maltraités[tooltips content=”Le footballeur Antoine Griezmann ou le comédien Omar Sy par exemple NDLR”](1)[/tooltips]. On ne peut que se réjouir de ce changement de cap : les voyous, mineurs ou non, ne sont plus pris pour des victimes! Yuriy se serait trouvé malencontreusement pris dans un affrontement de deux bandes rivales, dont l’une venue de Vanves, à Paris, vers 18 heures 30, sans la moindre crainte d’une quelconque intervention policière.

Une affaire encore entourée d’ombres

Actuellement on ne sait pas trop ce qu’il en est de l’implication ou non de Yuriy dans cette affaire – on nous affirme qu’il s’agit d’un adolescent très calme et tranquille, pourquoi pas? – mais je relève que le président s’est précipité pour consoler sa mère et je note que les amis de Yuriy se réfugient dans le silence. Il n’y a que Raquel Garrido, dont l’idéologie fait d’elle une extralucide, pour tout savoir puisqu’elle dénonce “les charognards d’extrême droite”. La volupté d’accabler en totale ignorance, cela ne se refuse pas !


Le président de la République n’est absolument pas dans son rôle en choisissant ses victimes. S’il considère que son attention et sa compassion doivent ostensiblement être offertes, il me semble que, quitte à se prétendre grand consolateur, Emmanuel Macron doit l’être avec toutes les victimes. C’est tout ou rien. Que pensent actuellement tous les laissés-pour-compte de l’indifférence présidentielle ? Il est trop facile de se donner bonne conscience en téléphonant à une mère, comme si cet épisode affreux ne résultait pas, d’une certaine manière, de la carence d’une politique globale de sécurité dont deux de ses ministres et lui-même sont responsables devant les Français. Je téléphone donc je n’y suis pour rien!

Comme si la parole présidentielle permettait de passer à autre chose

Échec qui se suffit à lui-même, qui n’a pas besoin pour être aggravé de considérations sur les immigrés, les Français d’origine étrangère ou les étrangers. Victimes de notre incurie pénale, ils le sont tous également. Pour les coupables, il conviendra d’en tirer les conséquences. Le président de la République, agissant si confortablement – quelques mots et le tour est joué -, se prive, par les sélections qu’il opère et les discriminations qu’on lui recommande, du constat d’une insupportable réalité. Toutes ces victimes qui chaque jour révèlent une criminalité en hausse, une délinquance violente de la part de bandes de mineurs, si elles étaient prises en compte par la mansuétude présidentielle comme Michel Zecler et Yuriy l’ont été, ne lui permettraient plus ce rôle hypocrite de bon samaritain tardif. Il serait obligé de faire face à cette France du malheur et de la violence : plus de compatir au compte-gouttes!

Ne sélectionnons pas parmi les victimes!

Ces sinistrés de l’insécurité et du laxisme ne surgissent pas de rien mais d’une politique gangrenée par une philosophie pénale sans ressort et un cynisme tactique. Tout pour 2022 mais avec tant de retard !

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Monsieur le Président, si vous tenez à tout prix à persuader les Français que vous avez du cœur et que vous les aimez – contrairement à la charge cinglante de Michel Onfray qui vous reproche de n’être proche ni de la France ni des Français – cessez de sélectionner comme un grand seigneur les douleurs qui rapportent mais penchez-vous sur toutes ! Vous nous persuaderez ainsi que votre compassion est sincère, ne fait pas de tri et révèle une authentique sensibilité.

Alors, de grâce, monsieur le président, tout le monde ou personne !

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Le regard d’Elisabeth Lévy

Hier au micro de Sud Radio, Elisabeth Lévy livrait ses premières observations sur l’affaire. Causeur vous propose de retrouver son intervention. Regardez:


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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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