Home Politique L’augmentation de l’insécurité dans les campagnes est sensible, malgré les confinements!

L’augmentation de l’insécurité dans les campagnes est sensible, malgré les confinements!

La sécurité n’est plus un acquis, qu’on vive en ville ou à la campagne

L’augmentation de l’insécurité dans les campagnes est sensible, malgré les confinements!
Gérald Darmanin lors de l'hommage au gendarme Mélanie Lemée, tuée près d'Agen, juillet 2020 © UGO AMEZ/SIPA Numéro de reportage : 00971721_000057

Une tribune de Jean-Paul Garraud


Nos campagnes en danger

L’enseignement à tirer du dernier état des lieux de la délinquance et de la criminalité en France rendu par le Service statistique du ministère de l’Intérieur démontre qu’aucune fraction du territoire n’est désormais épargnée par l’insécurité, les zones rurales et périurbaines sous la responsabilité de la gendarmerie ayant même connu une hausse particulièrement sensible des violences à la personne. Les collectivités territoriales ont un important rôle à jouer en la matière.

Toutes catégories confondues, les atteintes volontaires à l’intégrité physique ont augmenté de huit points dans les zones rurales et périurbaines confiées à la gendarmerie. Encore ne s’agit-il là que des infractions constatées, de nombreuses victimes ne faisant pas de démarche spécifique pour se manifester. Dans ces « zones gendarmerie », un refus d’obtempérer est constaté toutes les 45 minutes. Un chiffre qui fait écho à un autre: une plainte pour violence gratuite est déposée toutes les deux minutes à la police !

Les viols en augmentation

Très inquiétants, les crimes et délits à caractère sexuel comprenant les viols, les tentatives de viols ou les agressions sexuelles ont augmenté de 12% au niveau national. Une augmentation observable dans les mêmes proportions pour la région occitane, avec désormais 0,8 cas pour 1000 habitants contre 0,7 en 2019.

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Alors que nous étions supposément confinés une bonne partie de l’année écoulée, ou placés sous le régime du couvre-feu, sauf durant les mois d’été, les manifestations violentes ont pu se dérouler dans l’indifférence générale, notamment en marge des contestations liées au projet de loi dit « sécurité globale ». Un projet mal nommé tant il se focalisait sur des points de détails, certes importants, mais qui ne sont pas centraux pour affronter comme il se devrait la hausse de toutes les formes de délinquance et de criminalité que nous connaissons depuis au moins deux décennies dans l’hexagone. Ainsi, les dégradations et violences, les outrages à l’égard des personnes dépositaires de l’autorité publique ont connu des hausses colossales à Toulouse (+113 %) et Montpellier (+99 %), durant les tristement célèbres « samedis de manifestation » qui rythment nos vies depuis 2018.

Ledit « sentiment d’insécurité » dont témoignent les Français s’appuie donc sur des statistiques.

La France périphérique à son tour gagnée par l’ensauvagement

Une insécurité protéiforme, qui se déploie dans toutes les étapes de la vie quotidienne : transports, vie scolaire, promenades lors des week-ends, etc. Ces statistiques sont d’autant plus inquiétantes que la pandémie de coronavirus, du fait des confinements et des couvre-feux, a largement diminué la vie sociale et plus encore la vie nocturne génératrice d’excès d’alcool et de drogues, de rixes violentes ou d’agressions sexuelles. Elle vise principalement les membres les plus fragiles de la société. Les plus jeunes, les personnes âgées, les femmes et les habitants des zones de non-droit sont effectivement en première ligne.

Notons que désormais, vivre loin des grandes métropoles et des centres urbains ne suffit plus pour se protéger de la délinquance et de la criminalité.

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Le pédopsychiatre Maurice Berger, auteur de l’excellent Sur la violence gratuite en France – Adolescents hyperviolents, témoignages et analyse (L’Artilleur), a une explication : « (…) l’ensauvagement, c’est lorsque la parole ne fait plus tiers, lorsqu’existe un différend même minime entre individus. Il y a quelques années, 85% des mineurs traduits en justice changeaient de comportement après leur rencontre avec l’institution judiciaire, la parole du juge. Ils ne sont plus que 65% désormais, et c’est d’eux dont je parle. L’impulsivité prime, l’autre n’est plus considéré que comme un objet sur lequel décharger la tension qu’on ressent dans l’immédiateté, comme une gêne à éliminer. Ceci soulève la question de savoir quelles sont les conditions nécessaires pour qu’un individu se civilise ».

Il est terrifiant de constater que la baisse du niveau de langage est source de violence. Ne sachant plus s’exprimer, certains renoncent à argumenter et ne comprennent pas les arguments qui leur sont opposés, répondant alors par la violence.

Polices municipales, vidéosurveillance, lycées : les collectivités à la rescousse

Au-delà de la nécessaire mise à niveau des moyens accordés aux forces de l’ordre, ainsi que de la volonté politique qui doit accompagner leur travail, c’est toute la France qui doit être repensée de l’éducation nationale à la notion d’ordre public, dont les stratégies se doivent d’être prospectives et non purement réactives comme c’est le cas de nos jours. Ni l’institution policière ni la justice ne pourront être efficaces sans un soutien sans faille de l’État, force motrice des politiques de sécurité.

Dans ce cadre, les collectivités territoriales ont un rôle important à jouer.

Évidemment, les maires qui ont la charge des polices municipales au plus près des citoyens. Mais aussi les départements et les régions. Si les régions n’ont pas de compétences directes en matière de sécurité, la loi NOTRe n’ayant pas changé leurs prérogatives en la matière, elles peuvent s’investir dans une véritable politique de sécurité par la montée en puissance des financements croisés et s’engager dans des actions concrètes de lutte contre l’insécurité. Elles peuvent ainsi prendre part au financement de certains dispositifs de sécurité, à commencer par la vidéosurveillance dans les trains ou aux abords des lycées. Les régions peuvent aussi mobiliser exceptionnellement des budgets pour les victimes des émeutes urbaines, comme l’avait fait la région Île-de-France en 2007 en octroyant des aides aux personnes dont les véhicules avaient été dégradés ou en avançant des fonds aux communes pour la remise en état de leurs équipements.

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Les régions peuvent donc agir en amont et en aval. Elles ont aussi un rôle à jouer dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, en sensibilisant élèves, parents d’élèves et professeurs à l’utilisation de la plate-forme Pharos, au phénomène de la radicalisation islamiste ou bien encore au fléau du harcèlement scolaire, qui fait chaque année de nouvelles victimes.

Nous avons le devoir, partout où nous sommes présents, de mieux penser l’action de l’État et des collectivités pour endiguer l’insécurité galopante qui détruit la vie quotidienne des Français. C’est un impératif pour l’avenir.

Une société sans ordre est une société qui bascule dans le chaos, une société qui ne peut que s’effondrer et se tiers-mondiser.

Un avenir qu’il faut éviter à la France.

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Magistrat, Député européen RN, Président de l'Association professionnelle des Magistrats, Ancien Député UMP.

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