Vœux présidentiels, réformes, légion d’honneur, attentats à Villejuif… 2020 marque un démarrage catastrophique pour l’exécutif et le pays.


Mardi dernier, le président Macron souhaitait que la décennie débutât dans l’apaisement et le rassemblement. C’est plutôt mal parti.

C’était Emmanuel Macron, le 1er janvier.

Dans ses vœux aux Français, le président a de nouveau appelé à « faire France. » S’exprimant tantôt avec douceur, tantôt avec vigueur, il a évoqué le « peuple de bâtisseurs »  – qui semble avoir pris une belle part dans sa mythologie – et a même concédé aux Gaulois réfractaires que « nous n’avons pas à nous adapter au cours des choses (…) mais à rester fidèles à ce que nous sommes ». Après presque un mois de grève, il a exhorté le gouvernement à trouver enfin un terrain d’entente avec les syndicats qui souhaitaient une réforme.

Mais comme la conviction – on n’ose pas dire la consistance intellectuelle – n’est pas sa force première, cet appel au renouveau fut mati du fameux « en même temps », appelé encore « langue de bois » à une époque pas si lointaine, où les subtils raffinements de la communication politique n’avaient pas le toupet d’affirmer une chose et son contraire dans la même proposition.

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Macron a donc profité des vœux pour réaffirmer sa détermination en 2020. « D’habitude, déclare-t-il, c’est le moment du mandat où l’on renonce à agir avec vigueur, pour ne surtout plus mécontenter personne, à l’approche des futures échéances électorales ». Mais attention, lui, la séduction électoraliste, ça n’est pas son genre !

Un homme de convictions

D’ailleurs, c’est par pure conviction qu’il a injecté 17 milliards d’euros depuis un an dans l’économie, jetant ainsi tous ses objectifs de réduction de la dépense publique dans la corbeille des promesses non-tenues ! C’est par conviction également qu’il est passé de l’obsession « jupitérienne » au tour de France en 80 jours, et qu’il a multiplié les mesures favorables aux élus locaux à l’approche des élections municipales.

Et ne parlons même pas de cette réforme des retraites qui a été elle-même le moment de tous les rétropédalages : suppression de régimes spéciaux qui reviennent par la fenêtre et régime à point dont on peut désormais douter de l’utilité finale aux finances publiques, sans la possibilité de jouer sur la valeur du point!

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En novembre 2019, Nicolas Baverez comparait Emmanuel Macron à un cannelé, ce gâteau bordelais dont la croute solide cache un cœur aux alvéoles toutes molles. Afin de ne pas tout perdre de sa superbe de 2017, Macron doit sans cesse préserver l’image d’un réformateur impitoyable. L’image seulement. Face à plus d’un an de manifestations, il doit également apparaitre comme l’homme de tous les compromis : dans un numéro d’équilibriste permanent qui fatigue les Français, Emmanuel Macron réalise l’exploit d’associer l’indécision de François Hollande à la vigueur gestuelle de Nicolas Sarkozy !

Ajoutez-moi une couche de BlackRock et des attaques islamistes là-dessus !

Si la confusion n’avait pas déjà assez régné sur cette réforme chaotique marquée par les scandales, une autre nouvelle est tombée le 1er de l’an : la distinction de Jean-François Cirelli, président de Blackrock France, au grade d’officier de la légion d’honneur.


Sans même préjuger du réel « service à la nation » qu’aurait rendu le patron du gestionnaire d’actifs, il faut noter que la subite distinction, qualifiée de « pure coïncidence » par la secrétaire d’État Agnès Pannier-Runacher sur RMC, confine, dans notre contexte, à la faute politique. Après tant de suspicions autour d’une réforme que les opposants perçoivent comme une transition progressive vers les fonds de capitalisation, confortées par les régulières consultations du fond d’investissement américain, comment un chef d’État sensé a-t-il bien pu apposer sa signature au bas de cette décision du conseil de l’ordre de la légion d’honneur ?

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Alors qu’Emmanuel Macron travaille durement pour se donner figure humaine et se rapprocher des élus locaux, beaucoup d’observateurs craignent évidemment que cette distinction ne fasse penser à un affreux petit copinage, susceptible d’ulcérer un peu plus la partie du peuple qui foule les trottoirs depuis plus d’un an.

Autre sujet, le plus grave d’entre tous : la lutte contre l’islamisme. Dans ses vœux, Macron n’a pas eu un mot sur le sujet. Le “terrorisme” uniquement a été évoqué, mais à propos de la présence de troupes au Sahel.

L’attentat au couteau de Villejuif vendredi 3 est tragiquement venue rappeler aux citoyens que ni l’État ni les médias n’ont progressé sur la question islamiste. Comme d’habitude, on nuance la revendication religieuse par le déséquilibre individuel, et on se contente d’attendre le tweet de soutien aux victimes. Le tweet d’un président soucieux de bien faire, certes. Mais le tweet d’un Président ne faisant en définitive pas grand-chose. C’est ainsi que la bien triste mort de Janusz Michalski, attaqué alors qu’il protégeait sa femme, ouvre aussi l’année 2020, année qui espérons-le, sera celle d’un nouveau sursaut, cinq ans après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hypercasher.

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