Réfléchissez: vous sortirez forcément gagnant, à l’issue du conflit social sur la réforme des retraites!


Voilà longtemps qu’une année ne s’était pas présentée sous d’aussi bons auspices pour la France que 2020. 20 sur 20, c’est un chiffre d’excellence et il serait dommage que pareille combinaison numérique ne profite pas à notre vieux et cher pays. Pourquoi faire des vœux ? Avant même que ne commence la nouvelle année, une énorme satisfaction nous est promise. Et promise avec une certitude quasi absolue de survenir.

Les jeux obscurs des hommes politiques et des chefs des syndicats ont accouché de cette miraculeuse situation, sans que personne ne l’ait voulue, bien sûr. On n’osait pas rêver à cette chance insolente que nous offre la Destinée, toujours représentée aveuglée par un bandeau qu’elle porte sur les yeux. Formulons-le, ce bonheur qui nous pend au nez: soit Macron a le biceps le plus fort et fait tomber sur la table l’avant-bras de la CGT et alors ce vieil ectoplasme communiste se dissipe à l’instant dans l’air ambiant. Soit le gros à grosse moustache fait plier le freluquet de l’Elysée, qui perd toute chance d’être réélu en 2022. Bref, la France va être gagnante à tous les coups.

La CGT jusqu’au boutiste

Dans la première hypothèse, la CGT, déjà passée seconde derrière la CFDT, verra son déclin s’accentuer. La vieille dame née à Limoges en 1895 sera transportée en soins palliatifs et aura tout loisir de se remémorer la liste de ses méfaits. Parmi lesquels: la décadence des grands ports français à la suite d’une erreur de De Gaulle qui lui avait imprudemment confié la gestion des dockers. L’essentiel des conteneurs que reçoit la France transite par Rotterdam ou Barcelone. Le port de Marseille a perdu depuis longtemps tout trafic de marchandises grâce aux multiples grèves de dockers organisées par la CGT. Le dernier secrétaire, Thierry Lepaon, a été épinglé pour des dépenses fastueuses faites pour la rénovation de son bureau. Les austères générations d’anciens syndicalistes ont dû hurler de rage dans leurs tombes.

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Depuis le début de la grève la rivalité entre Laurent Brun, dirigeant de la CGT cheminots, et Philippe Martinez s’est exacerbée. Elle se traduit par un concours de  jusqu’au boutisme et la crainte incessante d’être dépassé en radicalité par la base. Leurs interventions télévisées, à eux comme aux autres syndicalistes, me sidèrent par leur aplomb dans le mensonge et par la rhétorique bien huilée avec laquelle ils font passer la défense de leurs privilèges pour la défense de tous les retraités. C’est l’argent public, c’est-à-dire l’argent pris dans la poche de tous les Français, qui a remboursé ce printemps les 14 milliards de dettes de la SNCF et qui paie chaque mois les retraites précoces et avantageuses de milliers de retraités de la SNCF. Celle-ci est une entreprise à démographie calamiteuse: un cheminot au travail pour quatre retraités qui sarclent leurs salades du côté de Vierzon ou de Saint-Pierre-des-Corps. La blague du “service public à la française” est un mensonge éhonté, il suffit pour s’en rendre compte de lire le savoureux article de Jean-Pierre Robin dans le Figaro du 8 décembre dernier : “Paris-Lyon et Tokyo-Kyoto au banc d’essai” où il compare le trajet français en TGV à un trajet équivalent du Shinkansen japonais. Sur tous les plans notre TGV d’un service public “que le monde nous envie” est battu à plates coutures par le Shinkansen, une entreprise privée.

On ne pleurera pas la CGT

Je n’ai entendu qu’à deux ou trois reprises l’expression “grève par procuration”, mais il faut se rappeler que cette formule éhontée a considérablement aidé les syndicats  à terrasser Juppé en 95. La “grève par procuration”, c’est comme si l’amant d’une femme mariée consolait le cocu en lui expliquant que l’adultère est un “amour par procuration” qui en définitive profite au mari. Tout est fait pour brouiller un fait assez simple dans la vie économique d’une société: l’argent public sort d’une poche pour entrer dans une autre et si le dévalisé est content, c’est qu’il n’a rien compris à la manœuvre.

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On l’a deviné l’enterrement de la vieille dame de Limoges ne m’arrachera pas une larme, et je lancerai simplement une rose fanée sur son cercueil en mémoire de tous les braves gens qui ont cru dans le syndicalisme et y ont fait souvent, ne soyons pas injustes, du bon travail.

Je vous ai aussi parlé d’une seconde option

Deuxième issue, tout aussi agréable à envisager: Macron capitule, il se traîne sous les quolibets jusqu’au printemps 2022, est battu à la présidentielle (par qui, c’est une autre affaire dont je ne néglige pas la gravité…) Et alors quel soulagement ! Il ne faudra plus craindre, à chaque voyage présidentiel à l’étranger, les tombereaux d’insultes déversées sur la France, sa culture, son histoire, sa population moisie, la réticence gauloise à accueillir sa substitution par d’autres populations avec des cris de joie. Prendra fin l’épouvantable laisser-aller sécuritaire, la mise à sac de la France par des bandes venues de toute la planète, la réduction de Paris à l’état de coupe-gorge où on se fait saucissonner par des cambrioleurs et piquer son portefeuille par de braves garçons très problématiquement mineurs et très problématiquement isolés. Mme Belloubet, version blonde décolorée de Mme Taubira, rendra son tablier et on se remettra à construire des prisons, puisque la nature humaine est assez profondément différente de la nature rêvée des anges. Puissions-nous vivre assez vieux pour voir la fin du bisounoursisme que nous impose le petit jeune homme propre sur lui de l’Elysée ! Oh avec quelle joie nous passerions à notre tour en soins palliatifs, remplis d’optimisme et de bonne humeur, à faire crouler de rire les infirmières spécialisées et les croque-morts venus nous emmener vers notre dernière demeure.

Le vieillard Siméon fut heureux de mourir après avoir vu le Christ enfant, nous serons heureux d’entraîner dans l’au-delà le progressisme niaiseux et infantile du début du XXI ème siècle. Que vienne enfin un monde d’adultes !

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