Quand vous partez de chez vous quatre nuits consécutives pour des raisons personnelles, l’INSEE appelle ça des vacances. C’est une définition empruntée à l’OMT, l’organisation mondiale du tourisme, depuis 1995. Cela exclut les voyages d’affaires et d’étude, les déplacements professionnels, les longs séjours pour raisons médicales (cure, sanatorium, prison centrale) et les enterrements à l’autre bout du pays, où l’on se rend en espérant que Tatie Danielle a laissé quelque chose sur son testament[1. A propos, l’extraordinaire Tsilla Chelton est morte à 94 ans, le 15 juillet dernier].
Quatre jours, ce n’est pas grand-chose, quand on y pense. En 36, le Front Populaire, avait, sous la pression du mouvement social et des grandes grèves, octroyé quinze jours de congés payés. Ca devait être l’apocalypse économique, la fin de l’industrie française, la mort de notre compétitivité, qu’ils disaient déjà, dans la TSF, les Jean-Marc Sylvestre de l’époque.

Tout ça parce que des prolos à casquette emmenaient des jolies filles à bord de tandems de location sur les plages de Vendée. Que des ouvriers de l’Ile Seguin allaient voir grandir leurs mômes chez la belle-mère en Auvergne. Pensons d’ailleurs à relire L’Eté 36 de Poirot-Delpech, un joli roman sur la révolution tranquille et durable que furent les congés payés, le bonheur inédit d’être au monde qu’ils donnaient à ceux qui étaient persuadés que leur vie était condamnée de toute éternité à travailler, puis à mourir.
Quatre jours… On se dit qu’avec une définition comme ça, et si on écoute ces culpabilisateurs que sont les éditorialistes économiques télévisuels, les Français doivent être de sacrés fainéants. Ils sont tous, tout le temps en vacances ! Et après on s’étonne ! Les Allemands, les Anglais, ils partent peut-être ? Oui, apparemment, comme le constate n’importe qui se promenant dans le Sud de l’Europe en haute saison. Même si les Allemands, ces temps-ci, on se demande pourquoi, évitent la Grèce voire revendent leurs maisons pour ceux qui en avaient.

Français fainéants, alors ? Peut-être que oui, peut-être que non. En tout cas, s’ils glandent, c’est de plus en plus souvent chez eux. Une enquête du CREDOC indique une tendance lourde depuis le début des années 90 et montre que les ménages les plus défavorisés partent de moins en moins en vacances. Cette tendance s’est singulièrement accélérée entre 2007 et 2012. 47% des plus pauvres partaient en vacances en 2007, ils ne sont plus que 37% aujourd’hui.
Nous n’aurons pas la cruauté de faire remarquer que cette baisse spectaculaire correspond au dernier quinquennat. Après tout, Nicolas Sarkozy n’est pas responsable de la crise et ne peut-être tenu comptable que de la gestion de ses conséquences. Mais je me souviens des discours élyséens au pathos larmoyants sur les heures supplémentaires défiscalisées qui permettraient aux pauvres d’améliorer leur triste vie quotidienne et notamment de partir enfin en vacances. Apparemment, ça n’a pas suffi.
Et puis, il n’est peut-être pas inutile de dire que les heures supplémentaires défiscalisées n’ont apparemment rien changé à l’affaire en ces temps où la droite tente une petite contre-offensive idéologique sur leur « suppression inique par ces salauds de rouges ».

Mais suis-je bête ! Pour bénficier des heures supplémentaires défiscalisées, il faut avoir un emploi. Et comme entre 700 000 et un million de personnes de plus ont fréquenté Pôle Emploi entre 2007 et 2012, notamment grâce aux heures sup défiscalisées qui n’incitaient pas le patron à l’embauche, comment ces chômeurs auraient-ils pu partir en vacances, ne serait-ce que quatre jours, grâce à ce merveilleux dispositif ?
Mais bon, on ne va pas les plaindre non plus, les chômeurs. Pour eux, les vacances, c’est tous les jours…

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