Pour un Français de culture classique, autant dire d’un certain âge, le nouveau livre de Jean Sévillia, Historiquement incorrect, fait naître, comme Historiquement correct avant lui (assez semblable de forme et de méthode, mais qui traitait de thèmes autres, quoique voisins), un sentiment très curieux : pareil lecteur, au moins sur les sujets qu’il connaît un peu, a l’impression de rencontrer à chaque ligne l’évidence, et qui plus est l’évidence familière, mais parée d’un exotisme inouï par l’énormité du babil sociologico-médiatique qui l’a recouverte depuis trente ou quarante ans, et que notre auteur fore avec une tranquille assurance. Ce n’est pas pour me vanter, comme dirait Philippe Meyer, mais il n’y a que la bathmologie (cf. Barthes) qui puisse rendre compte de ce phénomène étrange : vrai, faux, et puis vrai de nouveau, dans une lumière changée.

Une phrase entre cent, choisie pour sa courtesse : « C’est au Moyen Âge qu’émerge le sentiment national français. » Tout habitué de nos Lettres en est bien convaincu. Mais le babil a pesé par là : Révolution, Jules Ferry, tranchées, quand ce n’est pas Front populaire ou diversitude.

Jean Sévillia, Historiquement incorrect (Fayard).

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