Je m’étais promis de ne plus regarder la télévision pour ménager mes nerfs et mon humeur.

Las, les meilleures résolutions flanchent : de retour tardif du bureau, et me suis affalé sur le canapé devant l’émission Envoyé Spécial sur France 2.

Après un sujet sans intérêt sur les parkings (qui m’a permis de récupérer de précieuses minutes de sommeil), et un autre passionnant sur les jeunes européens partis en Syrie, voilà qu’est annoncé un reportage sur un scandale sans précédent concernant l’ONU.

Ainsi, un journaliste vigilant, qui ne recule devant rien, a choisi d’enquêter sur la rumeur qui à Haïti rend responsable les Nations-Unies de ce que certains (en fait la communauté des haïtiens de New-York) qualifient de « crimes de guerre » : l’introduction dans l’île de la bactérie du choléra.

De quoi s’agit-il ? Après le désastre du séisme de 2010 qui a provoqué des centaines de milliers de morts et de blessés, une épidémie de choléra s’est soudainement déclenchée, provoquant plus de 8 000 morts.

La faute à qui ? Car il serait impensable qu’il n’y ait pas un responsable à qui demander des comptes.

Selon le reportage, il serait scientifiquement avéré qu’un contingent de soldats népalais composant la « Minustah » (une mission de maintien de la paix de l’ONU en Haïti en opération depuis 2004) aurait amené avec lui des souches locales du choléra et aurait contaminé la population en rejetant dans la rivière les eaux usées du camp qu’il occupait. Le colonel népalais a beau démentir l’existence de cas de diarrhées chez ses soldats, les souches de la bactérie trouvée en Haïti s’avèrent identiques à celles qui proviennent de Katmandou. Et le scandale de redoubler d’intensité : les népalais accusent les contingents pakistanais, indiens, et bangladais de propager la maladie (ambiance !), le responsable de l’ONU à Port-au-Prince, se mure dans le silence,  l’attachée de presse fait visiter le camp de la « Minustah », désormais équipé d’un traitement des eaux usées…

Dans un pays livré à toutes les calamités imaginables, dépourvu de toute organisation sanitaire, on incrimine ceux qui viennent apporter leur aide. Histoire de rappeler que rien n’est jamais vraiment gratuit, le journaliste d’Envoyé Spécial explique l’engagement du Népal par les avantages financiers que le pays en tire. Indigné, le reporter fustige la lâcheté de l’ONU, qui nie toute responsabilité dans le déclenchement de l’épidémie de choléra et se retranche lâchement derrière son immunité diplomatique. Dieu merci, un avocat américain va se porter au secours des innocentes victimes de l’inconséquence des puissants.

Bigre, depuis l’attentat d’Oklahoma City, je n’avais plus entendu parler de la crainte complotiste d’un gouvernement mondial. Mis à part dans quelques sketchs de Dieudonné. Il y a des reportages qui vous vaccineraient de toute tentation philanthropique. Pour aboutir à une conclusion aussi simpliste, mieux  aurait valu rester chez soi. La prochaine fois, gageons que nous trouverons au pays de Stéphane Hessel un nouveau Rouletabille qui se posera la question de la responsabilité du séisme. Ce sera bien le diable si Ban Ki Moon, les Américains ou un grand complot mondial n’y sont pas pour quelque chose…

*Photo : AP21085415_000002. Ramon Espinosa/AP/SIPA.

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