La France ne serait pas la France sans sa charcuterie. Déjà dévoyée par l’industrialisation agricole, la cochonnaille suscite le rejet—parfois violent—de consommateurs musulmans. Heureusement, une bande héroïque d’éleveurs et de charcutiers mène la résistance.


Il y a quelque temps, la revue locale Le Mensuel de Rennes rapportait cette anecdote, que m’a confirmée le grand journaliste et ami Éric Conan, parti profiter de sa retraite bien méritée dans sa Bretagne natale : dans le quartier de Rennes Le Blosne-Italie, situé au sud de la ville, un malheureux Breton qui tenait une crêperie proposant la spécialité locale des galettes à la saucisse a été menacé de mort et sa vitrine taguée ou brisée avec des slogans « cochonophobes » du type « à mort les porcs, on vous saignera ». Il a donc été obligé de vendre sa boutique qui a immédiatement été remplacée par une boucherie hallal. Selon Conan, la municipalité de Rennes, qui du reste a été la première de France à accepter avec empressement le burkini dans ses piscines municipales, n’a évidemment rien fait pour aider ce pauvre artisan… Pire, en matière de soumission, et toujours à Rennes, le chef breton Loïc Pasco n’a pas trouvé mieux, dans la foulée, que de se distinguer en proposant de relever le « défi » (lancé par qui ?) avec une recette de galette sans porc (il a mis une saucisse de veau à la place, pourtant bien moins goûteuse), destinée au service de livraison de plats cuisinés Uber Eats. La genèse de ce type d’affaires, de plus en plus fréquentes sur tout notre territoire (il suffit de tendre l’oreille), est bien décrite dans le livre de poche Histoire de l’islamisation française : quarante ans de soumission (L’Artilleur, 2020).

La charcuterie : une invention française

Sans invoquer Charles Martel et Jeanne d’Arc ni chanter La Marseillaise, rappelons que le porc constitue 99 % de notre charcuterie, qui est une invention française remontant au Moyen Âge (1475), le mot charcutier désignant à l’origine celui qui cuit la chair, en l’occurrence, la viande de porc… Pour notre pape de la charcuterie Joël Mauvigney, meilleur ouvrier de France et président de la Confédération nationale des charcutiers traiteurs (CNCT) – dont la boutique située depuis 1963 à Mérignac, près de Bordeaux, se visite comme une vraie bijouterie, avec ses somptueux fromages de tête et autres pâtés en croûte maison –, « la charcuterie française est unique au monde, il n’y a pas l’équivalent ailleurs, c’est une composante de notre identité culturelle et gastronomique ». Pourquoi donc ceux qui n’aiment pas le saucisson nous obligeraient-ils à ne plus en manger ?

©Wiaz
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En réalité, on ne hait que ce qui nous ressemble : apparu en Asie au début de l’ère tertiaire, juste après la disparition des dinosaures (il y a 66 millions d’années), et domestiqué depuis le Néolithique (9000 ans avant J.-C.), le porc est l’animal le plus proche de l’être humain, puisqu’il possède 95 % de nos gènes ! En médecine et en chirurgie, on utilise d’ailleurs son insuline et même sa valve cardiaque pour faire des greffes. Sur le plan anatomique, Léonard de Vinci l’avait bien constaté : quand on ouvre un porc, ses organes intérieurs sont disposés exactement comme les nôtres…

Le cochon fustigé et célébré à travers le monde

Réputé goinfre, avide, sale, méchant et lubrique par à peu près toutes les religions du monde, ce pauvre animal, pourtant ultra sensible et intelligent, mérite d’être réhabilité ! Dans la mythologie grecque, il est associé à Déméter, la déesse de la fertilité. Chez les Égyptiens, Nout, la déesse du ciel et mère éternelle des astres, est figurée sous les traits d’une truie allaitant sa portée. En Chine et au Vietnam, le cochon est le symbole de l’abondance et de la fécondité. Mais le plus bel hommage jamais rendu au porc est un poème sublime que Paul Claudel écrivit en 1895, dans Connaissance de l’Est et qu’il faudrait obligatoirement faire lire à tous les élèves de France dès le CP. Claudel, quand il arrive en Chine, après avoir renoncé à devenir moine, est subjugué par ce pays « vertigineux, inextricable où la vie n’a pas été atteinte par ce mal moderne : l’esprit qui se considère lui-même et s’enseigne ses propres rêveries. […]. Ici, au contraire, tout est naturel et normal. » Le spectacle des porcs se promenant en liberté au milieu du tohu-bohu des chaises à porteurs le fascine et lui inspire ce texte plein de tendresse, qui nous montre en passant qu’il y avait bien en Claudel un porc qui sommeille (comme il l’avouera plus tard dans sa correspondance avec Jacques Rivière). Que l’on me permette donc d’en citer un extrait, car, pour le porc, avoir un Claudel comme avocat, c’est quand tout de même énorme :

« Je peindrai ici l’image du

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Décembre 2020 – Causeur #85

Article extrait du Magazine Causeur

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