La Norvège met en place un système touristique dit « écoresponsable » : les voyageurs se voient ouvrir les portes d’Oslo devenue ville « poubelle », où tout est affaire de recyclage. Or, Greta Thunberg y trouverait à redire…


« En Norvège, c’est l’homme qui est au coeur de la société, pas le consommateur », explique le scientifique Olivier Bernard dans un article du Monde vantant le modèle norvégien. C’est aussi l’angle adopté par VisitOslo, le guide de voyage officiel de la capitale, dans sa dernière campagne virtuelle pour attirer les touristes. Cette série de quatre vidéos met en scène une jeune femme parfaitement apprêtée, le chignon strictement noué, dont le discours tranche avec l’apparence. « Oslo is rubbish », littéralement « Oslo est une poubelle ». répète cette blonde accorte, avec un ton moralisateur teinté d’ironie. Objectif ? Vendre l’image d’une Oslo écolo adepte du recyclage. Quitte à y aller avec de gros sabots pour masquer la contradiction entre deux injonctions contradictoires : voyager et ne pas polluer. Or, qui fait du tourisme, consomme.

Qu’à cela ne tienne, les vidéos promeuvent à fond le recyclage. On aperçoit ainsi un sauna et des vélos fabriqués à partir de détritus, ou encore des œuvres d’art conçues grâce à ces mêmes matières recyclées. Pourtant, la veste et le foulard roses de la speakerine ne semblent pas sortir d’une poubelle, loin de là. Jouant sur les contrastes, ces publicités font l’éloge de l’art « trashy », autrement dit « vulgaire » et associé aux poubelles, dont la Norvège serait le nouveau spot. Sur l’un des clips promotionnels, des enfants semblent d’ailleurs heureux de découvrir cette forme d’art, assis à côté de la présentatrice qui joue toujours les grands airs.

Pas si écologique que ça 

Au-delà du bon mot, VisitOslo développe le concept de « voyages écoresponsables », où les innovations écologiques sont prises comme prétextes à l’expansion d’une nouvelle forme de tourisme. Une croisière en voilier, à la Greta Thunberg, est-elle au programme ? Pas vraiment. Le site norvégien mentionne plutôt les voitures électriques. Malgré « l’effet vert » encouragé par la ville, l’automobile reste un moyen de déplacement important à Oslo. Même électrique, la voiture pollue avant même de rouler. La batterie des véhicules électriques contient en effet des métaux rares comme le lithium et le graphite, dont l’extraction nécessite l’utilisation de grandes quantités d’eau et de produits chimiques, ce qui ne fait que déplacer la pollution dans des pays plus pauvres. De plus, l’assemblage de ces batteries pose un problème thermique, puisqu’elles sont fabriquées dans des fours à 400 degrés qui produisent une consommation d’énergie très élevée.

Il est vrai que VisitOslo vante également les mérites des bateaux électriques. Or, si le premier navire à batterie vient d’être lancé, il n’existe en revanche aucune notable restriction pour la circulation des paquebots de croisière, surtout dans les fjords. Résultat : la Norvège est l’un des pays les plus touchés au monde par les émissions de soufre des bateaux de croisière. Recourir aux bateaux électriques revient à écumer la mer avec une passoire.

Une drôle de finalité

Globalement, ces campagnes officielles à gros budgets risquent d’attirer un nombre considérable de touristes, plus ou moins respectueux de l’environnement. L’éco-tourisme progresse en moyenne deux fois plus vite que l’ensemble de l’industrie touristique. Et si des touristes, même écoresponsables, se rendaient dans la capitale norvégienne en avion ? Dès 2007, la Conférence Internationale de l’Ecotourisme à Oslo entendait « garantir que les voyages et le tourisme demeurent un secteur viable de l’économie globale et que ceux-ci soient écologiquement ainsi que financièrement durables ». Une perspective aussi drôle qu’un tableau de Munch.

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