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Stella Kamnga: lettre non-coupable à France

Stella Kamnga publie "La France n'est plus la France: Dialogue non coupable" (Editions du Verbe Haut )

Stella Kamnga: lettre non-coupable à France
D.R.

Dans un ouvrage très personnel, la chroniqueuse de RMC retrace son arrivée en France, ses déconvenues, et l’amour candide qu’elle voue à sa nouvelle patrie. Une expression franche et directe, mais dont le sentiment qui en est au fondement ne pourra pas être soupçonné d’insincérité.


Les déclarations d’amour les plus sincères se reconnaissent souvent par deux caractéristiques déterminantes : l’effusion d’un sentiment qui prend le pas sur la mesure du propos d’un côté, et l’authenticité insoupçonnable de ce même propos de l’autre. C’est là le sentiment qui saisit le lecteur de ce texte : il s’agit d’une déclaration d’amour, selon les critères qui viennent d’en être donnés. Stella Kamnga expose ici un amour brut de la France.

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Un élan cocardier

Le simple titre de ce livre a de quoi déconcerter au vu de son propos : comment une jeune femme fraichement arrivée en France en 2017 peut-elle dire que « la France n’est plus la France » ? Dans cet échange intimiste avec François-Xavier Consoli, Stella Kamnga retrace la généalogie d’un cheminement personnel qui l’a menée, tant géographiquement que sentimentalement, vers note pays. Après un parcours de vie particulièrement éprouvant au Cameroun, l’auteur raconte l’histoire touchante d’une jeune femme au caractère à la fois candide et ferme qui, espérant une vie meilleure, a voulu se rendre en France, inspirée comme un cœur innocent peut l’être, par l’image idéalisée des Molière et des Jeanne d’Arc. Candeur et fermeté : contradictio in adecto ; en apparence du moins. Les sujets traités sont multiples : l’arrivée déconcertante en France, la difficulté à s’intégrer dans une communauté d’expatriés pas si solidaire qu’il n’y paraît, et encore l’émerveillement naïf face aux beautés de Paris. Mais ce qu’il y a retenir du livre de Stella Kamnga réside peut-être moins dans ses propos enflammés sur la colonisation qu’une idée forte que nous avons tendance à parfois oublier : la France est, et reste, une terre de possibilité et d’espérance pour de nombreux étrangers. À la condition sine qua non, ajoute Stella Kamnga, que l’on lui prouve son amour.

Que cet élan cocardier soit permis : la France fait encore rêver, la France nourrit encore l’imaginaire par-delà les mers et les montagnes. Si surannée puisse paraître cette affirmation, elle reste la plus tangible des idées exprimées par le dialogue de Stella Kamnga avec son interlocuteur.

Encore un petit effort…

Or parfois, cet amour vire à l’adoration de l’ordre existant. Telle est également la réserve que l’on peut avoir à la lecture de ce texte. L’accumulation des témoignages de policiers tient une place disproportionnée a regard du volume de l’ouvrage, de telle manière que l’on peine à en percevoir le sens. Que le lecteur coutumier de ces colonnes n’y voit pas une invitation à l’anarchie, mais davantage un questionnement sur la structure du message. S’agit-il d’un amour circonstancié pour la France ? ou bien d’un amour inconditionnel ? La nature exacte de cet attachement s’y perd parfois, dans ce qui ressemble à un exercice d’hagiographie, tandis que l’amour n’a rien d’antinomique avec l’exigence et la sévérité.

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Mais même cette dernière remarque n’invalide pas le propos initial : on ne peut que se réjouir de voir la France faire encore rêver. À ce titre, irriguer l’imaginaire du monde n’a rien d’annexe pour un pays qui se voit encore comme grand, par ce que l’imaginaire sait drainer vers le pays qui le fait vivre les forces vives qui le revigorent. Sans doute à cet égard, Stella Kamnga vient-elle nous rappeler ce mot d’ordre : Français, encore un petit effort pour vous aimer vous-mêmes.

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Docteur en philosophie. Chercheur associé à HiPhiMo. Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

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