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Marion Maréchal: «Ne vous faites pas voler l’élection»

Entretien avec Marion Maréchal (1/2)

Marion Maréchal: «Ne vous faites pas voler l’élection»
Marion Maréchal © Hannah Assouline

Soutien d’Éric Zemmour, l’ancienne députée RN veut en finir avec la gouvernance d’Emmanuel Macron dont elle pointe le manque de vision, de cohérence et de stratégie. Pour elle, le candidat de Reconquête ! est le seul capable d’unir les droites et d’appliquer un programme à la fois civilisationnel, sécuritaire et économique. Grand entretien.


Causeur. Le premier tour est dans quatre jours. Qu’avez-vous à dire aux électeurs pour les convaincre de voter Zemmour ? Peut-il encore, selon vous, être président ?

Marion Maréchal. Ne vous faites pas voler l’élection ! Cette campagne aura été si particulière. Le refus permanent du débat, la crise sanitaire comme une chape de plomb puis la guerre en Ukraine… Alors, oui, je crois sincèrement que tout est encore possible.

Éric Zemmour bénéficie d’une dynamique populaire inédite – les 120 000 adhésions recueillies par Reconquête ! en à peine quatre mois, la mobilisation exceptionnelle dans les réunions publiques, les audiences télé ou le succès sur internet et les réseaux sociaux. En cumulé, ce sont 7 millions de personnes qui ont regardé le rassemblement du Trocadéro qui fut le plus gros meeting de la campagne ! Je suis convaincue que cette énergie aura une traduction dans les urnes.

Ensuite, il est le seul à bénéficier d’une vraie capacité de rassemblement et d’union. Ce rassemblement s’est exprimé à travers son équipe avec la venue d’élus et de cadres du RN comme de LR, de DLF, du PCD ou sans étiquette, mais aussi dans son électorat, puisque l’on sait que les Français s’apprêtant à voter Zemmour viennent aussi bien du RN que de LR. Il remobilise même des abstentionnistes de longue date. Il a fait tomber les digues artificielles qui séparent des Français patriotes depuis trop longtemps.

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Il a par ailleurs une vraie capacité à créer la surprise au second tour en ayant brisé le fameux « cordon sanitaire » puisque des personnalités LR telles que François-Xavier Bellamy ou Éric Ciotti ont déjà annoncé voter pour Éric Zemmour dans le cas d’un duel face à Emmanuel Macron.

Enfin, l’actualité est venue nous rappeler – par exemple avec les très violentes émeutes de Sevran – que l’insécurité ne s’est pas arrêtée dans notre pays parce qu’il y a une guerre à l’extérieur… Éric Zemmour a été le seul à ne pas mettre de côté le sujet civilisationnel et sécuritaire et à le faire revenir en permanence dans la campagne à côté de celui de l’économie et du pouvoir d’achat.

Mais compte tenu des sondages, beaucoup de gens se reconnaissant dans la droite nationale pensent que Marine Le Pen est le vote utile…

« Compte tenu des sondages », Jean-Marie Le Pen n’aurait pas été au second tour en 2002 et Thierry Mariani, candidat RN, aurait été élu président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur en juin. Les sondages sont une photographie de l’opinion, plus ou moins juste, mais ils ne doivent pas façonner l’opinion et encore moins l’élection. Ils sont à regarder parmi d’autres éléments, et notamment cette dynamique et cette capacité de rassemblement dont je vous parlais.

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S’agissant de Marine Le Pen, je suis désolée de dire qu’on connaît la fin du film, pour l’avoir déjà vu en 2017. Et quoi qu’en disent ses soutiens, et puisque c’est manifestement leur seul argument, je dois rappeler qu’il n’y a pas un seul sondage qui la donne victorieuse… Vous savez, j’ai déjà eu l’occasion de réaliser 45 % des voix, aux élections régionales de 2015. C’est un « beau score », comme on dit dans ces moments-là, mais cela reste une défaite. La situation est trop grave pour se contenter d’être une force de premier tour.

Eric Zemmour et Marion Maréchal lors d’un meeting à Toulon, 6 mars 2022 © CLEMENT MAHOUDEAU / AFP

Vous avez été députée pour le RN, aujourd’hui vous êtes l’une des têtes d’affiche de Reconquête ! En dehors des idées, du positionnement, les deux partis sont-ils très différents dans leur fonctionnement ?

Il y a une vraie différence dans la manière de travailler et l’état d’esprit. Avant de le rejoindre, j’ai fait savoir à Éric que je tenais à conserver ma liberté de pensée et de parole, et je l’ai tout de suite trouvé disposé à accepter cela. J’ai vu quelqu’un qui voyait dans cette diversité d’opinions une richesse et une force. En cela, je le crois beaucoup plus apte à construire un parti de gouvernement, à organiser une coalition, à mettre en musique des alliances. C’est aussi ma vision et je dois le dire : c’est particulièrement agréable de retrouver une atmosphère politique où on peut échanger, débattre et exprimer son opinion.

À l’inverse, lorsque j’étais députée du RN, et de très nombreux élus du parti avec lesquels vous en parlerez en privé vous diront la même chose, j’étais en permanence scrutée, observée à la loupe, pour savoir si je ne déviais pas d’un millimètre de la « ligne ». Une ligne souvent changeante, fixée par un tout petit nombre, toujours en dehors des instances de gouvernance régulières du mouvement. J’ai connu un RN (FN à l’époque) où le fait d’avoir trop retweeté Marion Maréchal ou Nicolas Bay, ou d’être considéré comme « trop » catholique, valait une mention sur les fiches avant les commissions d’investiture… Mention conduisant souvent à être écarté ! Une espèce de terreur sourde s’exerce ainsi, avec des pressions qui sont bien souvent intériorisées pour ne pas déplaire à la direction. Dans ce système, la servilité devient plus payante que la compétence. C’est en partie ce qui m’a poussé à quitter le parti et me mettre en retrait de la politique électorale en 2017.

Vous avez réuni 50 000 personnes au Trocadéro, mais les médias ont surtout retenu les « Macron assassin ! » scandés par une partie de la foule. Vos partisans sont-ils vraiment cette foule haineuse et raciste que l’on dit ?

Certains médias ont fait preuve d’une malhonnêteté absolue. Plutôt que d’analyser les ressorts de ce succès ayant mobilisé près de 100 000 personnes ou le contenu des trois heures de discours, ils ont préféré fabriquer une polémique artificielle autour d’un slogan lancé pendant dix secondes par une partie de la foule. La seule obsession fut ensuite d’obtenir la contrition ou la « condamnation » d’Éric et des cadres de Reconquête ! alors qu’ils n’y étaient pour rien. Certains journalistes ont manifestement raté leur vocation de curé ou de procureur. Je n’ai pas souvenir d’un tel émoi médiatique face aux multiples agressions, physiques elles, de militants Reconquête ! ou RN à coups de couteau et de matraque ces dernières semaines.

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Alors oui, beaucoup sont en colère, car l’État ne les protège plus, et ils l’ont exprimé avec leurs mots, alors qu’Éric évoquait dans son discours les victimes de la racaille, du terrorisme, après qu’on a vu en vidéo des témoignages terribles, notamment celui de cette mère dont le fils a reçu 22 coups de couteau d’un migrant soudanais clandestin au cri d’« Allah akbar ». Le vrai sujet aurait été plutôt de chercher à comprendre la colère exprimée par ces Français.

D’accord, les médias ne lui ont pas fait de cadeau, c’est un euphémisme. Mais n’a-t-il pas commis d’erreur ? Beaucoup de gens qui partagent son constat redoutent sa brutalité. Par exemple, fallait-il parler de « ministère de la Remigration » au risque de laisser croire que vous voulez renvoyer des Français ?

Je le répète, il a subi une entreprise de diabolisation inégalée. Même Marine Le Pen reprend des critiques de la gauche qu’elle a subies elle-même pendant des années : le « candidat de la guerre civile », la « brutalité », l’« extrême droite »… jusqu’aux prétendus nazis qui peupleraient son équipe ! Zemmour a un parcours atypique ; ayant été journaliste, polémiste et intellectuel pendant des décennies, il n’a pas peur de la confrontation, de la provocation et des débats animés. D’une certaine manière, cette force peut parfois le rendre vulnérable, dans un champ politique totalement aseptisé, où plus personne ne dit ce qu’il croit, ce qu’il pense, mais réfléchit avant tout à ce qu’on va penser de ce qu’il pense… On en vient à déguiser en habileté tactique tous les renoncements idéologiques, en se soumettant en permanence au magistère de la gauche morale. L’exemple de la remigration est très parlant. Que constate-t-on à travers différents sondages ? Les Français sont favorables non seulement aux mesures derrière le terme (dans tous les électorats, à l’exception de LFI) mais aussi, majoritairement, à la création d’un « ministère de la Remigration ». Rappelons que ce ministère a pour objectif de renvoyer sur le quinquennat 1 million d’étrangers qui n’ont rien à faire sur le territoire, parmi lesquels les 80 000 condamnés étrangers chaque année, les 25 % de détenus étrangers dans nos prisons, les 900 000 clandestins ou encore les milliers de fichés S étrangers pour radicalisation islamiste.

Sur l’islam, Zemmour semble admettre qu’il a pu sembler trop dur en s’en prenant aux croyants. En tout cas, il a rectifié le tir au Trocadéro. Pour la première fois, il a parlé au cœur des musulmans.

Éric Zemmour a longuement développé sa vision de l’assimilation lors de son discours au Trocadéro. Une vision généreuse, mais exigeante. Il a tendu la main aux musulmans en expliquant qu’il n’était pas question d’interdire à quiconque de pratiquer sa religion tant qu’elle respectait le cadre de la loi, mais qu’il était exclu de demander à la France de faire des accommodements raisonnables avec l’Islam au lieu de demander aux musulmans de faire des accommodements raisonnables avec la France. Il a ajouté qu’il considérait comme du mépris et non de la tolérance de dire que l’on ne pouvait exiger des musulmans l’effort qui fut demandé aux juifs, Libanais, Arméniens ou Italiens.

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Zemmour a la conscience aiguë d’une course contre la montre démographique. Demain (certaines projections, dont celle de Michèle Tribalat, parlent de 2060), le peuple français historique pourrait être minoritaire sur son sol. Or les peuples ne sont pas interchangeables. Aussi respectables soient les cultures africaines, elles n’ont pas le même rapport au monde, les mêmes goûts, les mêmes sensibilités, les mêmes croyances, le même art de vivre que la nôtre. Quand on change de peuple, on change de pays. Si demain l’islam est majoritaire en France – et indépendamment de la menace islamiste –, le visage de la France changera complètement. Partout où l’islam est majoritaire, la charia s’applique à des degrés divers. Zemmour a hérité de ses parents assimilés une compréhension profonde de cette question anthropologique. Il faut plus de courage pour faire de la politique à partir de ce constat inquiétant que pour faire de la démagogie diversitaire à court terme.

Zemmour n’a jamais été connu pour sa capacité à écouter les conseils… Quand il était polémiste, c’était plutôt quelqu’un de très individualiste. Avait-on une fausse image de lui ?

Ce que je constate, c’est qu’il a des certitudes sur le plan des idées, mais une véritable humilité sur le plan politique. C’est un univers qu’il découvre et il le sait. Il a admis qu’il avait fait des erreurs et il a appris de ses erreurs, ce qui est notable. Dans cette mue à l’œuvre depuis des mois, il est très ouvert à la critique constructive et aux conseils.

Cette campagne l’a-t-elle changé ?

Je l’ai constaté directement. On l’a vu dans des exercices nouveaux, notamment dans le contact avec les Français où il fait preuve d’une capacité d’écoute, d’empathie, de proximité qu’on ne lui devinait pas puisqu’il était, jusque-là, davantage dans un exercice abstrait, intellectuel. Il a une grosse capacité de travail et à la différence de beaucoup de politiques aujourd’hui, il élabore ses positions sans que des communicants lui disent quoi penser. Il est capable de donner un cap intellectuel tout en étant ouvert sur la méthode.

Sait-il parler aux classes populaires sans lesquelles on ne gagne pas une élection ?

Pour lui, un des enjeux de la campagne était de se faire connaître en très peu de temps des Français plus éloignés de la politique, un public qui ne l’a pas connu non plus à travers les pages du Figaro ou l’antenne de CNews. Il a développé un discours clair sur la question du pouvoir d’achat, mais il refuse, avec raison, de choisir entre l’angoisse de la fin de mois et l’angoisse de la fin de la France. Par ailleurs les deux sont liées : les Français modestes sont les premières victimes des conséquences de l’immigration massive. On ne peut pas rendre du pouvoir d’achat aux Français et de la compétitivité aux entreprises si on ne réalise pas en parallèle des économies sur l’immigration dont le coût annuel s’élève à 40 milliards, un tiers du déficit public !

La stratégie de l’union des droites est-elle la bonne ?

L’union des droites est un moyen et non une fin. On a vu émerger ces dernières années un clivage politique qui se fonde moins sur les idées que sur les conditions matérielles. Le clivage entre LREM et RN est devenu une opposition entre gagnants et perdants de la mondialisation, périphérie et métropole, « élite contre peuple ». On cristallise une néo-lutte des classes, or la nation est par essence une synthèse. Ses défenseurs ne doivent jamais l’oublier. En France, il y a déjà des fractures territoriales, ethniques, religieuses, sociales : doit-on alimenter ces fractures en faisant de la politique catégorielle, par des propositions qui ne s’adressent plus qu’aux uns ou aux autres ou faut-il les dépasser en revenant à un clivage d’idées qui fonctionnait à l’époque du PS et RPR ? Il y avait dans ces partis une mixité sociologique qui les obligeait à développer un projet de société intégrant tous les Français, d’où qu’ils viennent. Zemmour permet de sortir de cette mécanique toxique car son électorat est hétérogène, multiple, et en cela il ressemble à la société française. On vient au vote Zemmour non pas mû par des intérêts, mais par une vision du bien commun.

>> La deuxième partie de l’interview de Marion Maréchal est à lire ici <<

Avril 2022 - Causeur #100

Article extrait du Magazine Causeur


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