Si les sondages ont une vertu, c’est bien celle de maquiller le grand vice de cette présidentielle : l’ennui. Un peu comme dans un match de foot où, quand le fond de jeu est faible, on préfère parier sur l’issue du match ou égrener des statistiques mesurant les mérites comparés des buteurs plutôt que de décrire le mauvais spectacle en train de se dérouler.

À la manière d’une prophétie antique surgissant d’un oracle, le candidat Hollande est né dans un sondage. Dès mai 2011, Ipsos, pressé de mettre sur orbite un nouvel impétrant socialiste après l’empêchement new-yorkais de DSK, propulsa Hollande dans la stratosphère des 30% d’où il n’est jamais redescendu.

Le système bien rodé des instituts de sondage fit le reste. La prophétie se fit instantanément auto-réalisatrice et les Français ébahis découvrirent le nouvel élu des rédactions avant même d’avoir songé à voter. Les primaires vinrent valider ce processus comme pour confirmer le réflexe conditionné des électeurs : Hollande endossa alors le costume de candidat-déjà-président. Les mêmes trompettes du destin avaient sonné pour Ségolène Royal en 2007 et DSK en 2011, mais ce n’est qu’un détail liturgique. Hosanna pour François, il faut bien un chœur à la messe !

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