Comme en 2007, et malgré le contexte agité qui secoue actuellement l’institution, Sciences Po Paris a accueilli le Forum Elle pour la femme qui donne la parole à tous les candidats. Et comme son père en 2007, Le Pen (Marine) a été accueillie sous les huées d’étudiants bien intentionnés. En montrant des affiches « I’m Muslim Don’t Panik » (sic) et en scandant l’éternel slogan « Nous sommes tous des enfants d’immigrés », quelques dizaines de pipoteurs ont eu droit à leur quart d’heure de célébrité warholien.

Ne nous éternisons pas sur l’invasion de la tribune en pleine intervention de la candidate frontiste par des groupes « anti-négrophobie » ou le collectif « La Barbe » (qui singe le MLF en habillant ses militantes de postiches…). Passons sur les quelques hourras d’encouragement qui ont pu ponctuer l’allocution de la peste blonde. Ne nous attardons même pas sur les positions marinistes quant à « l’avortement de confort » ou la parité hommes-femmes.

Concentrons-nous sur la technique adoptée par les adversaires revendiqués de Marine Le Pen pour lesquels elle représente une menace à l’encontre de la démocratie, des libertés, des droits de la femme[1. On notera avec amusement que lors de ce même forum, pas une féministe n’a tenté de couper le micro de François Bayrou quand il a réitéré son soutien aux créneaux non-mixtes dans les piscines publiques au nom de la lutte contre la stigmatisation … des femmes obèses !], etc.

Leur analyse – certes très contestable- leur appartient et il serait malvenu de leur dénier le sacrosaint droit à se forger une opinion – a fortiori dans un Institut d’Etudes Politiques ! Mais mettons-nous de leur point de vue. Sachant qu’au moins 10% des Français, pour prendre la fourchette basse des sondages, envisagent de voter FN à la présidentielle et que Sciences Po ne représente pas vraiment l’échantillon-type du corps électoral, une stratégie plus subtile aurait peut-être été de mise.

La réponse téléphonée de Marine Le Pen (« nous sommes tous des enfants de bourgeois ») à ses contradicteurs a beau être caricaturale, elle traduit la perception d’une majorité de Français, y compris celle de méchants électeurs « populistes » du Front de gauche ! En refusant a priori de lui répliquer sur le fond (une tactique autrement plus difficile et laborieuse, j’en conviens..), ces braves étudiants expriment la maladie infantile de l’antifascisme : en faire trop pour la gloriole et se faire plaisir devant les caméras sans aucun impact sur les brebis égarées qu’on entend remettre dans le droit chemin.

Bref, lorsqu’antifascisme virtuel rime avec onanisme intellectuel, la science politique n’est pas franchement à la fête….

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