« Je vais bien, très bien, rassurez-vous. Et cessez de dire n’importe quoi!». Voilà ce qu’a voulu signifier Alain Delon, 76 ans , jeudi matin, à peine sorti de l’Hôpital américain, à Neuilly, après avoir subi une légère intervention destinée à corriger son arythmie cardiaque.
Mais rien ne va plus pour Claude Miller, dont on a annoncé la mort, le même jour. Miller, excellent cinéaste, inscrit dans la tradition du cinéma français « de qualité », autrefois honni par François Truffaut, plaçait dans ses films, souvent, un trait de pessimisme, voire de cruauté, qui leur donnait un vrai relief. Claude Miller aurait sans doute pu offrir à Delon un rôle aussi fort que celui de Michel Serrault, dans Garde à vue. Cela ne se fera pas.

Delon, contrairement à ce que vont répétant les imbéciles, est un homme qui n’aime rien tant qu’admirer ses pairs. il aurait volontiers tourné un petit rôle auprès de Marlon Brando, pour le bonheur de l’accompagner. il a toujours proclamé sa fierté d’avoir joué sous la direction de Jean-Pierre Melville, Joseph Losey, Alain Cavalier, Louis Malle, Luchino Visconti, Jean-Luc Godard, René Clément, Bertrand Blier, et d’avoir donné la réplique à Jean Gabin, Lino Ventura, Burt Lancaster, Maurice Ronet… Il est vrai que, par la suite, son affaire se compliqua quelque peu ; si l’on regrette l’insuccès de l’excellent Retour de Casanova (Edouard Niermans), ou oublie volontiers L’Ours en peluche ainsi que Le jour et la nuit.

Il est sans emploi digne de lui, depuis plusieurs années. Quel scénariste, quel metteur en scène, quel producteur s’uniront pour lui donner le dernier grand rôle de son crépuscule ? Delon, c’était hier. Et aujourd’hui, qui donc est « bancable » ? En France, Michaël Youn, Jean Reno, Franck Dubosc ! En Amérique, Justin Timberlake : l’allure et l’arrogance d’un type qui vient de placer un crédit subprime à une famille surendettée : rien de mystérieux, le corps plat, habillé et conseillé par un gourou hollywoodien de la psychologie et de la diététique réunies. Timberlake, des petits yeux, une bouche étroite, des lèvres courtes, qui le font vaguement ressembler à Dechavanne jeune. Voilà nos « stars » ! Hier, le samouraï, aujourd’hui, un trader. Et demain ?

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