La nuit d’Halloween a vu se lever la révolte de jeunes biterrois. Une école et un collège ont été incendiés et des policiers attaqués. La ville aurait-elle trop souffert de Robert Ménard?


Une école et un collège carbonisés, qui s’additionnent aux véhicules régulièrement incendiés. Trois-cents élèves privés d’enseignement et qui resteront chez eux ce lundi. Des forces de l’ordre et des pompiers caillassés, reçus à coups de tirs de mortier dans un véritable guet-apens. Pourtant ce constat tragique n’est que la continuité d’un échec programmé au niveau national, dont Béziers est un des laboratoires désignés bien avant l’arrivée de Robert Ménard.

Il est écœuré : « Ils ont incendié leur école. Ils sont tous passés dans cet établissement, dans ce quartier. » Le fondateur de Reporters sans frontières crie son désespoir aux micros des journalistes. Les Français s’insurgent avec légitimité devant le triste spectacle des murs encore fumants d’un sanctuaire républicain, aujourd’hui en cendres. Mais certains continuent de dénoncer cet événement comme la conséquence de la politique de ce proche du RN, invité récent de la Convention de la droite.

L’adversité et la misère ne s’abattent pas que sur les immigrés

Personne ne sait encore comment le feu s’est propagé, et les coupables ne seront peut-être jamais identifiés (c’est souvent le cas). Mais les résultats de l’enquête et les commentaires sont absolument vains si l’on ne se penche pas sur l’état de la ville de Béziers, son histoire contemporaine, sa sociologie, son âme.

Béziers, ville qui m’est chère, d’où j’écris ces quelques lignes, je l’ai traversée à toute heure, à tout âge. Elle est la cité des déclassés, des gilets jaunes, de la victoire de Georges Frêche qui a concentré à Montpellier toute l’activité de la région, au détriment de sa petite sœur des bords de l’Orb. Béziers est le point de chute des déracinés, pieds-noirs, harkis, gitans, immigrés maghrébins, rejoints par les exclus de la mondialisation. Depuis trente ans s’y est installée progressivement la fameuse partition, redoutée ou souhaitée par certains. Après avoir été assiégés par les cathares, les biterrois vivraient donc sous le joug de la gestapo depuis que la mairie a changé de pavillon.

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Le quartier de la Devèze, lieu de l’embrasement de la nuit d’Halloween, ne se réduit pas à des tours HLM. Il y a aussi des milliers de pavillons modestes, avec de petites gens qui vivent sans la haine du flic et des institutions. Ce sont eux qui ont contribué à investir Robert Ménard il y a cinq ans, lui offrant au premier tour 44,88% des suffrages. Ils ont pu constater la résurrection du centre-ville, moribond depuis les années 2000, et se réjouissent désormais de pouvoir fouler les célèbres allées Paul-Riquet, en famille, entre amis, sans y être importunés. En revanche, les délinquants maudissent ces mutations et le déploiement de nouvelles unités de police municipale au champ d’action élargi.

Du lance-roquettes à l’allumette, tout va bien!

Presque tout le monde a oublié qu’en 2001, dix jours avant le 11 Septembre, Béziers avait été le premier témoin de la barbarie islamiste, bien avant l’attentat de la Promenade des Anglais, le massacre du Bataclan ou les escapades sanguinaires de Mohammed Merah.

Enfant de la Devèze, Safir Bghioua tue le chef de cabinet du maire de l’époque. Armé d’un arsenal de guerre dont un lance-roquettes, il avait semé le chaos durant de longues heures. Lui qui le soir de l’assassinat déclamait à ses amis « Tes frères palestiniens crèvent et toi tu bois de l’alcool ? », tirait vers le ciel en beuglant « Je vais les niquer ! Allahou Akbar ! » Il finira criblé de balles par la police à qui il confiait son amour en se déclarant soldat de Dieu voulant tuer du flic. Malgré ces éléments accablants et la saisie d’un portrait de Ben Laden dans son salon, le crime n’a jamais été requalifié en attaque terroriste. On préfère parler de « coup de folie ».

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Depuis, même si l’idylle entre jeunes de la ville et forces de l’ordre n’a fort heureusement jamais atteint ce paroxysme de 2001, la détestation de l’Etat reste palpable, à l’image du triste incendie de la semaine dernière. En regardant LCI, j’ai vu une jeune fille qui pleurait devant la grille de l’école désormais vouée à la destruction. Cette scène m’a rappelé celle… du conseil régional de Bourgogne, ou un autre élu d’extrême droite avait arraché des larmes à un petit garçon dont la mère voilée était prise à partie.

Un maire subversif?

Alors Monsieur Ménard, pour faire cesser les pleurs de nos enfants, de grâce, stoppez vos activités subversives!

Mettez un terme à vos désirs d’éradication du trafic de drogue! Remettez sur pied cette aire de jeux que vous vous vantez de ne pas reconstruire, après qu’elle a été détruite pour la troisième fois par des jeunes en demande d’occupation valorisante! Levez l’interdiction d’installer de nouveaux kebabs dans les rues saturées de restaurants halal! Arrêtez de singer Julien Odoul dans vos humiliations, fermez les yeux mais avant, ouvrez le robinet à billets pour acheter la paix sociale… Béziers a assez sangloté!

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