Droit du travail, statut des cheminots, taxe d’habitation: les timides réformes engagées par l’exécutif cachent le refus de bousculer les Français et l’incapacité à faire fléchir l’Allemagne. Fonctionnaires et élus locaux sont loin d’avoir renoncé à leurs fromages.


Voilà neuf mois révolus que Macron, installé à l’Élysée avec la bénédiction des bureaucraties médiatique et financière, peut gouverner en s’appuyant sur sa majorité parlementaire. Comme c’est un homme pressé que le gars Emmanuel – sous cet angle, il rappelle Sarkozy et Renzi –, il est déjà temps de dresser un premier état des lieux1. Ce caractère d’homme pressé convient à un système qui veut des serviteurs affichant leur bonne volonté jour après jour sous le regard des médias et des marchés. Les réformes pleuvent sur nous comme les balles sur les soldats français à la bataille de Gravelotte2 : réforme du droit du travail, de la taxe d’habitation et de l’ISF, taxation des retraites, gel des dépenses d’infrastructure, réforme de la SNCF, nouveau super impôt foncier à l’horizon.

Il y a deux façons de traiter le sujet : à l’endroit, les réformes engagées ; à l’envers, les changements auxquels on se refuse.

Les réformes de rupture

Réformes de structure, c’est un terme fétiche de la littérature libérale depuis trente ans. Il exprime la volonté des élites de rompre avec le système public et social issu des années favorables d’après-guerre. Autant parler alors de réformes de rupture. Je ne traiterai que trois d’entre elles : la réforme du droit du travail, la réforme du statut des cheminots et la suppression de la taxe d’habitation.

La réforme du travail

Sur la réforme du droit du travail, la chose essentielle, jamais vraiment dite, est qu’elle vise à réduire le pouvoir des syndicats de négocier les salaires. Le postulat de la rigidité du marché du travail dissimule celui de la rigidité des salaires. De fait, l’Espagne et le Portugal ont obtenu une baisse significative de leurs salaires après avoir « libéré » leur droit du travail. Plus anciennement, l’Allemagne a réduit son coût global du travail de 15% au terme des réformes Schröder faites en 2004 et 2005. L’Allemagne, la surpuissante Allemagne !

Or, la France présente un niveau de salaires qui la place au sommet mondial, avec la Belgique et les pays scandinaves. La chose est des plus déconcertantes. Premièrement, l’industrie française, la moins robotisée du monde développé, n’est pas à même de supporter un coût salarial aussi élevé. Deuxièmement, les patrons laissent dériver les salaires année après année, et, avec eux, les charges sociales dont ils soutiennent, non sans raison, qu’elles sont excessives ! Sont-ils schizophrènes ?

A lire aussi: La France servile du président Macron

Laissons de côté les aspects idéologiques de la question. La réussi

Article réservé aux abonnés

60 % de l’article reste à lire…

Pour poursuivre la lecture de cet article Abonnez-vous dès maintenant.

ABONNEMENT 100% NUMERIQUE
  • Tout Causeur.fr en illimité
  • Le magazine disponible la veille de la sortie kiosque
  • Tous les anciens numéros
3 €80par mois
Avril 2018 - #56

Article extrait du Magazine Causeur

Lire la suite