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Fabien Roussel, le candidat de gauche vraiment disruptif

Présidentielles: la petite musique du PCF

Fabien Roussel, le candidat de gauche vraiment disruptif
Fabien Roussel au siège du Parti communiste, Paris, 11 mai 2021 © NICOLAS MESSYASZ/SIPA Numéro de reportage : 01018505_000013

L’affaire est entendue, au moins pour la droite et la droite nationale: il n’est plus très utile de se préoccuper de la gauche dans l’élection présidentielle à venir. Pourtant, dans le champs de ruines de la gauche française, Fabien Roussel détonne avec ses déclarations à contre courant sur Miss France, la chasse ou le nucléaire. Le candidat du PCF n’est pas woke.


La gauche totalise péniblement entre 25% et 30% des voix, et encore en comptant les deux candidats trotskistes, Nathalie Arthaud et Philippe Poutou. Dans ce paysage balkanisé ou libanisé en proie à une guerre de basse intensité, les deux candidats qui réunissent le plus d’intentions de vote, Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon, peinent à atteindre un score à deux chiffres dans la pluie de sondages qui s’abattent quotidiennement pour alimenter à l’infini des débats entre éditorialistes commentant du vide sur des chiffres dont on se demande parfois si la méthodologie n’est pas le doigt mouillé ou le marc de café. 

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Autre affaire entendue pour la droite et l’extrême-droite, la gauche ne serait plus en phase avec les classes populaires. Même si cela demanderait à être nuancé, il est certain que les médias se précipitent comme sur du bon pain sur les sorties wokistes des uns et des autres, la dernière en date étant l’attaque sur le concours Miss France. Il est certain qu’au moment où l’on fait entrer sur la pression zemmourienne les questions identitaires et l’ensauvagement de la société comme thèmes centraux alors que la colère sociale gronde devant l’explosion des prix de l’énergie, la gauche semble étrangement à côté de la plaque.

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Toute la gauche ? Non, Un village peuplé d’irréductibles rouges résiste encore et toujours : c’est le PCF représenté enfin à cette élection pour la première fois depuis 2007 par Fabien Roussel, député de Saint-Amant les Eaux, dans le Valenciennois. Il fait entendre une petite musique qui déplait souverainement à la droite, ce qui est normal, mais aussi chez ses anciens alliés de l’époque du Front de Gauche, notamment LFI devenue L’Union Populaire. Nous parlions à l’instant de la très anecdotique mais très révélatrice affaire du concours des Miss France. La question est venue sur le tapis lors du passage de Fabien Roussel à l’émission C à vous du 19 octobre. La représentante d’Osez le Féminisme attaquait bille en tête sur le machisme supposé de l’affaire. Là où n’importe quel autre candidat de gauche aurait témoigné de sa vertueuse indignation, Fabien Roussel a surtout indiqué que ce qui lui paraissait scandaleux, c’était l’absence de contrat de travail pour les candidates, biais avancé d’ailleurs par Osez le Féminisme pour en finir avec les reines de beauté. Mais vous auriez été bien en peine d’obtenir une condamnation explicite du concours en lui-même par le leader du PCF.

Autre sortie de Fabien Roussel, sur la chasse et les « intellectuels condescendants donneurs de leçons » qui condamnent cette survivance barbare. Elle a étonné, voire scandalisé. Et pourtant, pour qui vit dans le Valenciennois ou en Baie de Somme, on sait très bien que la chasse est l’affaire des gens de peu. Loin des viandards fortunés, ceux qui tirent le canard, le lièvre, la bécasse et bientôt le sanglier sont des copains qui aiment se retrouver et prolongent ce droit issu de la Révolution française qui a cessé de faire de la chasse un divertissement aristocratique. On est plus proche de Raboliot que des chasses à courre de Downtown Abbey. Le plus drôle, c’est que ça n’empêche pas chez ces chasseurs, nombreux dans la circonscription de Fabien Roussel, d’être les premières sentinelles écologiques. Le hasard a fait que j’ai rencontré au début de semaine un de ces chasseurs, mon fournisseur occulte en pâté de lièvre, et néanmoins électeur communiste qui m’a parlé du réchauffement climatique et des automnes trop chauds qui raréfient le gibier…

Pro-chasse, pro-nucléaire et pro-flics !

Sur d’autres questions, plus essentielles,  le PCF marque sa différence. Le maintien du nucléaire, par exemple, précisément au nom de l’écologie et de la décarbonation de l’économie ou encore la sécurité. Vous serez bien en mal de trouver un discours antiflics au PCF. La participation de Fabien Roussel à la manif de la police en mai dernier a été vivement critiquée. Il est vrai que l’allure de cette manif devant l’Assemblée, sorte de 6 février à blanc sous l’œil bienveillant de Darmanin, était critiquable en elle-même. 

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Était-ce une raison pour la bouder? Certainement pas. La simple présence d’élus PCF cassait l’entre-soi-mortifère de la droite dure sur la question. Car du côté du PCF, on ne pense pas que la sécurité, – on préfère parler de « tranquillité publique » – soit une affaire de gauche ou de droite, comme les questions sanitaires d’ailleurs.  La police est ce qu’en fait un gouvernement, lequel peut aussi choisir d’autres façons de penser les rapports entre les forces de l’ordre et de la population (comme avec la police de proximité). C’est d’autant plus vrai que lorsqu’on entend « fillonner » Valérie Pécresse sur la nécessaire suppression de 150 ou 200 000 fonctionnaires, on se souvient des coupes claires à l’époque de Sarkozy dans cette même police…

Alors, finalement, peu importe que Fabien Roussel soit aux alentours de 2%. Les idées qu’il met en avant – une certaine manière de sentir la société française confrontée à des insécurités multiples (pas seulement celles liées à la criminalité mais aussi celles liées au pouvoir d’achat, à la précarité ou à l’écologie) – restent et demeurent l’honneur de la gauche aujourd’hui. Elles sont la butte témoin qui montre qu’autrefois, le communisme à la française, c’était le cœur vivant de la gauche avant qu’elle ne succombe aux sirènes de Terranova. Même Xavier Bertrand, de la même région que Fabien Roussel, ne s’y était pas trompé quand il avait appelé explicitement à voter communiste lors des dernières cantonales dans le cas où les candidats du PCF se retrouvaient dans les Hauts de France en tête à tête avec le RN.

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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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