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Pourquoi je ne fête plus le carnaval

Pourquoi je ne fête plus le carnaval
Image d'illustration Unsplash

Difficile de se marrer avec le politiquement correct ! Même les mardis sont maigres


Il y a quelques semaines, ma compagne me montrait des photos de son enfance. Parmi ces souvenirs charmants, un cliché pris lors d’un carnaval la montrait déguisée en bohémienne, au milieu d’autres enfants aux accoutrements plus pittoresques les uns que les autres. Sous l’effet d’une innocente nostalgie, je me pris à attendre l’édition 2022 du carnaval en France pour m’adonner à nouveau avec malice aux plaisirs du déguisement.

A Mardi-Gras, chacun peut être ce qu’il veut l’espace d’une journée ! Quoique…

Attention à l’appropriation culturelle !

A la réflexion, je me dis que son déguisement de bohémienne, en partie réalisé avec des robes trop grandes de sa mère, relèverait aujourd’hui du crime d’appropriation culturelle (vous savez, ce truc valable si Leonardo Dicaprio incarnait Nelson Mandela au cinéma, mais inexistant quand Idris Elba incarne un dieu nordique dans « Thor : Ragnarok »).

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Impossible donc de m’adonner au whitewashing en m’appropriant un quelconque personnage réel ou imaginaire issu d’Afrique. Attention aussi au classique déguisement d’Amérindien, de Mexicain, ou encore d’Asiatique : même s’ils se vendent visiblement bien (il reste encore trop de beaufs racistes adeptes du déguisement), ils sont malvenus auprès des gendarmes tatillons du vivre ensemble ! Quant à la coloration de la peau pour un effet réussi, je n’y pense même pas : le blackface est une violence morale insoutenable, comme l’a encore expérimenté Gérard Darmon il y a quelques mois, lui qui prétendait se grimer en Othello.

Qu’à cela ne tienne : il reste plein de déguisements possibles !

Pas de spécisme !

Je pense alors au traditionnel travestissement d’animal : un lion à crinière, un ours velu, une vache cornue… que choisir ? J’opte pour le lion, savourant déjà la confection des grandes dents et de la queue qui traînera majestueusement derrière moi. Pris d’un enthousiasme tout enfantin, je prépare déjà mon matériel : ciseaux, carton, peinture, feutres, etc.

Heureusement, l’adulte vigilant en moi me rappelle juste à temps les dérives du spécisme. Je me dis qu’il n’y a pas de quoi fouetter un chat, et que je ne suis pas une poule mouillée qui va se dégonfler. Puis, je me souviens que l’association de défense des animaux PETA a comparé les expressions utilisant des animaux à des propos racistes, homophobes et validistes.

Mon idée risque de faire grincer des dents en haut lieu… Exit donc aussi le déguisement d’animal, sans doute trop oppressif et spéciste. Tant pis, je vais trouver autre chose !

Mais que reste-t–il ?

Je me creuse les méninges : en quoi puis-je me déguiser sans offenser personne ? Il faut pourtant que je me déguise, je suis un mâle blanc (heureusement, de moins de 50 ans) et j’ai déjà le toupet d’afficher cet état de fait 364 jours dans l’année ! Hum… Le bonhomme Michelin ? Grossophobe ! Un comptable de la SOGEC ? Leur syndicat me tombera dessus demain en m’accusant de donner une piètre image de ce corps de métier. Freddie Mercury ? Homophobe ! Un guerrier ? Masculiniste ! Un champignon ? Si les végans n’ont pas encore interdit moralement le déguisement en plante, ils risquent de me confondre avec leur dîner.

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En fin de compte, je songe que l’idée du déguisement est consumériste et ne tient pas compte du réchauffement climatique : je vais utiliser des matières premières et des encres chimiques pour me confectionner un costume qui ne servira qu’une journée, et que je jetterai ensuite. Je tremble en pensant au bilan carbone d’une telle opération, d’autant plus que je risque de me rendre au carnaval… en voiture ! Brrr…

Finalement, je n’ai pas fêté le carnaval cette année. Inquiet et repentant, j’ai passé la journée en caleçon chez moi, à demander pardon sur Twitter pour mes idées saugrenues. Joyeux carnaval inclusif à tout.e.s.iel.les !


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Enseignant à l’École de Guerre Économique, Louis Favrot a créé et anime le blog « Libres Paroles ». Il y décrypte des contenus médiatiques et s’intéresse particulièrement à la guerre informationnelle et à la lutte des idées dans l’espace médiatique.

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