Aujourd’hui, Mercredi des Cendres, commence le Carême. Je sais que tout le monde s’en fout, et que les religions minoritaires dans cette grande République font l’objet au mieux de l’indifférence, au pis des sarcasmes. Je ne doute pas que M. Delanoë, encore maire de Paris pour peu de temps, ne se fendra pas d’un communiqué digne de l’Aïd pour saluer les quelques morts-vivants, les zombies, comme dit plaisamment Emmanuel Todd, qui prient encore la Trinité. Manquerait plus qu’on replante Irminsul sur le Champ de Mars pour complaire aux vieux Saxons ou que Toutatis ait son temple décoré de gui dans la forêt des Carnutes aux frais du contribuable.

Non, rien ne viendra de l’Hôtel de Ville, entre la Tour Saint-Jacques et Saint-Gervais, encore moins de l’Elysée – de toute façon, les cendres, ça ne tient pas sur les casques de scooter. Médiocre humiliation en passant, le Jardin d’acclimatation organise pour ce mercredi de pénitence un Carnaval brésilien : « Alors tous à vos déguisements ! Optez par exemple pour les tenues des joueurs de foot de la « Seleçaõ », pour une tenue de capoeira ou encore une belle robe de samba ! » Sans doute pour respecter le décalage horaire et laisser l’immense communauté brésilienne de France rejoindre par l’esprit ses parents éloignés.

Mais après tout, la faute à qui si Paris ignore le Carême et Mardi gras ? Sans doute à la pusillanimité de son Eglise qui toute à son affaire de déritualisation totale et de modernisation à marche forcée préfère aux chahuts cycliques les réunions néoniques de salles paroissiales. Sans me vanter, pour citer le Président de Koch, il y a des années que je prêche dans le désert bitumineux de la Ville la réinvention d’un carnaval digne de ce nom. Oh non, pas dans le code couleur Manif pour Tous, rose bonbon et bleu ultramarin, non, un carnaval, un vrai, qui ridiculiserait enfin la Gay Pride et son ridicule attelage mi-marchand, mi-militant.

Jugez donc : les catholiques étant presque les derniers à conserver leurs rejetons monstrueux, on ferait défiler dans un chaos général mongoliens, pieds bots, femmes à barbe, hommes serpents, polyomélitiques, myopathes à roulettes et autres siamois squameux au son des chars sans Glorious et dans le fumet entêtant des saucisses gratuites. Une vraie Cocagne. Tout serait permis, de toute façon on aurait quarante jours pour réparer les vitrines des commerces saccagés et éteindre l’incendie des ministères. Nos seigneurs les évêques de Paris seraient décalottés, promenés en chemise nus pieds et la corde au cou. Il y aurait quelques dizaines de noyés dans la Seine et des touristes hollandais pendus au réverbère. La vraie vie, quoi, la bacchanale, la saturnale, la lupercale. Après, on pourrait commencer de prier.

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Jacques de Guillebon
est journaliste et essayiste.est journaliste et essayiste.
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