« Mélenchon – Le Pen, le match des populismes » titrait Le Monde du 8 février. Passant devant un kiosque et voyant cela, je demeurais longuement interdite, bras ballants et bouche bée, jusqu’à ce qu’une kiosquière ayant dans le regard quelque chose de Frédéric Lefebvre ne m’interpelle dans un français agraire et imagé, ayant dans l’indigence quelque chose de Nadine Morano : « elle veut kèk’chose, la dame ou elle prend l’frais ? ». Sursautant sous l’effet des reproches âpres et vigoureux formulés par l’hybridation funeste du secrétaire d’Etat et de la Ministre, j’achetais prestement un exemplaire du quotidien.

Qu’y découvris-je ? Un scoop, assurément. Il paraît en effet que la candidate du Front national et celui du Front de gauche défendent « deux programmes radicalement opposés pour conquérir l’électorat populaire ». Palsambleu ! En se voyant servir de pareilles novelletés, on ne peut que s’ébaudir avec respect ! Ainsi, se surpassant comme jamais, le « quotidien de référence » nous explique que les deux « populistes » [sic] n’ont pas tout à fait la même approche du droit des femmes, du mariage homosexuel, et que Jean-Luc Mélenchon n’est que très moyennement adepte de la « préférence nationale ». Je ne regrette décidemment pas mon euro et les cinquante centimes attenants.

Dès lors, qu’est-ce qui autorise un journal aussi sérieux que Le Monde à compromettre sa légendaire impartialité en mettant un signe « égal » entre Le Pen et Mélenchon ? La réponse en est très simple : l’un et l’autre courtisent à la fois l’électorat populaire, et « la France du non ». Et Dieu sait qu’au Monde, « la France du non », on n’aime pas trop. Sept ans plus tard, je me souviens encore avoir failli renoncer à la lecture du journal vespéral après avoir lu dans ses colonnes que les électeurs ayant voté « non » au référendum sur le Traité constitutionnel européen (TCE) étaient atteints de difficultés d’ordre « psychanalytique ».

Je n’approuve certes pas l’attitude de « Méluche » lorsqu’il traite « Marine » de « semi-démente ». D’abord parce que je goûte peu l’injure, ensuite parce que je trouve cela tactiquement malhabile.

Pour autant, doit-on considérer, parce qu’un homme a un caractère un tantinet affirmé, qu’il n’est rien d’autre qu’un « populiste », autrement dit, un démagogue ? Faut-il promettre du sang, des larmes, une rigueur budgétaire de silex et une austérité de plomb pour apparaître comme un présidentiable sérieux ?

Je ne crois ni à l’une ni à l’autre de ces deux propositions. Et, comme je n’imagine pas un seul instant que le quotidien fondé par Hubert Beuve-Méry ait souhaité discréditer le candidat le plus à gauche de la course présidentielle, je me vois contrainte à vous révéler la terrible conclusion de mon analyse: Le Monde a décidé de décontaminer la pensée du Front national !

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