Le 15 janvier 2020, environ 500 agents de la police technique et scientifique ont manifesté de l’Assemblée nationale à la place Saint-Augustin. Ils se sont rassemblés pour attirer l’attention sur leurs conditions de travail. La police scientifique ne veut plus de son statut d’administratif: elle réclame les mêmes droits que les collègues armés, notamment en termes de départ à la retraite.


« Je n’ai été qu’une seule fois au Bataclan et ce n’était pas pour un concert », « Je suis un FLIC pour la population, je suis un SALE FLIC pour les criminels, je suis un SOUS FLIC pour l’État, qui suis-je ? » ou encore « 351 heures supplémentaires, 52 assistances à autopsies, 96 cadavres découverts, 3 nuits blanches par semaine d’astreinte, 184 missions opérationnelles… et tu me proposes la retraite à 64 ans ? Les calculs sont pas bons Christophe… » (Christophe Castaner, ndlr).

Les slogans ont été nombreux et originaux à la manifestation organisée par la police scientifique massée sur la place du Louvre le mercredi 15 janvier dernier. Que souhaite-t-elle ? Finira-t-elle par être entendue par le ministre?

Agent de police scientifique: un métier difficile et mal reconnu

Actuellement, le personnel composant la police technique et scientifique est régi par un statut administratif les considérant comme des sédentaires par rapport aux policiers « actifs » ou dits « de terrain ». Cela implique qu’ils effectuent théoriquement un travail exclusif de bureau, encadré par des horaires classiques, et sans risque, sans danger aucun. La réalité est toute autre.

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En réalité, ces agents sont très souvent tout autant sur le terrain que leurs collègues, aussi actifs et en danger qu’eux ; ils sont d’ailleurs munis d’un gilet pare-balles lorsqu’ils sont en déplacement, mais ne disposent pas d’une arme de service. C’est la preuve de la reconnaissance implicite du danger de leur profession mais on ne leur donne pas la possibilité de se défendre. Une hypocrisie.

« Nous aussi on est des flics »

Les conditions de travail de ces agents sont pour le moins compliquées : un policier contacté me révèle que de nombreux policiers scientifiques ont été arrêtés par leur médecin à cause entre autres des nombreuses pressions et menaces exercées à leur encontre par leur hiérarchie (dont des astreintes régulières du fait d’un manque criant d’effectifs), des brimades de leurs collèges actifs qui les considèrent comme des moins-que-rien, et du cœur de leur métier qui implique souvent des situations particulièrement dangereuses ou difficiles à vivre (prise d’empreintes de délinquants voire de criminels, caillassages par certaines populations agressives, prélèvements et photos effectués dans des lieux à risque, insalubres ou glauques…)

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Des revendications légitimes

La revendication principale de la police scientifique peut se résumer ainsi: l’obtention d’un statut « actif » semblable à celui de leurs collègues voire de certains personnels de la fonction publique (les pompiers, les employés de pompes funèbres et même les éboueurs bénéficient des avantages liés à ce statut). « On a le même costume, mais on n’a pas les mêmes droits » affirme à l’AFP Xavier Depecker, secrétaire du Syndicat National Indépendant des Personnels Administratifs Techniques et scientifiques.

Intervention de la police scientifique à Nantes le 18 juillet 2019 suite à l'affaire Steve Maia Caniço © Sébastien SALOM GOMIS/ SIPA
Intervention de la police scientifique à Nantes le 18 juillet 2019 suite à l’affaire Steve Maia Caniço
© Sébastien SALOM GOMIS/ SIPA

Une réunion avait été promise et prévue pour le 8 janvier par le ministre de l’Intérieur avec les représentants de la police technique et scientifique dans le but de revenir sur cette problématique. Non seulement il n’y a pas eu de rencontre, mais pire, une directive supplémentaire et contraignante a été prise permettant l’utilisation du personnel de police scientifique sur un rythme de travail comparable au personnel actif et sans aucune espèce de compensation.

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Les personnels de police technique et scientifique ne souhaitent qu’une chose : la simple reconnaissance de la pénibilité de leur métier et la reconnaissance de la réalité bien éloignée des clichés que l’on peut s’en faire. Ce n’est pas un travail calme, encadré et sans risque derrière un bureau.

Pour s’en convaincre, rappelons que les agents de police scientifique sont intervenus lors des attentats de Charlie Hebdo, du Bataclan, de Nice de Saint-Étienne-du-Rouvray et bien d’autres. Leur travail permet la résolution d’un tiers des enquêtes policières alors qu’ils ne représentent que 2% de l’effectif total.

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