1917, de Sam Mendes, en salles depuis le 15 janvier 2020, est une grande réussite. Un film qui comptera dans la mémoire de la Première guerre mondiale. Critique.


En ces temps propices à l’amnésie collective, il aura fallu tout le poids de la machine hollywoodienne et le génie du réalisateur britannique Sam Mendes, allié à un budget de près de 100 millions de dollars, pour raviver la flamme du souvenir des anciens combattants de la Grande guerre. C’est donc chose faite avec la méga production 1917 des studios DreamWorks, distribuée par Universal Pictures.

Si intense est l’effet de ce film sur l’esprit du spectateur que l’impression de revivre les combats de la Première Guerre mondiale sous l’angle des tranchées perdure bien après sa projection dans les salles obscures. En lice pour la 92e cérémonie des Oscars prévue le 9 février prochain, et déjà couronné des titres de « Meilleur réalisateur » et « Meilleur film dramatique » aux Golden Globes 2020, nul doute qu’il entrera un jour au panthéon des chefs-d’œuvre du cinéma et qu’il finira par figurer au National Film Registry de la bibliothèque du Congrès des Etats-Unis, à l’instar des Sentiers de la gloire de Stanley Kubrick (1957) et d’autres films remarquables. Au 26 janvier 2020, le film a déjà récolté 200 millions de dollars.

Immersion dans les tranchées

Ce film de fiction, dont l’action se situe dans le Nord de la France au printemps 1917, a été tourné en Angleterre et en Ecosse. Il a nécessité la participation de 500 figurants et la construction de 1600 mètres de tranchées. Le récit poignant est tiré d’un livre autobiographique écrit par Alfred Mendes, le grand-père du réalisateur, Autobiography of Alfred H Mendes 1897-1991, qui relatait sa conduite héroïque lors de la deuxième bataille des Flandres (31 juillet – 6 novembre 1917) à Passendale. Les combats sanglants qui y opposèrent Français, Britanniques et Canadiens aux forces allemandes se soldèrent par d’immenses pertes, soit plus de 250 000 morts dans chaque camp ! Mendes s’était porté volontaire pour aller localiser d’éventuels survivants parmi des centaines de corps de soldats britanniques éparpillés dans un no man’s land après une attaque allemande. Sam Mendes, s’en est inspiré pour décrire, sur un rythme haletant, la mission opérationnelle quasi impossible de deux jeunes soldats anglais chargés d’aller transmettre à pied, de l’autre côté des lignes ennemies, un message de l’état-major britannique annulant une offensive vouée à l’échec, sauvant ainsi potentiellement 1600 frères d’armes d’une mort certaine.

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Déterminé à donner au spectateur la sensation inoubliable d’une immersion totale au cœur-même de l’action, le réalisateur virtuose des deux derniers James Bond, Skyfall (2012) et Spectre (2015), parvient grâce au tournage avec de longs plans-séquences et à l’utilisation de techniques particulières utilisées par Hitchcock, à donner, pendant près de deux heures, l’illusion d’une action continue.

Une ode au Brexit?

En tant que Britannique, il s’interroge peut-être inconsciemment sur la relation entre son île et le continent européen et sur le sens de l’engagement de son peuple en faveur de la défense des autres Européens, tout comme l’ont fait récemment ses compatriotes, les réalisateurs Christopher Nolan (Dunkerque) en 2017 et Joe Wright (Les Heures sombres) en 2018.

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Avec la disparition des derniers vétérans de la Grande guerre (dont celle du Français Lazare Ponticelli en 2008 et celle du marin de la Royal Navy Claude Choules en 2010, tous deux âgés de 110 ans), le devoir de mémoire ne repose plus que sur le fil ténu de la bonne volonté des générations présentes, notamment par le biais du cinéma et de la littérature, car ces anciens combattants ne peuvent plus apporter leur témoignage vivant. Avec 1917, Sam Mendes contribue à graver efficacement, dans le marbre de notre mémoire collective, le souvenir glorieux du sacrifice des morts. Ce faisant il accomplit une démarche essentielle, que d’autres seront enclins à reproduire, afin de commémorer les tragédies qui ponctuent l’histoire de l’humanité.

1917, de Sam Mendes, en salles le 15 janvier 2020

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