Si vous voulez interdire la projection du film de Polanski comme la maire de Bondy, interdisez aussi la lecture de Hugo – qui n’était « pas du tout #MeToo » – et de quelques autres!


Donc, Polanski, pas question, c’est un violeur en série — même si la dernière preuve que l’on en a remonte à cinquante ans, qu’il a été jugé en Californie pour cela, et que sa victime a depuis longtemps tiré un trait sur les faits.

Gauguin, pas question non plus — c’est un infâme Blanc colonisateur qui a abusé de très jeunes Polynésiennes à la fin du XIXe siècle.

On sait depuis lurette que Céline est infréquentable, et qu’il faut jeter le Voyage au bout de la nuit avec l’eau du bain des pamphlets.

Quant à Heidegger, à en croire ce Vincent Cespedes, philosophe expert en narcissologie, il est hors de question de continuer à l’enseigner, il doit rejoindre Horst Tappert au musée des horreurs nazies. Quoi qu’ait pu en penser Hannah Arendt, qui ne cachait pas son admiration pour son maître, et qui vaut bien Cespedes, rayon philo. Mais une Juive qui couche avec un nazi et l’adule, c’est suspect, dirait l’immortel auteur du Concours de professeur des écoles (Vuibert, 1999 — grande année dans l’histoire du pédagogisme), elle doit être victime d’un syndrome de Galatée…

Ajoutons, pour faire bon poids, qu’il faut aussi se débarrasser de Voltaire, qui dans le Dictionnaire philosophique attaque les Juifs de la Bible afin de faire un croc-en-jambe au christianisme, et qui dit aussi du mal de Mahomet dans la pièce éponyme, ce qui doit déplaire à Jean-Luc Mélenchon, ces jours-ci…

Qu’il vaut mieux ne plus enseigner Montesquieu, qui certes plaide contre l’esclavage, mais en utilisant le mot « nègre », un mot qui met le lecteur de couleur hors de sa zone de confort — mais voilà, il n’y pas de « safe space » sur Bonnet d’âne… Pour ne rien dire de Racine, qui a peut-être empoisonné à l’arsenic Marquise qui fut sa maîtresse… Ou Hugo qui a bien fait souffrir Adèle, son épouse, et Adèle, sa fille — sans parler de Juliette Drouet, l’une de ses 3000 maîtresses (hé oui…), qu’il traitait fort mal… Pas du tout #MeToo, le père Hugo…

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Sans oublier Camus, qui lorsqu’il roulait (pour la dernière fois de sa vie) vers Paris, ce 4 janvier 1960, avait rendez-vous dans l’après-midi avec trois femmes différentes, de deux heures en deux heures — et l’une d’entre elles avait largement l’âge d’être sa fille, quelle horreur… Ou Sartre et Beauvoir, qui abusèrent de la pauvre Bianca Bienenfeld, en se la passant et repassant —et surtout, en se moquant d’elle dans leur correspondance, quels mufles…

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De surcroît, ils soutenaient l’un et l’autre la révolution russe — tout comme Aragon. Au goulag de la bien-pensance moderne !

Et je ne dirai rien du Caravage ou de Benvenuto Cellini, d’abominables assassins. Ni de Picasso, qui aimait tant faire pleurer Dora Maar — et dont les diverses femmes et maîtresses, dont l’écart d’âge avec le Maître laisse augurer de sombres choses, ont eu des fortunes diverses, rarement heureuses. Un monstre.

Or donc, J’accuse — inspiré d’un texte de Zola qui est quand même un monument fondateur de notre République — est interdit en Seine-Saint-Denis, un département pas du tout islamisé dont les élus s’achètent à bon compte une vertu nouvelle. Comme dit très bien Céline Pina : « Un film qui parle d’antisémitisme en Seine-Saint-Denis, c’est du nanan à quelques mois des municipales. Thomassin [mairesse de Bondy] et Cosme [le président PS de la collectivité Est Ensemble] réussissent la convergence des clientélismes : en censurant « J’accuse » ils servent l’antisémitisme des banlieues, empêchent la connaissance d’un évènement historique fondateur et de questions politiques passionnantes et servent la soupe aux féministes intersectionnelles qui se taisent sur Cologne, se font très discrètes sur Ramadan, mais renchérissent dès que c’est un mâle blanc qui est mis en cause. Si en plus il est juif, alors là, c’est la fête. » Polanski ou Woody Allen, même causes, mêmes effets — même si le FBI, malgré deux enquêtes scrupuleuses, n’a jamais rien prouvé sur l’auteur d’Annie Hall, et que toutes les accusations reposent sur la parole d’un fils de Mia Farrow quelque peu manipulé par sa mère — j’en connais d’autres.

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Et Pina de parler de « racolage électoral » — quelle vilaine pensée…

L’Obsen rapportant cette censure de J’accuse, a cru bon de titrer « Les élus crient à la « censure » » — en mettant le mot entre guillemets, comme s’il était inapproprié. Mais quel autre terme employer ?

Tant qu’à faire, je suggère à la municipalité de Bondy — et à toutes les autres — de veiller à ce que ne subsistent plus dans leurs bibliothèques municipales d’ouvrages des sus-nommés. Ni, dans leurs vidéothèques, de films de D.W. Griffith, qui fait l’apologie du Ku-Klux-Klan dans Naissance d’une nation — un chef d’œuvre, par ailleurs. Ou de Fatty Arbuckle, compromis dans une sale histoire meurtre et que les ligues de vertu condamnèrent bien avant son procès — dont il sortit blanchi, mais brisé: toute ressemblance avec des faits d’actualité…

Et plus de films d’Erroll Flynn, qui a fini ses jours entre les bras (quel joli euphémisme !) d’une nymphette tout droit sortie de Lolita — qu’il faut également brûler, et vite, tout le monde sait que les jeunes filles n’ont aucune sexualité avant l’âge légal…

Nous vivons une époque formidable, disait le…

>>> Lire la fin de cette chronique sur Bonnet d’âne, le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

 

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