Le statut de cheminot est en fin de vie. Ceux qui en bénéficient espèrent se faire entendre le 5 décembre en bloquant le pays. Pas sûr toutefois que les foules d’usagers déjà mécontents du service les soutiennent. Il y a déjà 57% des Français interrogés qui estiment la grève planifiée comme non justifiée.


 

Les personnes travaillant en région parisienne le savent, il existe certaines traditions qui font leur retour chaque année. Décembre rime généralement avec marchés de Noël et illumination des Champs-Elysées. Mais cette année, dans la mesure où elles n’ont pas été suffisamment nombreuses en 2019, la SNCF ne pouvait concevoir de clore l’année sans organiser une nouvelle grève!

Celle-ci sera néanmoins légèrement différente des autres, étant donné que les usagers sont prévenus longtemps à l’avance. Cela signifie que les personnes qui rencontreront des difficultés pour aller travailler l’auront vraiment bien cherché. Elles ont eu plusieurs mois pour s’y préparer et trouver une solution de secours.

La réforme qui a un train de retard

Officiellement, la grève du 5 décembre – soutenue par la CGT, l’UNFA, SUD-Rail et éventuellement la CFDT – est organisée sur fond de réforme des retraites.

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Celle-ci prévoit de mettre fin au statut spécial des cheminots qui, à l’heure où j’écris ces lignes, leur permet de partir en retraite à l’âge de 55-57 ans pour le personnel sédentaire (né après 1967), ainsi qu’à 50-52 ans pour les agents de conduite (nés après 1972), le tout à un taux moyen de 75% du salaire perçu lors des 6 derniers mois en activité.

En comparaison, le régime universel et son système de points fait beaucoup moins rêver. A la SNCF, un peu moins de 150 000 salariés cotisent afin de payer les pensions de plus de 250 000 bénéficiaires, ce qui est loin d’être suffisant.

Ce régime est à l’image de l’entreprise: fortement déficitaire et dépendant de l’Etat, qui verse chaque année l’équivalent de 3,3 milliards d’euros de subventions afin de la maintenir à flot. 

Tous ensemble tous ensemble… ou pas

Si par le passé la SNCF a pu bénéficier du soutien populaire lors de certaines grèves -je pense notamment à celle de 1995 sous Alain Juppé qui reposait sur une question de restructuration- cette fois-ci, les Français ne semblent pas disposés à se ranger du côté des cheminots.

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Selon un récent sondage Odoxa-Dentsu Consulting effectué à la demande du Figaro et de France Info, 57% des Français considèrent la grève du 5 décembre comme non justifiée et 65% souhaitent voir le statut privilégié des cheminots prendre fin. De nos jours, l’argument de la pénibilité n’est plus recevable, étant donné qu’il est souvent davantage applicable aux usagers qu’aux employés du secteur ferroviaire. Les habitués des TER, RER et autres Transilien le savent, prendre le train est devenu une expérience unique, qui se résume à alterner retards et annulations. Le manque d’explications est également souvent décrié ou, pire, quand les agents daignent les communiquer, celles-ci peuvent changer entre le départ et l’arrivée du train, dans lequel s’entassent les voyageurs dans des wagons qui accueillent régulièrement un nombre de passagers bien supérieur à la capacité d’accueil réelle. Vous osez vous plaindre? On vous conseillera d’aller voir la police ferroviaire, si la situation ne vous convient pas.

C’est au point que l’ouverture à la concurrence qui s’effectuera fin 2020 est même attendue par certains mécontents, qui rêvent de pouvoir vérifier si cela pourrait être mieux ailleurs.

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