La Malmaison est une bataille oubliée et pourtant importante dans l’histoire de la Première Guerre mondiale. Ce cas est symptomatique de la mémoire française qui insiste toujours sur les défaites et très peu sur les victoires, oubliant ainsi le génie militaire français.


Des événements glorieux disparaissent parfois, et peut-être même trop souvent en France, de la mémoire des Hommes. Ainsi en est-il de la bataille de la Malmaison remportée par les Français dans l’Aisne le 25 octobre 1917 et dont l’anniversaire vient juste d’être célébré. Si le centenaire de la Première Guerre mondiale a donné l’occasion aux Français de redécouvrir ces quatre années de lutte acharnée, c’est pourtant bien l’échec de l’offensive menée par Nivelle au Printemps qui a été mis en avant lors du « cycle remémoratif de 2017 » (sic), braquant une fois de plus les projecteurs sur cette hécatombe, les révoltes qui ont suivi, leur répression et la question de la réhabilitation des mutins, des sujets habituels d’intérêt pour la sphère médiatique.

Une victoire nette pour l’armée française

Ce choix et cette focalisation compulsive ont une fois de plus repoussé un peu dans l’ombre le véritable épilogue des combats menés sur le Chemin des Dames en 1917 : l’offensive réussie en octobre dans le secteur clef du fort de la Malmaison. Des objectifs certes plus limités qu’en avril, et c’était justement à dessein, les chefs militaires français ayant tiré toutes les leçons du revers précédent. Une victoire nette et incontestable cependant (atteinte de tous les objectifs, reprise de la totalité de la crête du Chemin des Dames, 200 canons pris à l’ennemi, 50 000 pertes du côté allemand contre 14 000 du côté français) et qui surtout, après une année très éprouvante, redonna à l’époque confiance et moral aux Poilus. Mais une victoire presque complètement oubliée ou ignorée 100 ans après. Il est vrai que le commandant-en-chef des armées françaises n’était autre que le général Pétain… Frappé d’indignité nationale 30 ans plus tard, le généralissime a emporté dans sa déchéance une partie de ses poilus et leurs faits d’armes. Nous connaissions l’antique « vae victis » ! L’époque contemporaine a engendré le « vae victoribus ». Malheur aux vainqueurs …

D’une façon générale, les Français se souviennent facilement de leurs défaites. Il est permis d’espérer qu’ils retrouvent un jour le goût et le souvenir de leurs victoires.

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La guerre de Cent Ans, période structurante de notre histoire au cours de laquelle seraient nées, en réaction à l’occupation anglaise, les prémices d’un sentiment national français, n’évoque souvent dans la mémoire de nos compatriotes que des noms de défaites : L’Écluse, Crécy, Azincourt, Poitiers … Une succession de revers incontestables, mais qui ne restent au fond que des batailles dans la guerre. Étrangement, les batailles de Formigny et de Castillon, victoires françaises définitives de la guerre de Cent Ans, qui par la reconquête successive de la Normandie en 1450 puis de l’Aquitaine en 1453, marquent la fin de ce conflit séculaire, ne bénéficient absolument pas aujourd’hui de la même notoriété. De la même façon, ils étaient peu nombreux les Français qui se rassemblèrent place Vendôme autour de la colonne éponyme en ce soir du 2 décembre 2005 pour célébrer le bicentenaire de la grande victoire d’Austerlitz, alors que le gouvernement britannique avait fêté en grande pompe six mois plus tôt la bataille de Trafalgar en présence du porte-avions Charles de Gaulle et d’un sous-marin nucléaire d’attaque français. Étrange paradoxe.

Les victoires oubliées

Il reste vrai cependant que les Français sont traditionnellement sensibles au courage dans la défaite, au panache dans l’épreuve, quand tout semble perdu, et parfois l’est déjà, à l’exemple du sacrifice des légionnaires de Camerone ou des parachutistes de Diên Biên Phu. L’esprit français, c’est aussi le beau geste et la belle parole, qui s’incarnent dans la sentence célèbre de François Ier, adressée à sa mère Louise de Savoie, au soir de la défaite de Pavie ou dans les mots de Cyrano au moment de passer à trépas :

« (La mort) vient. Je me sens déjà botté de marbre, Ganté de plomb ! Oh ! mais !… Puisqu’elle est en chemin, Je l’attendrai debout, et l’épée à la main ! […] Que dites-vous ?… C’est inutile ?… Je le sais ! Mais on ne se bat pas dans l’espoir du succès ! Non ! non, c’est bien plus beau lorsque c’est inutile ! »

Mais il ne s’agit plus désormais tout à fait de cela. Si notre attention se porte plus à nos défaites qu’à nos victoires, c’est certainement parce que…

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