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L’âge d’or de la peinture danoise 1801-1864

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Christen Købke, Vue depuis la citadelle, côté nord, 1834 Huile sur toile, 79 x 93 cm, Ny Carlsberg Glyptotek. (Détail)

Le Petit Palais abrite une exposition consacrée à la peinture danoise de la première moitié du XIXe siècle. Cette exposition n’est malheureusement plus visible à cause de la Covid. Mais ceux qui ne l’ont pas vue peuvent s’en faire une idée sur le site du Petit Palais ou grâce au magnifique catalogue de l’exposition… Loin des pompes du néoclassicisme français, cette peinture danoise, produite pour un public d’amateurs privés, s’avère souvent pleine de verve et de délicatesse.


On croit parfois un peu vite qu’une période de puissance ou de prospérité est le terreau indispensable d’une floraison artistique. Par exemple, on a en tête la Florence des Médicis ou encore le siècle de Louis XIV. Durant la première moitié du XIXe, le Danemark enchaîne les désastres : guerres napoléoniennes, bombardements anglais, perte de la Norvège. Quelques décennies plus tard, c’est un conflit avec la Prusse qui le prive de ses territoires du Sud. Ces malheurs se prolongent de difficultés économiques et sociales et nourrissent des vagues d’antisémitisme. C’est pourtant dans ce contexte que se produit l’étonnant envol de la peinture danoise.

Le charme discret de la peinture bourgeoise

Avant d’aborder la brochette d’artistes présentés au Petit Palais, il faut dire un mot de celui qui donne, en quelque sorte, le coup d’envoi : Nicolai Abildgaard (1743-1809). Cet artiste a ceci de particulier qu’il est à cheval sur deux genres : d’une part, la grande peinture d’histoire qui répond à des commandes institutionnelles, d’autre part, des œuvres d’imagination de petite taille, à tendance fantastique et apparentées à celles de son ami Johann-Heinrich Füssli, Britannique d’adoption. Ce second genre, plus original, correspond davantage à la personnalité d’Abildgaard et s’adresse à une clientèle d’amateurs privés. En France, c’est le premier genre qui domine de façon écrasante à ce moment-là, avec de grandes compositions à visées édifiantes ou civiques dans lesquelles s’étale un néoclassicisme sentencieux. Au Danemark, au contraire, les amateurs privés font prospérer le second genre à une échelle, certes plus modeste, mais avec un ton plus véridique. Il en résulte une peinture bourgeoise qui, comme l’art hollandais des siècles précédents, privilégie les petits formats, les portraits, les paysages et les scènes de genre ou d’imagination. Un certain nombre des artistes concernés pratiquent également ces genres privés, voire intimes, que sont le dessin et la gravure. En outre, ils participent, surtout en fin de période, à l’essor de l’illustration.

11. Peter Christian Skovgaard, Champ d’avoine à Vejby, 1843 Huile sur toile, 25,5 x 28,5 cm, Copenhague, Statens Museum for Kunst © SMK Photo/Jakob Skou-Hansen
Peter Christian Skovgaard, Champ d’avoine à Vejby, 1843 Huile sur toile, 25,5 x 28,5 cm, Copenhague, Statens Museum for Kunst © SMK Photo/Jakob Skou-Hansen
Christen Købke, Vue depuis la citadelle, côté nord, 1834 Huile sur toile, 79 x 93 cm, Ny Carlsberg Glyptotek.
Christen Købke, Vue depuis la citadelle, côté nord, 1834 Huile sur toile, 79 x 93 cm, Ny Carlsberg Glyptotek.

Une impressionnante brochette d’artistes

Cette séquence est émaillée d’artistes peu connus en France, mais souvent de grand talent. C’est le cas en premier lieu d’un élève d’Abildgaard, Christoffer Wilhelm Eckersberg (1783-1853), avec qui s’ouvre l’exposition. Après avoir été tenté, comme son maître, par la peinture d’histoire, il devient un pionnier de la peinture de plein air. C’est lui qui forme la plupart des artistes de la génération suivante. Parmi eux se distingue Christen Købke (1810-1848) qui excelle aussi bien dans de petits paysages poétiques que dans des scènes de genre piquantes ou des portraits à la touche nerveuse. Rappelons qu’en France, à la même époque il n’y a guère que Corot à produire des paysages de grande qualité. Cependant, originaire d’une famille bourgeoise, Corot peint en amateur, pour lui-même, et ses œuvres ne sont largement diffusées et commercialisées que dans la seconde partie du xixe. La génération suivante de peintres danois atteint une éblouissante maturité dans la compréhension et le traitement du paysage. C’est le cas de l’excellent Peter-Christian Skovgaard (1817-1875), de Vilhelm Kyhn (1819-1903) et de Lorenz Frølich (1820-1908). Ce dernier est notamment représenté dans l’exposition du Petit Palais par son Fossé inondé. La modestie du sujet – un simple trou rempli d’eau et bordé d’herbes – contraste avec le monde de détails et de nuances auquel il nous fait accéder. Cette petite peinture (27 × 34 cm), datée de 1850, résume à elle seule la finesse et la poésie du premier art danois du paysage. C’est dire que l’exposition du Petit Palais offre un parcours particulièrement plaisant et intéressant.

Christoffer Wilhelm Eckersberg, Vue à travers trois arches du troisième étage du Colisée, 1815. Huile sur toile, 32 x 49,5 cm, Copenhague, Statens Museum for Kunst © SMK Photo/Jakob Skou-Hansen
Christoffer Wilhelm Eckersberg, Vue à travers trois arches du troisième étage du Colisée, 1815. Huile sur toile, 32 x 49,5 cm, Copenhague, Statens Museum for Kunst © SMK Photo/Jakob Skou-Hansen

À quand une exposition sur l’école de Skagen ?

Faut-il pour autant désigner, comme c’est l’usage et comme le titre le Petit Palais, ce mouvement comme l’« âge d’or de la peinture danoise » ? En réalité, sans doute pas. En effet, la période suivante, illustrée notamment par l’école de Skagen, est marquée par des artistes encore plus doués et variés. Formons donc le vœu que le Petit Palais qui sait si bien nous concocter de belles et originales expositions, nous offre dans les prochaines années une rétrospective de l’école de Skagen[tooltips content=”Bientôt au musée Marmottan : rétrospective Peder Severin Krøyer, l’un des principaux artistes de l’école de Skagen, en principe ouverture le 28 janvier sous réserve des conditions sanitaires“](1)[/tooltips] !

À feuilleter ou à consulter: L’âge d’or de la peinture danoise sur le site du Petit Palais ou grâce au catalogue de l’exposition.

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est écrivain. Dernier ouvrage paru : Précipitation en milieu acide (L'éditeur, 2013).

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