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«Parsifal» à l’Opéra de Paris

"Parsifal" de Richard Wagner à l'Opéra-Bastille, les 28, 31 mai, 3, 6, 9 et 12 juin

«Parsifal» à l’Opéra de Paris
© Vincent Pontet Opéra national de Paris

Le dernier opéra de Wagner est transposé aujourd’hui, malgré quelques partis-pris de mise en scène, avec toute son exceptionnelle puissance musicale.


L’opéra testamentaire de Richard Wagner s’offre aujourd’hui aux relectures les plus variées. « Festival scénique sacré » (sic) – Bühnenweihfestspiel, en allemand –  créé par le Maître en 1882, soit moins d’un an avant sa mort pour la seule salle de Bayreuth par une clause d’exclusivité, ce cérémonial mystique transpose, comme l’on sait, une légende celtique et païenne dans l’univers de la chrétienté…

À chacun son Graal

Autant dire qu’aucune mise en scène contemporaine ne sacrifie à la « copie conforme » par rapport au livret wagnérien, pour cette liturgie du Vendredi saint foncièrement ambigüe : à chacun son Graal ! Chez l’iconoclaste transfuge russe Kirill Serebrennikov (dont les festivaliers cannois viennent de découvrir son dernier film, « La femme de Tchaïkovski »), les chevaliers étaient des taulards couverts de tatouages, purgeant leur peine dans une centrale pénitentiaire high tech un Parsifal d’âge mûr se dédoublait sous les traits avenants d’une venimeuse petite frappe, une journaliste-photographe campait Kundry en séductrice diabolique et érotomane, le château du luxurieux Kingsor s’ancrait dans un open space abritant la rédaction de « Schloss », un magazine de mode dont le personnel féminin figurait le chœur des « filles-fleurs »…

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En 2017, la mise en scène du Letton Alvis Hermanis, toujours au Staatoper de Vienne, nous transportait… dans un hôpital psychiatrique ! Il y a deux ans, dans une mémorable production toulousaine au Théâtre du Capitole, le chorégraphe et plasticien Aurélien Bory optait quant à lui pour un symbolisme mâtiné d’abstraction.  

PARSIFAL – Musique et livret : Richard WAGNER – Direction musicale : Simone YOUNG – Mise en scene : Richard JONES – Scenographie et costumes : Ultz – Lumieres : Mimi Jordan SHERIN – Choregraphie : Lucy BURGE – Chef de choeurs : Ching Lien WU – Avec : Kwangchul YOUN (Gurnemanz) – Marina PRUDENSKAYA (Kundry) – Simon O NEIL (Parsifal) – A l Opera Bastille – Le 21 05 2022 – Photo : Vincent PONTET

Parsifal en jogging

Cette fois, pour cette première reprise d’une production montée à l’Opéra-Bastille en 2018 (avec Philippe Jordan à la baguette alors), le metteur en scène britannique Richard Jones transforme les chevaliers du Graal en une équipe de garçons en « sport – études » nippés de tenues de jogging. Le machiavélique Klingsor a des airs de moderne gourou « houellebecquien », grand-prêtre en chasuble mordorée d’une secte dont les jeunes adeptes tiennent chacun dans leurs mains sa bible, un gros volume estampillé WORT (« mot »). Le décor du premier acte fait coulisser latéralement sur le plateau le triple espace architectural où se tient cette confrérie masculine, du monument votif à la salle d’études. Au deuxième acte Klingsor embrasse l’emploi d’un généticien hypnotiseur travaillant sur ses plantations transgéniques. Une muraille de frétillantes académies surgies de pétales de maïs géants figure la communauté des jouisseuses filles – fleurs, encloses dans les gradins de leur jardin enchanté– tableau plastiquement magnifique, et vocalement à ravir…

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Et pourtant, une puissance exceptionnelle

À présent dirigé par la cheffe australienne Simone Young, l’orchestre de l’Opéra de Paris est ici à son meilleur – les chœurs également. Le ténor néo-zélandais Simon O’Neill, exagérément mature et adipeux pour un Parsifal sensément juvénile, rayonne pourtant dans ce rôle dont il n’a nullement le physique. C’est surtout la mezza-soprano russe Marina Prudenskaya qui, toute frêle et chétive qu’elle soit, incarne Kundry – servante paysanne mal fagotée, qui mutera ici en pécheresse lubrique – avec une richesse de timbre, une musicalité et une puissance exceptionnelles. Pour une quête du Graal hiératique et sépulcrale à souhait.

Parsifal. Opéra en 3 actes de Richard Wagner. Avec Simon O’Neill, Brian Mulligan, Reinhard Hagen, Kwangchul Youn, Falk Struckmann, Marina Prudenskaya…  Direction musicale : Simone Young. Mise en scène : Richard Jones. Durée : 5h10.  Opéra-Bastille, les 28, 31 mai, 3, 6, 9 juin 18h ; 12 juin 14h. 


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