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Depardieu, sous le signe de la «maudissure»

Pascal Louvrier publie "Depardieu mis à nu" (L'Archipel, 2022)

Depardieu, sous le signe de la «maudissure»
Gérard Depardieu en 1970 © Daniel Lefevre / Ina / Ina via AFP

En mai de l’année dernière, notre ami Pascal Louvrier, sortait sa biographie de Bardot, Vérité BB. Un an après, il nous livre sa lecture du destin extraordinaire de notre Gégé national, dans Depardieu mis à nu.


Je ne suis pas habituellement cliente des biographies, souvent racoleuses, parfois insipides. Cependant, Pascal Louvrier est un biographe remarquable, qui m’a confié se servir de ses sujets pour, avant tout, parler de lui-même. À travers la fêlure béante d’Amy Winehouse, la quête effrénée d’amour de Bardot ou la force vitale surnaturelle et tragique de Depardieu, il met son coeur à nu. Et traque la blessure originelle, celle de l’enfance. Mais Louvrier est aussi un écrivain, au style captivant, à la fois sec et lyrique, qui a su synthétiser en un formidable néologisme, « la maudissure », ce que fut la naissance, et aurait pu être la vie de Gérard Depardieu.

Châteauroux district

Nous connaissons la légende Depardieu : Châteauroux, la pauvreté, l’alcoolisme, le manque d’amour. Véritable recette pour le désastre. Une implacable deus ex machina, que le colosse dionysiaque a réussi à enrayer. Gérard, troisième des sept enfants de Dédé et Lilette est un rescapé. En effet, sa mère a essayé par tous les moyens de le « faire passer », comme on disait à l’époque. Mais ni les aiguilles à tricoter, ni les décoctions de queues de cerises n’eurent raison de lui. Et, de ce fait, « on peut le considérer comme l’élu, celui qui devait naître et accomplir son destin », écrit Louvrier.

Il va donc s’appliquer toute sa vie à renaître, pied de nez perpétuel au fatum. Et l’auteur nous fait assister à cette renaissance (ou résurrection?), qui faillit ne pas advenir. Longtemps, la pulsion de mort fut la plus forte : voyou, vaguement proxénète, et même détrousseur de cadavres. Aux obsèques de son fils Guillaume, il ne parviendra même pas à fixer le cercueil du regard…

Rencontres déterminantes

Mais au commencement était le verbe, et le verbe, c’est la Vie. C’est le professeur d’art dramatique Jean-Laurent Cochet qui donna une deuxième fois naissance au fils de Lilette et Dédé. Cela fait aussi partie de la légende.

A lire aussi: Depardieu encore — et la revue «Éléments»

Mais peut-être la clé est-elle ailleurs. En effet, un spécialiste du langage lui découvre une hyper audition. Gérard Depardieu perçoit trop de sons, qui provoquent en lui un chaos intérieur et l’empêchent de s’exprimer correctement. C’est donc cela : toute sa vie Depardieu a tenté de dompter son chaos, ou plutôt de le transformer en Art. Fabriquer de la beauté avec du malheur, tel est, à mon sens, son plus grand talent. Pour cela, il fit deux rencontres déterminantes avec deux autres génies fracassés : Pialat et Barbara.

La tristesse durera toujours

Pialat est son véritable « père » de cinéma. Avec lui, Depardieu se rassemble, reconstitue son moi éparpillé, il est le double de Maurice, comme Jean-Pierre Léaud fut celui de François Truffaut.

Guillaume a écrit une chanson déchirante pour le dernier album de Barbara, « À force de m’être cherché, c’est toi que j’ai perdu ». En effet, le père et le fils ne se sont jamais trouvés, et l’un en est mort. Pas de place pour deux Depardieu ? En 2017, Gérard a interprété sur scène les chansons de Barbara. Ce fut surnaturel, les Dieux étaient présents, et Guillaume était là. La grande dame brune fut la bonne fée des Depardieu père et fils, et tenta de les réunir. En vain.

« La tristesse durera toujours »: Pialat fit sienne cette citation, prêtée à Van Gogh sur son lit de mort. Depardieu, qui a vaincu la tragédie, le sait mieux que personne…

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est enseignante.

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