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Les Français n’ont pas voté pour Brigitte Macron!

Épouse oui, conseillère non

Les Français n’ont pas voté pour Brigitte Macron!
Emmanuel Macron et son épouse Brigitte accueillent le Premier ministre Indien Narendra Modī à l'Elysée, le 4 mai 2022 © WITT/SIPA

Après notre chroniqueur Philippe Bilger mercredi, le Canard Enchaîné et d’autres titres de presse soutiennent que Brigitte Macron aurait intercédé auprès du président Macron en faveur d’Eric Dupond-Moretti…


Ce n’est pas notre faute si le pouvoir a des coulisses dans lesquelles, avec la levée de certains secrets, on nous fait parfois entrer. Ce n’est pas notre faute si, sur les plans politique et médiatique, on nous signifie que nous avons à faire à un “couple” présidentiel et qu’il y a des choix, des promotions, des sauvegardes et des exclusions qui relèvent d’une entente, d’une complicité inévitables entre époux. Inévitables, vraiment ?

Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup

Pour ma part je distinguerais tout ce qu’une vie amoureuse induit naturellement de proximité et d’influence et il n’y a rien à redire à ce dialogue évident, quotidien et normal qu’une communauté d’existence réussie sécrète. D’autant plus qu’Emmanuel et Brigitte Macron, à mon sens de manière un peu ostentatoire, cherchent à montrer comme leur fusion est exemplaire, au point que le partage entre la sphère privée et l’espace public devient flou.

Dans ce que je décris là, il n’y a rien, au-delà du caractère plus ou moins pudique des attitudes amoureuses, qui puisse battre en brèche l’enseignement de la démocratie : on élit un président et non pas un couple. Parmi ses prédécesseurs, y compris Nicolas Sarkozy, je ne crois pas que ce principe fondamental ait été violé, en tout cas dans tout ce qui est venu à la connaissance de ceux qui étaient intéressés par cette sphère de la France du haut. À l’évidence Emmanuel Macron a décidé de rompre avec cette pratique – et ce n’est pas sa première rupture. D’une certaine manière il a l’amour envahissant et il hait les frontières que la République a dressées entre l’intime qui ne regarde pas le citoyen et le public qui ne devrait concerner que le président.

Le statut de la Première dame éternellement questionné

Quand il était ministre à Bercy, Brigitte Macron assistait aux réunions de cabinet, ce qui était contraire à tous les usages. Parce qu’elle a eu une influence décisive de soutien, de conseil et de tactique pour permettre son élection de 2017, elle a bénéficié à l’Elysée d’un statut particulier qui semble encore s’être développé depuis la réélection de son époux et la composition du nouveau gouvernement.

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C’est là où le bât blesse sans que je veuille être discourtois envers cette personnalité appréciée des Français dans la mesure où précisément elle semblait savoir rester à une place qui n’était en aucun cas politique. Je ne sous-estime nullement le rôle traditionnel des épouses de président, ancré dans le caritatif et les générosités non partisanes. Il me semble au contraire favoriser le respect républicain, pour le président en charge des affaires publiques et des choix fondamentaux, récusant les influences qui n’ont pas lieu d’être – parce qu’elles sont sans légitimité et qu’elles risquent de l’instrumentaliser – et pour son épouse suscitant une adhésion d’autant plus forte que son comportement ne suscite pas la moindre controverse.

Le président dépossédé de son intuition première…

Mais il suffit de se pencher sur les événements de ces dernières semaines pour constater et déplorer le rôle directement politique que Brigitte Macron, avec l’aval de son époux, a cru pouvoir adopter et qui se rapporte par exemple au sauvetage in extremis d’un Eric Dupond-Moretti. À quel titre s’est-elle mêlée de cela ? Quelle est sa légitimité sinon celle purement amoureuse dont elle bénéficie avec l’aval complaisant de son époux qui lui autorise des démarches sans rapport avec ses obligations de réserve et ses devoirs ? Ou faut-il considérer que, comme elle a été partie prenante avec d’autres au choix calamiteux de ce ministre de la Justice, elle s’estime qualifiée pour imposer son maintien ?

Il y a d’autres exemples qui nous éclairent sur une configuration exceptionnelle sous la Ve République : une femme qui n’est plus seulement l’épouse du président mais l’un de ses conseillers. On est entré dans une nouvelle manière de présider qui conduit un président, sous des influences diverses et contradictoires, à se laisser déposséder de ce que ses intuitions immédiates ont eu souvent de pertinent et de lucide. La rançon de ces implications ne se cachant pas d’être politiques, voire clientélistes est qu’elles justifient de la part des opposants une mise en cause qu’une stricte réserve aurait interdite. Faisant de la politique, l’épouse du président ne peut se plaindre de recevoir de plein fouet des retombées politiques.

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Il est dommage, pour la qualité démocratique, de prendre acte du fait qu’il y a deux mondes, celui de l’officieux, des manœuvres et des connivences de toutes sortes, amicales ou autres, qui impose en profondeur sa loi et celui des citoyens, de la France ouverte, transparente, affichée, persuadé qu’il est tout, qu’il devrait être tout alors qu’il est gouverné par l’autre. C’est cela qui me navre d’abord dans cette confiscation opérée par le pouvoir occulte au détriment du seul qui vaille.

J’ai bien conscience qu’en soulignant que pour Brigitte Macron, il faut dire oui à l’épouse mais non à la conseillère, je m’engage sur un terrain délicat mais je n’ai pas peur de consacrer ce billet à cette problématique qui est tout sauf dérisoire.

Quand le couple présidentiel, et Brigitte Macron elle-même, ont été insultés, vilipendés honteusement, grossièrement, traités sans le moindre égard, quand elle a été moquée avec indignité sur son apparence et son âge, je me suis évidemment tenu à l’écart de ces ignominies et je les ai condamnées. Je n’en suis que plus à l’aise pour dénoncer une épouse de président qui s’immisce dans ce qui ne la regarde pas et accessoirement ainsi fait mal au peuple français. Si le couple présidentiel souhaite la déférence que la politesse devrait imposer et la fonction prescrire, qu’il ne nous rende pas, pour l’un et pour l’autre, le respect trop méritoire ! Qu’en particulier Brigitte Macron se satisfasse d’être la femme très aimée du président, rien de plus, rien de moins !

À ma connaissance on n’a pas voté pour elle.

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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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