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Voilée et féministe, bah voyons…

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En déplacement à Strasbourg, Macron a soutenu l’idée qu’on pouvait tout à fait défendre l’égalité « femmes-hommes » et porter le voile islamique. Et après, le même nous dira sans doute que c’est son adversaire qui défend des « vérités alternatives »…


De toute évidence, Emmanuel Macron ne comprend rien au voile, ni au féminisme. A moins, bien sûr, qu’il ne les comprenne parfaitement, et choisisse la compromission avec l’absurde par pur électoralisme. En déplacement hier à Strasbourg, il a été interpellé par une femme voilée lui demandant s’il était féministe, et s’affirmant elle-même féministe et favorable à l’égalité femmes-hommes. Et le candidat de s’en réjouir, et de prétendre y voir « la meilleure des réponses à toutes les bêtises que j’entends », évoquant la volonté de Marine Le Pen d’interdire le port du voile islamique dans l’espace public.

Macron, le candidat qui refuse l’assimilation

Rien d’étonnant, au fond, de la part de quelqu’un qui s’est dit favorable à l’intégration mais contre l’assimilation, et donc profondément multiculturaliste. On se souviendra que sa majorité a déjà refusé l’interdiction du hijab dans les compétitions sportives, refusé son interdiction pour les accompagnatrices dans le temps scolaire, et même refusé son interdiction pour les fillettes !

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Pendant ce temps, un peu partout dans le monde, des femmes se battent pour le droit d’enlever le voile, de l’Iran aux quartiers islamisés de France. Pensons à celle qui avait ôté le sien devant Éric Zemmour pour lui prouver qu’elle était libre : elle fut placée sous protection en raison des menaces qu’elle reçut aussitôt au nom de la « religion de paix et de tolérance », démontrant ainsi involontairement que c’était bien le candidat de « Reconquête ! » qui avait raison.

Le néoféminisme et l’islamisme victimaires font bon ménage

Qu’en est-il de celle avec qui Emmanuel Macron a eu ce bref mais révélateur échange ? Elle se dit féministe, mais on sait depuis l’intersectionnalité et Lallab que ce mot ne veut, hélas, plus rien dire. Peut-on être féministe, quand on exhibe ainsi fièrement le symbole ostentatoire de l’assignation des femmes à une minorité perpétuelle dans tant de pays ? 

Un étendard idéologique arboré dans l’espace public ne change pas de signification selon les intentions intimes de la personne qui le porte, et l’attitude de l’islam envers les femmes (mais aussi, de facto, envers les hommes et au sujet des relations entre les sexes) est profondément viciée.

A lire aussi, Lydia Guirous: “Quand on est française, on ne porte pas un hijab”

Le candidat de LREM gagnerait à lire de toute urgence Lydia Guirous, Fatiha Boudjahlat, ou cette remarquable tribune publiée il y a quelques jours par Razika Adnani : « Les musulmans se sentent offusqués par un dessin qui n’a aucune incidence sur leur réalité ni leur vie, mais pas pour des milliers de filles injustement privées de leur droit d’aller à l’école. » Elle y écrit aussi, et c’est très important : « Les problèmes que pose l’islam ne sont pas uniquement une question d’interprétation, comme le prétendent beaucoup aujourd’hui », et encore : « Quant à ceux qui prétendent que la femme doit avoir un gardien pour voyager afin que les hommes ne s’en prennent pas à elle, ils donnent une image très négative de l’homme, le présentant comme un être incapable d’un comportement social, responsable et digne. »

La poussière sous le tapis de prière

Mais nous ne sondons pas les reins et les coeurs. Peut-être, dans une attitude désespérément égocentrique, la femme qu’a rencontrée Emmanuel Macron est-elle sincèrement favorable à l’égalité femmes-hommes, interpelle-t-elle le président et porte-t-elle le voile pour des raisons qui lui sont propres, sans se soucier de l’oppression qu’il représente pour des millions de personnes dans le monde, et un nombre conséquent en France même. C’est peu probable, mais admettons.

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Quel dommage, alors, que le candidat n’ait pas pensé à l’interroger sur son rapport à d’autres aspects de l’islam qui pourtant sont en contradiction radicale avec nos principes les plus fondamentaux. Ainsi, par exemple, de la liberté d’expression et de la liberté de conscience. Que pense cette femme du droit au blasphème ? Et du droit à l’apostasie ? Que pense-t-elle d’une mosquée qui organise un concours dans lequel on fait réciter aux enfants qu’il est bon de « combattre les hommes jusqu’à ce qu’ils témoignent qu’il n’est d’autre divinité qu’Allah » (hadith d’An-Nawawi n°8), et « licite » de « faire couler le sang » (n°14) des apostats ?

C’est cette mosquée que l’exécutif sortant avait trouvée de plus présentable, et que le gouvernement avait choisie pour représenter l’islam dans une série de brèves interventions sur la laïcité en décembre… Tout est dit.

Michel Bouquet, 1925-2022, l’homme-théâtre

Michel Bouquet, le plus grand acteur français des soixante dernières années, vient de mourir — et mourir hors de scène, lui qui avait si longuement provoqué la Mort en jouant le Malade imaginaire ou le Roi se meurt. Souvenirs impromptus et mêlés.


Il avait annoncé en 2011 qu’il renonçait à se produire sur scène. Mais il revint sur sa parole, ce qui me donna l’occasion de le revoir encore une fois jouant Ionesco, et le Roi se meurt. Il s’y faisait copieusement enguirlander par son épouse, Juliette Carré, qui jouait le rôle de la reine Marguerite, la « première épouse », et lui reprochait ses chatteries avec sa « seconde épouse », et son refus de mourir, alors qu’il devait mourir, qu’il allait mourir…

C’était un jeu entre époux à la ville comme sur scène — et la voici veuve, inconsolablement veuve, la Mort qui a refusé de venir le cueillir sur scène comme Molière l’a fauché chez lui, à Paris, ce 13 avril 2022.

J’avais vu Bouquet tutoyer la Faucheuse sous l’habit d’Argan, le Malade imaginaire — espérant être interrompu par elle dans le divertissement final, comme le patron qui cracha ses poumons et sa vie durant cette fameuse représentation du 17 février 1673… Fatalitas, il a survécu à tous les rôles, y compris à celui d’Orgon, dans le Tartuffe, il y a à peine cinq ans.

Un grand comédien au service des grands auteurs

C’était cela, Bouquet : se servir de la moindre de ses fibres hors d’âge pour servir les grands textes jusqu’au bout. Je l’ai vu jouer le Malade imaginaire en 1987 au théâtre de l’Atelier — et à nouveau à la Porte Saint-Martin en 2008. En vingt ans, son jeu s’était encore affiné, il était de plus en plus, de mieux en mieux, l’atrabilaire définitif, trônant dans son fauteuil de malade, représentation de tous les monarques vieillissants, qui refusent de mourir et se sentent pourtant infailliblement attirés vers la tombe, et s’accrochent au pouvoir de toutes les fibres de leur méchanceté. Juliette Carré jouait Toinette, la servante qui se déguise en médecin pour tromper et revigorer son maître — toujours plus enjouée, toujours plus impitoyable.

A lire aussi : Michel Fau: “On ne peut pas jouer Molière sans être excessif”

Pauvre Juliette, désormais sans son Roméo…

Bouquet a merveilleusement servi le théâtre — expliquant à qui voulait l’entendre (et j’ai eu la chance de suivre l’une de ses leçons) que le comédien est au service du texte, rien que le texte, que lui-même en soi n’est rien, sinon l’instrument par lequel se joue le texte. Allez expliquer ça aux petits marquis qui caracolent dans les spectacles d’Olivier Py ou de Macha Makeïeff, à poil sur scène avec une plume dans le cul…

Au service des Anciens et des Modernes

Il a servi les plus grands noms du théâtre contemporain, Anouilh, Ionesco, Harold Pinter, Thomas Bernhard ou Samuel Beckett. Souvenir ému du No man’s land, de Pinter, à la Porte Saint-Martin, dans une mise en scène de Roger Planchon. Et les plus grands noms du théâtre des siècles passés, Strindberg et Molière surtout. Molière qu’il racontait encore dans Michel Bouquet raconte Molière, paru en 2017.

A lire aussi : Les 400 ans de Molière, ou comment on devient immortel

Il était comédien (lisez donc la Leçon de comédie, paru en 2010), et il était aussi acteur. Il fut l’un des acteurs-fétiches de Claude Chabrol (la Femme infidèle, la Rupture, Poulet au vinaigre). Il incarna un grand nombre de flics véreux ou impitoyables (dans Un condé, d’Yves Boisset, ou Deux hommes dans la ville, de José Giovanni). Il avait ainsi été un sublime Javert face à Lino Ventura / Jean Valjean dans la mise en scène des Misérables de Robert Hossein.

Mais si je n’en retiens qu’un, ce sera Toto le héros, de Jacob Van Dormael (1990). Offrez-vous ce chef d’œuvre si vous ne le connaissez pas.

Avec ses idoles dans l’autre monde

Rappelez-vous : il avait incarné aussi François Mitterrand, tout en ombres et finesses byzantines et en peur de disparaître, dans le Promeneur du Champ-de-Mars, de Robert Guédiguian. Il jouait encore l’année dernière dans Juste avant la nuit, un documentaire que Jean-Pierre Larcher lui avait consacré — il était temps. « Tous les grands auteurs, y disait-il, ont des conversations insensées, toutes les nuits, à discuter entre eux, à travailler comme des dingues, dans un autre monde. Ils parlent entre eux après une représentation théâtrale où ils ont été présents, c’est la vie de l’esprit qui est en jeu, ça mérite le respect, ça mérite qu’on se sacrifie. »

C’est lui qui à 20 ans, en 1945, tint le rôle du jeune Scipion, face à Caligula-Gérard Philipe dans la pièce homonyme de Camus. Lui qui demandait anxieusement au tyran :

— Tous les hommes ont une douceur dans la vie. Cela les aide à continuer. C’est vers elle qu’ils se retournent quand ils se sentent trop usés. N’y a-t-il donc rien dans la tienne qui soit semblable, l’approche des larmes, un refuge silencieux ? »
— Si, pourtant, répond Caligula.
— Et quoi donc ?  
— Le mépris.

Croyez-moi ou ne me croyez pas, mais cette réplique impitoyable m’aide encore à vivre aujourd’hui — aujourd’hui que Michel Bouquet est mort.

La fabrique du crétin: Vers l'apocalypse scolaire

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La vulve de l’espace

Les apôtres de la diversité et de l’inclusivité voudraient imposer leur programme non seulement sur toute la terre mais, désormais, aussi dans l’espace...


Une coopérative allemande, Wer braucht Feminismus ? (« Qui a besoin du féminisme ? »), vient de lancer une pétition sur la plateforme change.org qui commence par dénoncer la forme phallique des fusées spatiales traditionnelles, comme celles utilisées par des milliardaires Elon Musk, Jeff Bezos et Richard Branson. Comme par hasard, les engins de ces hommes sont à l’image de leur propre organe sexuel.

Afin de « restaurer l’égalité des genres dans le cosmos », les féministes d’outre-Rhin préconisent la construction d’un vaisseau spatial en forme de vulve. Une entité appelée WBF Aeronautics, dirigée par une jeune femme se présentant comme une chercheuse en ingénierie spatiale, Lucia Hartmann, prétend avoir conçu une telle fusée et même avoir testé une maquette dans une soufflerie. La forme féminine s’avérerait plus aérodynamique que sa rivale masculine.

A lire aussi : En finir avec les fruits gâtés du féminisme

La vidéo qui accompagne la pétition montre une simulation impressionnante du vaisseau-vulve qui décolle et traverse les espaces interplanétaires. L’objectif est de récolter 500 000 signatures afin d’appeler l’Agence spatiale européenne à faire de ce fantasme une réalité. Ce sera un nouveau chapitre dans l’autonomisation des femmes.

Sauf que l’avatar britannique du Huffington Post, qui a manifesté un grand enthousiasme pour le projet, avait publié, en juin 2021, les résultats d’une étude révélant que 46 % des femmes entre 16 et 24 ans n’étaient pas certaines de savoir ce qu’était une vulve. L’avantage du phallocentrisme est que l’objet en question crève les yeux.

La culture subventionnée est l’avant-garde du wokisme

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Paris, Lille, Le Havre… Où que le spectateur porte son regard, il ne peut que constater que l’opéra et le théâtre subventionnés sont grignotés par le militantisme le plus insupportable.


Sophie de Menthon disait dernièrement dans ces colonnes son désarroi devant la récente « déconstruction » de Cendrillon, l’œuvre de Jules Massenet, à l’Opéra Bastille. La propagande wokiste campe dans les milieux artistiques, plus particulièrement dans ceux qui dépendent financièrement des deniers publics. Depuis des années, l’opéra et le théâtre subventionnés sont grignotés par le militantisme communautariste, Lgbtiste, néoféministe ou antiraciste, et se font plus ou moins subtilement les porte-voix de ces mouvements en substituant à l’art l’activisme politique. De la justice sociale à la fluidité sexuelle, de la dénonciation de la « suprématie blanche » à celle de l’hégémonie « hétéronormative », tout finit un jour ou l’autre dans le bouillon de la culture officielle. Tour d’horizon non exhaustif.

Jeanne Balibar, Abd al Malik, Ladj Ly…

En 2017, pour la deuxième saison de sa “3e Scène” (numérique), l’Opéra national de Paris proposait un film d’Abd al Malik intitulé… Othello. Dans cet Othello-là, pour éviter le grimage raciste d’un acteur blanc, le rôle principal est tenu par un comédien noir. La pièce de Shakespeare est revue et corrigée : « Après avoir passé un an en prison pour d’obscures raisons », Othello retrouve ses amis de la cité, dont Cassio et Desdémone, « son amoureuse », à laquelle il promet de changer de vie. Pour fêter ça, ses amis lui offrent une place à l’Opéra Garnier où il a toujours rêvé d’aller pour assister à une représentation de l’Otello de Verdi. Mise en abyme, paranoïa, l’Othello des cités étrangle sa Desdémone de bazar. Mais… ce n’était qu’un rêve absurde. Tout est bien qui finit bien. Le film est très mauvais mais ça a beaucoup plu aux administrateurs de l’Opéra de Paris sans doute enthousiasmés par les sous-entendus sociologiques de cet affligeant court-métrage, du genre « les quartiers c’est pas que des voyous qui vous maravent pour vous piquer votre portable, c’est aussi des jeunes issus de la diversité qui demandent qu’à aller à l’opéra pour sortir de la misère culturelle et de la délinquance inhérentes à la misère sociale ». Ça sonne archi-faux, personne n’y croit, mais ça soulage les consciences.

A lire aussi: Wokisme: la belle Marianne se laissera-t-elle complètement pervertir par l’Oncle Sam?

Il y a quelques semaines, le même Opéra national de Paris proposait de visionner sur son site un court-métrage intitulé “Ça passe” et réalisé par l’école de cinéma Kourtrajmé de Ladj Ly, le réalisateur des “Misérables” louangé par toute la bonne presse de gauche. Ce film d’une quinzaine de minutes raconte l’histoire d’un jeune « chouffeur » du 9-3 usant de sa voix magnifique pour prévenir les dealers de la cité de l’arrivée de la police – il ne hurle pas, il chante le fameux cri d’alarme : “Ça passe”.

Il n’y a pas plus conformiste que l’art qui s’auto-proclame subversif. Et il n’y a rien de moins artistique ni de moins subversif que cet art devenu propagande…

L’artiste Isabelle, jouée par l’insupportable Jeanne Balibar, passe comme par hasard par là sur sa trottinette électrique. Non seulement elle ne se fait pas dépouiller par la racaille droguée jusqu’aux oreilles, mais même elle parvient à décider Amin, le guetteur à la voix d’or, de venir pour une audition dans son théâtre car elle voit en lui le futur soliste de l’opéra qu’elle est en train de mettre en scène. Je vous laisse deviner le sort de ce délinquant qui aurait pu devenir chanteur d’opéra mais que la société et la police s’acharneront à maintenir dans la misère.

Béatrice Dalle et Virginie Despentes dépêchées auprès de David Bobée, militant très actif dans le nord

Il n’y a pas de raison que les Lillois soient mieux lotis que les Parisiens. J’ai déjà eu l’occasion de parler du récent directeur du Théâtre du Nord à Lille, David Bobée. Plus militant « déconstructiviste » qu’artiste, ce metteur en scène se distingue surtout par son envie de  « décoloniser les arts ». Pour sa première saison lilloise, il promet de revisibiliser les femmes, de démasculiniser le théâtre, de combattre les stéréotypes de genre, d’ouvrir son théâtre à la diversité, etc. Il a par conséquent invité « trois femmes engagées » à jouer un spectacle supposé battre en brèche « les certitudes d’une société hétéronormée » et intitulé “Viril”. « Au nom d’un féminisme révolutionnaire », la rappeuse Casey, Béatrice Dalle et Virginie Despentes, plus vulgaires que jamais, régurgitent sur scène des textes stupides, orduriers, faussement rebelles, réellement obscènes. Béatrice Dalle bafouille les textes d’une Virginie Despentes qui, à son tour, inonde les spectateurs d’une matière bileuse. De son côté, Casey « dézingue le colonialisme et le racisme mal digérés des institutions françaises », précise le site du Théâtre du Nord. Elle éructe des textes de Paul B. Preciado, philosophe transsexuel adepte des thèses foucaldo-butlériennes les plus crétines (pléonasme) dont le journal Libération reproduit parfois la bouillie intellectuelle dont voici un échantillon : « Les sculptures publiques […] désignent un corps national et pur, et déterminent un idéal de citoyenneté coloniale et sexuelle. L’exaltation publique des valeurs de suprématie blanche, masculine et hétérosexuelle par des statues ecclésiastiques, militaires, gouvernementales… fait de la ville moderne un parc d’attractions patriarco-colonial » (1). La prestation de ces « artistes » rongées par le ressentiment, la haine et la bêtise, justifie, me semble-t-il, le petit nom que certains Lillois de mes amis donnent au Théâtre de leur ville : Dépotoir du Nord.

Il n’y a pas plus conformiste que l’art qui s’auto-proclame subversif. Et il n’y a rien de moins artistique ni de moins subversif que cet art devenu propagande. Le texte de présentation de “Viril” n’est rien d’autre qu’un tract wokiste : « Peu à peu, la succession des voix et des textes dessine le paysage d’un féminisme révolutionnaire né de l’alliance des luttes minoritaires et des pratiques dissidentes lesbiennes, prolétariennes, trans et racisées. Choc esthétique pour celles et ceux qui ne connaissent pas les racines lesbiennes radicales et antiracistes du féminisme, exercice joyeux de détoxification face aux langages dominants et véritable injection d’énergie poétique et de joie politique pour toutes celles et ceux qui cherchent à collectiviser leur volonté de résistance. » Les petits-bourgeois rebellocrates lillois qui ne savaient pas comment participer à la grande fête transidentitaire, à la révolution lesbienne, au combat décolonial et aux luttes des minorités forcément discriminées, paient leur ticket de dissident d’un soir et s’ébrouent dans cette auge théâtrale en compagnie d’un nouveau public composé essentiellement d’étudiants en sociologie non-binaires, de militants trans-écolos, de privilégiés blancs repentants, d’universitaires mélenchonistes, de lycéens pansexuels, de féministes haasiens et de lectrices de Mona Chollet et de Virginie Despentes.

Au Havre, on bouscule les codes

On retrouve le même type de public au Havre où il se bouscule pour aller écouter “No(s) Dames”, un « spectacle lyrique qui bouscule les codes » et dans lequel le contre-ténor Théophile Alexandre et les musiciennes du quatuor Zaïde se proposent de « rendre un hommage dégenré aux héroïnes tragiques d’opéra » en interrogeant « la duplicité des rôles assignés aux femmes dans tous ces opéras composés par des hommes : célébrées mais caricaturées et corsetées, virtuoses mais déshumanisées, magnifiées mais martyrisées » (2). Peu importe la qualité des musiciens, ce gribouillis devrait suffire pour prendre la seule décision qui vaille, celle de ne pas foutre les pieds et les oreilles à ce spectacle dogmatique et rééducateur !

A lire aussi, du même auteur: Quand Mélenchon évoquait les Normands «alcooliques»

Partout où la moraline recouvre l’art de ses slogans modernes et inclusifs, partout où les messages dits progressistes gélifient l’art et boursouflent la bonne conscience de ce public qui ne sait plus faire le distinguo entre ce qui est beau et ce qui est laid, entre l’esthétique de l’art et la niaiserie de la propagande sociétale, l’art véritable disparaît. Le récent “Rapport sur la diversité à l’Opéra de Paris” préconisant de créer un poste de responsable diversité et inclusion ou de « repenser l’unité chromatique » pour favoriser « la diversité mélanique », n’est que la partie émergée de l’iceberg wokiste et culturel. Là où il est question de diversité et d’inclusion, il n’y a plus de place pour le sublime, pour le tragique, pour le merveilleux, pour la magie, pour la beauté, en un mot, pour l’art. Nous ne sommes qu’au début du travail d’amnésie totale encouragé par l’école et la culture officielle. Si tout va bien, c’est-à-dire mal, il ne faudra pas cinquante ans pour que le répertoire classique du théâtre et de l’opéra ne soit plus du tout joué – pas seulement parce qu’il sera d’une manière ou d’une autre censuré ou interdit, mais aussi, mais surtout, parce qu’il n’y aura plus personne pour comprendre cet art ou pour même seulement imaginer le monde auquel il s’adressait… 

Les gobeurs

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(1) Libération, chronique du 3 juillet 2020.

(2) Site de la Scène nationale du Havre Le Volcan, présentation de la saison 21/22.

Un bug dans la démocratie?

Driss Ghali voit dans la reconduction probable d’Emmanuel Macron un suicide français. Il constate que les citoyens ont beau voir et redouter une bascule démographique et civilisationnelle, ils n’ont pas voté en conséquence. Pire, ils ont classé troisième Mélenchon, qui fait des scores impressionnants dans les banlieues islamisées: Bobigny: 60%, Trappes: 60%, Creil : 56%, Roubaix : 52% etc.


Les pères fondateurs de la démocratie n’ont pas prévu l’hypothèse du suicide du peuple. Ni Rousseau, ni Voltaire n’ont imaginé que le peuple allait voter pour sa dissolution ! Qui aurait pu croire qu’un corps social allait choisir la mort et tourner le dos à la vie, le plus démocratiquement du monde ? Pourtant, dimanche dernier, les Français ont voté pour la disparition, les yeux grands ouverts, le sourire aux lèvres et sans que personne ne les y oblige…

Souriez, vous êtes grand-remplacés !

Le vote a également été un référendum pour ou contre le « grand remplacement ». Et la pire des réponses possibles a gagné. Il ne s’est trouvé qu’un petit 30% pour dire non à la transformation du peuple historique en une minorité de plus (suffrages en faveur de Marine Le Pen, Eric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan).

L’élection a également été un référendum pour ou contre la transformation de la France en une province de l’Union Européenne. Là aussi, il ne s’est pas trouvé grand monde pour dire non à cette proposition. Les Français veulent-ils résolument sortir de l’Histoire ? Acceptent-ils de devenir une sorte de Belgique dotée de l’arme nucléaire, ou une sorte de Suisse équipée du Charles De Gaulle ? C’est-à-dire une nation secondaire, dont la parole n’a aucune résonance au-delà de ses frontières. Un petit pays, encore prospère, mais insignifiant.

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C’est bien la première fois qu’un peuple se guillotinerait de son propre chef. La démocratie n’a pas été conçue pour cela. 

Vertige

Il y a de quoi ressentir le vertige devant le sort que les Français ont choisi pour eux-mêmes, et leurs enfants surtout. Il y a tout juste soixante ans, ils avaient encore le second empire colonial au monde, leur langue était parlée au sein de toutes instances internationales et leurs intellectuels étaient un modèle à suivre. Que la chute est rapide !

Pourquoi une telle disgrâce ?

Je ne me l’explique pas. À peine puis-je décrire ce que mes yeux voient et ce que mes pores ressentent. Ce pays n’est pas aimé. Ni par son peuple de souche, ni par son peuple de branche. Quand on aime quelqu’un, on ne le tue point. Cruelle injustice. La France n’a pas mérité cela. Aucun pays au monde ne mérite une telle déréliction.

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Demain, ceux qui n’ont pas su défendre leur pays comme des hommes auront tout le loisir de le pleurer comme des femmes… Demain, nous serons tous des Catalans, étrangers au sein d’un ensemble qui nous écrase, obligés de négocier le droit de parler notre langue maternelle au quotidien. Demain, nous serons tous des Corses, une diaspora éparpillée qui se plaint sans cesse des rigueurs de l’exil.

Consolation

Une consolation subsiste cependant, comme une lueur au milieu d’un éboulement : quoi qu’il se passe, la France continuera à vivre dans nos cœurs, dans nos sensibilités et dans nos souvenirs. Macron pourrait raser le Château de Versailles, Schiappa transformer Marianne en un travesti, Mélenchon créoliser nos enfants de force, nous resterons fidèles à Montaigne, Henri IV et Lamartine. La France est aussi un esprit, et l’esprit est immortel. 

Un film de plus sur l’univers carcéral

Après avoir signé le scénario du film césarisé de Xavier Beauvois « Des hommes et des dieux » en 2010, après avoir réalisé son premier film « Django » en 2017, le réalisateur Etienne Comar revient avec un deuxième film, « À l’ombre des filles ». On y retrouve Alex Lutz qui, sous les traits d’un chanteur lyrique qui traverse une mauvaise passe, se tourne vers l’animation d’ateliers de chant dans un établissement pénitentiaire pour femmes. Un synopsis prometteur sur le papier ? Une fois porté à l’écran, le spectacle s’avère assez décevant…


Les films de prison peuvent donner le meilleur comme le pire. Quand Jacques Becker signait Le Trou, on était aux anges et on le reste encore maintenant, soixante ans plus tard. Ici, hélas, on serait plutôt dans la seconde catégorie. Un scénario en béton armé de bonnes intentions nous fait le coup du chant choral qui permet d’oublier l’univers carcéral.

En prof de chant, Alex Lutz fait assurément le boulot, mais son personnage est tellement lesté du poids d’une culpabilité passée qu’il en devient ridicule. Quant aux détenues qu’il a en face de lui, on ne dépasse jamais la vertueuse galerie des caractères disparates chère aux séries télé, lesquelles sont désormais le mètre-étalon des films de cinéma. La taiseuse qui porte un lourd secret face à l’expansive revendicatrice et ainsi de suite d’un protocole compassionnel qui jusqu’au bout enchaîne les figures convenues et convenables à souhait.


Gloire à la reine Catherine!

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France 3 diffusera jeudi à 21 h 10 un portrait inédit de Catherine Deneuve signé Virginie Linhart


Sa blondeur est un leurre. Ne vous fiez pas à ce visage d’ange traversé par des ondes mélancoliques. Catherine n’est pas douce. Catherine n’est pas une potiche. Catherine n’est pas une victime. Catherine est trop insoumise pour se laisser guider par sa seule beauté physique. Il y a chez elle, une dignité qui élève, un refus de se vautrer dans la psychologie de bazar et un souci de vérité qui ne regarde qu’elle-même. Elle est étrangère au regard des autres, ce qui venant de la plus grande actrice française s’avère un paradoxe des plus troublants. Catherine vous emmerde poliment, gentiment, sereinement mais elle vous emmerde quand même. 

© AGIP Bridgeman Images

Vous ne percerez jamais son mystère, c’est son fonds de commerce. Elle ne laisse entrer personne dans son intimité. Chasse gardée ! Vous ne l’enfermerez dans aucune prison dorée. Si elle daigne vendre son image depuis quarante ans dans des publicités internationales, c’est pour mieux se libérer des contraintes. L’argent ne lui fait pas peur. Elle n’en a pas honte. Elle va le chercher là où il se trouve, sans minauder, ni jouer les artistes maudits. Elle n’a jamais été, ni ne sera sous le joug d’un mentor, encore moins d’un homme. Catherine n’est la marionnette de personne. Son inflexibilité est un signe d’espoir dans une société du spectacle si prompte à se lamenter et à quémander un peu d’amour. Catherine ne dégouline pas de bons sentiments et de prudences assassines. Elle a horreur des confessions calculées pour satisfaire l’audimat. Elle ne se dépoitraille pas l’égo pour se conformer aux désirs des majorités. Son individualisme est une leçon de maintien pour nous tous. Elle ne regrette jamais ce qu’elle dit. Cette vérité qui peut paraître carnassière dans sa bouche est, au contraire, une source d’émerveillement et de jubilation pour un public tellement habitué aux simagrées. Catherine est une Marianne qui ne mâche pas ses mots. La tête haute et la parole claire. Elle assène son opinion avec le calme et la précision des filles qui ont quitté le foyer pour convoler avec un réalisateur de quinze ans son aîné. Vadim venait de découvrir BB et roulait, à la ville comme à la plage, en Ferrari Spider California, ce sont deux raisons suffisantes pour arrêter le lycée. Là, réside tout son potentiel érotique. Dans une forme de pudeur qui ne triche pas, d’absence totale de louvoiement et un goût prononcé pour la fantaisie. Catherine ne s’allonge pas sur le divan des Français pour se plaindre. Elle conserve pieusement ses malheurs et que personne ne s’avise de salir, pervertir ou vienne seulement marchander les blessures de sa vie. Catherine ne se livre pas sur commande, elle ne s’explique pas à la veillée des chaumières, elle ne tente pas de convaincre comme un politicien en campagne. Elle a trop le sens des valeurs pour se compromettre dans ce genre de déballages. 

On se dit que nous avons eu la chance de croiser sa route, par écrans interposés. Elle aura donné à nos vies anonymes, plus de consistance, plus d’élan aussi, peut-être même la force de ne pas plier. Sa résistance au laid, au vulgaire, à la facilité et à la démagogie ambiante nous montre qu’une autre voie est possible. Le portrait signé Virginie Linhart qui sera diffusé jeudi soir sur France 3 retrace sa longue carrière et ouvre la boîte aux souvenirs. Ils sont tous là. Les sœurs Dorléac dans leur chambre d’adolescentes, une grand-mère souffleuse à l’Odéon, Johnny et sa guitare, Danielle Darrieux en mère de cinéma, Varda qui s’improvise coiffeuse pour Demy, Marcello qui sourit tristement toujours sur les photos, David Bailey qui ne sait pas un mot de français et se mariera pourtant avec elle, les naissances de son fils et de sa fille, son ami Yves Saint-Laurent qui habille ses pensées, Depardieu et Truffaut, les César et les montées des marches, Polanski et Buñuel, Gainsbourg et ses jeux de mots foireux. Catherine aura traversé mille vies. Mick Jagger fut témoin à son mariage. Elle a posé nue pour Playboy. Et elle est une jardinière hors pair. Ce documentaire bien charpenté et plaisant à regarder laisse filtrer le caractère d’une légende, à la fois si proche et si lointaine. Catherine, c’est un bloc, un roc dans l’océan des platitudes actuelles. Quand on l’interroge au détour d’une interview sur la disparition de sa sœur, elle accuse le coup et répond avec une émotion contenue qui honore le téléspectateur. Cette manière d’être impose le respect. 


Deneuve, la reine Catherine – Un film écrit et réalisé par Virginie Linhart. Produit par Georges-Marc Benamou (Siècle Productions). Narratrice Chloé Réjon. Musique originale composée, orchestrée et dirigée par Pablo Pico. Avec le soutien de la PROCIREP et de l’ANGOA. Avec la participation de la RTS, de la RTBF, de Paris Première, de Radio Canada et du CNC. En coproduction avec France Télévisions. Diffusion : France 3 – Jeudi 14 avril – 21 h 10

Emmanuel Macron, le roi de la frime…

Emmanuel Macron n’est pas un homme d’état doté d’une solide colonne vertébrale idéologique, mais c’est un comédien hors pair qui sait toujours nous surprendre par ses volte-face. Une stratégie qui s’avère payante puisqu’il s’apprête à être réélu. C’est la conclusion que tire Philippe Bilger après avoir passé au crible le comportement du candidat Macron ces dernières semaines.


Plusieurs exemples, depuis ces deux dernières semaines, illustrant le grand art de comédien d’Emmanuel Macron. Une insincérité totale, une démagogie royale. Le principal, à peine le résultat du premier tour acquis, est l’immédiat changement de pied et d’esprit sur la retraite. Non plus 65 ans mais 64 et l’évocation, pour faire bonne mesure, d’un possible référendum… Il se dit « prêt à bouger » quand il sent le vent tourner ! Jusqu’au 20 avril, je parie que Macron nous offrira d’autres évolutions, infléchissements et modifications seulement destinés à amoindrir la portée de l’argumentation adverse. Il a commencé avec le septennat, la proportionnelle intégrale… Pas besoin d’avoir ses idées: il prend celles des autres. Il est d’autres signaux plus légers mais cependant très révélateurs d’un tempérament qui, ne cherchant qu’à séduire, se moque comme d’une guigne de la plausibilité et de la cohérence de ses propos et de ses actes.

Qui aime bien, châtie bien

Il ose tout et, contredisant Michel Audiard, il est d’autant plus redoutable que ses facultés intellectuelles sont indéniables. Mais, quand il affirme que sa volonté « d’emmerder les non vaccinés », dans le Parisien, avait une tonalité seulement « affectueuse », il se moque du monde. Je serais presque admiratif face à cette assomption ostentatoire d’une argumentation inconcevable. Quel culot il faut avoir !

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Après que Marine Le Pen a été rudoyée en Guadeloupe par des militants d’extrême gauche, le président se fend d’une déclaration où il exprime son « respect » pour cette dernière tout en exprimant son opposition à ses idées. Il renouvelle le 11 avril l’affirmation de son respect pour elle mais entre ces deux caresses polies et démocratiques, il donne un entretien au Parisien où il la traite de « raciste » et de « menteuse ». Une contradiction nette entre une urbanité républicaine et une réalité médiatique qui la dément.

Démagogie

J’avais trouvé son intervention au soir du premier tour techniquement réussie, avec un ton tribunitien qui en général ne lui convient pas. En revanche, le début était d’une complaisance et d’une démagogie éclatantes avec son hommage à tous les candidats ; des piécettes de condescendance de la part du qualifié, à l’attention des autres éliminés. Séquence d’autant plus surprenante qu’il se donnait le beau rôle en surplomb du président alors qu’il avait été sur le tard pleinement candidat. Le pire est que ce n’était pas un feu de paille puisqu’il a continué dans ce registre hypocrite en soulignant qu’il allait téléphoner à tous les candidats éliminés parce que, selon lui, il était normal d’échanger avec eux.

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D’abord, est-il bien sûr que de Nathalie Arthaud à Jean-Luc Mélenchon en passant notamment par Jean Lassalle, ils soient tous enthousiastes à l’idée de cet appel ? Ensuite c’est là à nouveau la preuve d’une comédie lui permettant encore de se poser en président avant le 20 avril où il sera entièrement candidat, seulement désireux de défendre son bilan et de nous annoncer ses promesses pour les cinq ans à venir.

Le plus important c’est de participer

Cette attitude d’apparente bienveillance républicaine est d’autant plus incongrue et décalée qu’avant le premier tour, il avait refusé obstinément tout échange, toute confrontation avec les autres candidats, réduisant ainsi sa campagne à un monologue auto satisfait et à des réponses à des questions préparées et orientées favorablement. Tous les candidats auraient évidemment préféré, à un appel après le premier tour, de vrais débats avant celui-ci.

Tant que je gagne je joue

Il y a quelque chose dans la personnalité de Macron qui n’est pas authentique à hauteur sans doute de son aptitude à plaire, de son obsession de circonvenir pour mieux embrasser. Comme s’il lui était impossible, dans une joute où il va tout faire pour l’emporter, de ne pas « en même temps » feindre de respecter ceux qu’il a battus et celle qu’il s’apprête, croit-il, à dominer.

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Macron est le roi, en effet, de la frime. Un crack de l’apparence trompeuse. Pourquoi s’en priver puisque cela a marché ! Je ressens, au regard de ces éléments qui renvoient aussi bien à un caractère qu’aux fluctuations d’un projet politique, une frustration, une amertume quand je songe au désastre d’une Valérie Pécresse dont le programme était le meilleur mais qui ne disposait pas de cette arme fatale propre au président-sortant : savoir briller sans s’embarrasser de la vérité.

Le Mur des cons

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Sauvé par le virus, consacré par Poutine

Macron n’a pas réalisé les réformes promises mais sa capacité à gérer les crises a séduit les électeurs. À sa décharge, les institutions de la Ve République sont ingrates avec nos présidents. Élus avec une majorité parlementaire quasi automatique, ils peuvent appliquer un programme minoritaire qui les rend impopulaires.


Il y a plusieurs manières de raconter l’histoire du quinquennat d’Emmanuel Macron. La plus facile est de suivre les courbes de sa popularité. Cela donne une pièce en trois actes.

L’acte I ou « la plongée » commence avec son élection en mai 2017 et se termine dix-huit mois plus tard. Il est rythmé par plusieurs tableaux : juin 2017, projet de loi de la moralisation de la vie publique entaché par les affaires Ferrand et Modem ; été 2017, licenciement du général de Villiers ; été 2018, affaire Benalla. Au cours de cette phase, Jupiter dégringole pour atteindre à la fin de sa première année complète à l’Élysée le point le plus bas dans les sondages. Commence alors l’acte II, « les Gilets jaunes ». En novembre et décembre 2018, le pays et surtout Paris sont secoués par des violences hebdomadaires dont la répétition n’amoindrit pas la stupeur qu’elles suscitent. Ce sont les heures sombres du quinquennat où Emmanuel Macron touche le fond. L’Élysée a peur. La sortie de crise par l’opération « débat citoyen » apparaît a posteriori comme le tournant de son mandat. Plus jamais il ne sera aussi impopulaire. Vers mars-avril 2020, c’est le début de l’acte II, la guerre contre le Covid. Un nouveau Macron arrive sur scène – le président protecteur. Commence alors l’acte III, le « Covid ».

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La popularité de Macron, affaiblie par la résistance à la réforme des retraites fin 2019, poursuit sa baisse quand il décide, mi-mars 2020, de confiner le pays. Elle remonte en flèche pour s’établir au niveau où elle se maintiendra jusqu’au début 2022, moment où l’invasion de l’Ukraine par la Russie renforce encore son image aux yeux des électeurs français. Ce qui est surprenant dès lors que la crise actuelle montre que, depuis 2017, il ne brille pas par sa prévoyance, notamment sur la question de l’énergie.

Dans les pas de François Hollande sur la question énergétique

Candidat, Macron s’est engagé à poursuivre la politique de Hollande, fermer Fessenheim et réduire d’un tiers la part du nucléaire dans le mix électrique (de 75 % à 50 %). Concrètement, il s’agit de programmer la fermeture de 12 réacteurs en plus des deux de la centrale alsacienne. Macron n’amorce son revirement qu’en 2021 et s’engage clairement seulement en octobre dernier. L’exemple parfait de son échec est le gâchis Alstom. Ministre de l’Économie en 2014, il valide la cession des activités énergie d’Alstom à General Electric. En 2022, président, il favorise le rachat, car entre-temps la fabrication des turbines est devenue un enjeu de souveraineté. Certes, Macron s’est lancé avec audace en nouant avec Poutine et Trump une relation particulière. Mais son manque de perspicacité sur le nucléaire montre que l’apport de sa « touche » originale dans les rapports de force pèse très peu quand on néglige le développement des éléments réels de puissance, dont l’un des piliers en France est le nucléaire civil.

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De ces trois actes, on peut tirer une conclusion : Macron est soutenu quand il gère des crises mais quand il essaie de faire avancer une politique (une « réforme »), il se prend un mur. Et comme il recule devant l’obstacle, ce n’est pas uniquement sa popularité qui en souffre. Les « réformes » elles-mêmes finissent diluées ou tout simplement reportées sine die. Quant à celles qu’il a mises en œuvre au début du quinquennat, en particulier en matière fiscale (ISF devenu IFI, suppression de la taxe sur les exilés fiscaux), elles sont anecdotiques dans leurs effets.

Macron a été élu, malgré sa jeunesse et son manque d’expérience (donc, du point de vue des électeurs de 2017, malgré sa faible capacité à gérer des crises) pour mener une politique nouvelle et secouer le pays. Sur ce terrain, il a totalement échoué, tout en assurant là où on ne l’attendait pas, dans son rôle de chef de guerre ou à tout le moins, dans son talent à se mettre en scène en chef de guerre.

Reste à savoir si, devenu quinquagénaire, le président de la Ve République peut jouer un autre rôle que celui de maître-nageur national. Peut-être que cette combinaison paradoxale de succès et d’échecs s’explique moins par les faiblesses de Macron (et cela vaut pour Hollande, Sarkozy…) que par les règles du jeu. Ce qui permet de dresser un autre récit du quinquennat.

Une impopularité qui s’explique institutionnellement

Nos présidents sont élus en défendant un programme qui au premier tour s’avère minoritaire, voire très minoritaire (Chirac 2002). Au deuxième tour, c’est le moins rejeté des deux qui l’emporte. Dès leur première garden-party du 14 juillet, il se retrouve à l’Élysée avec une majorité docile à l’Assemblée nationale. Autrement dit, rien ni personne ne peut l’obliger à adapter son programme minoritaire en y intégrant des éléments proposés par ses adversaires. Et puisque nos présidents sont des mâles (et un jour des femelles) alpha, sûrs d’eux et dominateurs, ce n’est certainement pas de leur propre chef qu’ils changeront quoi que ce soit. Ils croient avoir toujours raison et, sans rapport de force, ils ne bougent jamais.

Manifestation contre la nouvelle loi Travail, Bordeaux, 12 septembre 2017 © Georges Gobet / AFP

Avant Macron, il existait cependant un acteur capable de les faire reculer et changer de position – sinon d’avis : le parti. Ils devaient prendre en compte les intérêts des parrains (appelés « éléphants » au PS). Même s’ils détestaient ça, ils étaient obligés de nommer au gouvernement des personnages forts qui n’avaient pas peur d’eux.

Le quinquennat d’Emmanuel Macron, une véritable monarchie présidentielle

Chez Macron, rien de tout cela. C’est un homme hors père. Par réflexe ou par calcul (à moins que ce ne soit faute de combattants valables), il s’entoure d’exécutants. Il est le patron et le fondateur donc n’est l’héritier de personne. Son parti LREM est l’illustration parfaite de ce trait de caractère chez Macron. Aucune personnalité n’a émergé et les seuls à jouer un rôle sont des anciens de LR ou du PS. Les recrues du printemps 2017 « issues de la société civile » n’ont pas laissé la moindre trace. Nul ne peut faire de l’ombre à Macron. Nul n’est en position de lui infliger ce qu’il a infligé à Hollande. Le rival le plus dangereux, Édouard Philippe, a été écarté avant de le devenir vraiment. Sans oublier que, comme Jupiter, Macron est un chouchou de la Fortune. François Bayrou, qu’il a été obligé de nommer à un poste important et qui aurait pu se comporter comme son aîné et son mentor, a sauté tout seul sur une mine, débarrassant le président nouvellement élu d’une présence potentiellement encombrante au Conseil des ministres.

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Plus que ses prédécesseurs, Macron cumule les pouvoirs de nos institutions sans devoir affronter de véritables contre-pouvoirs. Dans ces conditions, on se demande pourquoi son bilan est si léger en dehors de ses talents d’urgentiste. Faute d’être simple, la réponse est courte. Fruit d’une obsession pour la capacité de gouverner, les institutions privent notre chef de ce qui est encore plus important que le pouvoir juridique d’agir – la légitimité.

Le programme éclipsé par la personnalité du candidat

La personne est élue, mais pas sa politique. Or, une fois président, la personne applique sa politique, avec le soutien de députés élus grâce à lui (les Français sont conséquents). Et puis c’est la grève, les cheminots/élèves/infirmières sont dans la rue, et à l’Élysée on découvre la réalité : un projet plébiscité par 24,01 % (Macron), 28,63 % (Hollande), 31,18 % (Sarkozy), voire 19,98 % et 20,84 % (Chirac) a du mal à passer… Surprise ! La majorité obtenue par le chantage institutionnel du second tour ne légitime pas les réformes présentées au premier. Et au lieu de négocier une plateforme de gouvernement avec les représentants des différents courants de la société française, le président se trouve dans un rapport de force avec la CGT ou pire encore avec des Gilets jaunes, avec lesquels tout dialogue est impossible faute de porte-parole et de revendications claires.

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C’est le défaut majeur de la Ve : ce n’est pas un régime représentatif, d’où le déficit de légitimité du chef de l’État. Et le pouvoir législatif, qui aurait pu remédier à ce problème, est la principale victime de notre Constitution, relique du mépris du Général pour les « assemblées ».

Notre problème ne tient donc pas à l’échec de la démocratie représentative, mais à son absence. Aussi la solution ne se trouve-t-elle pas du côté de la démocratie directe, mais dans l’élection d’une assemblée véritablement représentative en lieu et place de notre chambre d’enregistrement. Nous avons besoin d’un Parlement reflétant – plus au moins –, les résultats du premier tour des présidentielles, car ce sont les majorités automatiques qui condamnent le président à l’échec politique.

Les Biden aiment l’Ukraine

À l’heure où, dans les médias, on ne parle pratiquement que de l’Ukraine, une ancienne histoire concernant ce pays vient de refaire surface…


En 2014, quand le conflit avec la Russie éclate dans le Donbass, Joe Biden, vice-président des États-Unis, est mandaté par Barack Obama pour s’occuper de cette crise sur le plan diplomatique. La même année, son fils, Hunter, est embauché par Burisma, une société énergétique basée à Kiev, qui lui accorde une rémunération très élevée pour une personne dépourvue d’expérience dans le secteur.

Cinq ans plus tard, un ordinateur portable est abandonné dans un atelier de réparation informatique dans le Delaware, l’État de la famille Biden. Sur le disque dur se trouverait un grand nombre d’e-mails concernant les affaires de Biden fils en Ukraine. Ces documents suggéreraient que, entre autres pratiques douteuses, Hunter espérait exploiter les visites de son père en Ukraine pour faire fructifier ses propres intérêts commerciaux. Le propriétaire de l’atelier confie le portable au FBI.

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En octobre 2020, juste avant l’élection présidentielle, l’équipe de Rudy Giuliani, l’avocat de Donald Trump, livre une copie du contenu du disque dur au New York Post qui publie des révélations potentiellement compromettantes pour la campagne électorale de Joe Biden. Les médias « mainstream », le New York Times en tête, conspuent l’histoire, la traitant de « fake news » et de produit d’une campagne de désinformation russe. Twitter et Facebook empêchent sa diffusion sur leurs plateformes.

Or, le 16 mars 2022, le New York Times publie un article qui reconnaît enfin que certains des e-mails en question sont authentiques et proviennent d’un ordinateur portable ayant appartenu à Hunter. Les documents sont cités dans le contexte d’une enquête fédérale, ouverte en 2018, sur les activités de Biden fils. Voilà comment une histoire rejetée par des journalistes « sérieux » et censurée par les géants de la Big Tech comme une théorie du complot inventée par la droite s’avère tout simplement vraie.

Voilée et féministe, bah voyons…

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Capture d'écran BFMTV

En déplacement à Strasbourg, Macron a soutenu l’idée qu’on pouvait tout à fait défendre l’égalité « femmes-hommes » et porter le voile islamique. Et après, le même nous dira sans doute que c’est son adversaire qui défend des « vérités alternatives »…


De toute évidence, Emmanuel Macron ne comprend rien au voile, ni au féminisme. A moins, bien sûr, qu’il ne les comprenne parfaitement, et choisisse la compromission avec l’absurde par pur électoralisme. En déplacement hier à Strasbourg, il a été interpellé par une femme voilée lui demandant s’il était féministe, et s’affirmant elle-même féministe et favorable à l’égalité femmes-hommes. Et le candidat de s’en réjouir, et de prétendre y voir « la meilleure des réponses à toutes les bêtises que j’entends », évoquant la volonté de Marine Le Pen d’interdire le port du voile islamique dans l’espace public.

Macron, le candidat qui refuse l’assimilation

Rien d’étonnant, au fond, de la part de quelqu’un qui s’est dit favorable à l’intégration mais contre l’assimilation, et donc profondément multiculturaliste. On se souviendra que sa majorité a déjà refusé l’interdiction du hijab dans les compétitions sportives, refusé son interdiction pour les accompagnatrices dans le temps scolaire, et même refusé son interdiction pour les fillettes !

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Pendant ce temps, un peu partout dans le monde, des femmes se battent pour le droit d’enlever le voile, de l’Iran aux quartiers islamisés de France. Pensons à celle qui avait ôté le sien devant Éric Zemmour pour lui prouver qu’elle était libre : elle fut placée sous protection en raison des menaces qu’elle reçut aussitôt au nom de la « religion de paix et de tolérance », démontrant ainsi involontairement que c’était bien le candidat de « Reconquête ! » qui avait raison.

Le néoféminisme et l’islamisme victimaires font bon ménage

Qu’en est-il de celle avec qui Emmanuel Macron a eu ce bref mais révélateur échange ? Elle se dit féministe, mais on sait depuis l’intersectionnalité et Lallab que ce mot ne veut, hélas, plus rien dire. Peut-on être féministe, quand on exhibe ainsi fièrement le symbole ostentatoire de l’assignation des femmes à une minorité perpétuelle dans tant de pays ? 

Un étendard idéologique arboré dans l’espace public ne change pas de signification selon les intentions intimes de la personne qui le porte, et l’attitude de l’islam envers les femmes (mais aussi, de facto, envers les hommes et au sujet des relations entre les sexes) est profondément viciée.

A lire aussi, Lydia Guirous: “Quand on est française, on ne porte pas un hijab”

Le candidat de LREM gagnerait à lire de toute urgence Lydia Guirous, Fatiha Boudjahlat, ou cette remarquable tribune publiée il y a quelques jours par Razika Adnani : « Les musulmans se sentent offusqués par un dessin qui n’a aucune incidence sur leur réalité ni leur vie, mais pas pour des milliers de filles injustement privées de leur droit d’aller à l’école. » Elle y écrit aussi, et c’est très important : « Les problèmes que pose l’islam ne sont pas uniquement une question d’interprétation, comme le prétendent beaucoup aujourd’hui », et encore : « Quant à ceux qui prétendent que la femme doit avoir un gardien pour voyager afin que les hommes ne s’en prennent pas à elle, ils donnent une image très négative de l’homme, le présentant comme un être incapable d’un comportement social, responsable et digne. »

La poussière sous le tapis de prière

Mais nous ne sondons pas les reins et les coeurs. Peut-être, dans une attitude désespérément égocentrique, la femme qu’a rencontrée Emmanuel Macron est-elle sincèrement favorable à l’égalité femmes-hommes, interpelle-t-elle le président et porte-t-elle le voile pour des raisons qui lui sont propres, sans se soucier de l’oppression qu’il représente pour des millions de personnes dans le monde, et un nombre conséquent en France même. C’est peu probable, mais admettons.

A lire ensuite, du même auteur: L’erreur de Zineb, les fautes de Macron

Quel dommage, alors, que le candidat n’ait pas pensé à l’interroger sur son rapport à d’autres aspects de l’islam qui pourtant sont en contradiction radicale avec nos principes les plus fondamentaux. Ainsi, par exemple, de la liberté d’expression et de la liberté de conscience. Que pense cette femme du droit au blasphème ? Et du droit à l’apostasie ? Que pense-t-elle d’une mosquée qui organise un concours dans lequel on fait réciter aux enfants qu’il est bon de « combattre les hommes jusqu’à ce qu’ils témoignent qu’il n’est d’autre divinité qu’Allah » (hadith d’An-Nawawi n°8), et « licite » de « faire couler le sang » (n°14) des apostats ?

C’est cette mosquée que l’exécutif sortant avait trouvée de plus présentable, et que le gouvernement avait choisie pour représenter l’islam dans une série de brèves interventions sur la laïcité en décembre… Tout est dit.

Michel Bouquet, 1925-2022, l’homme-théâtre

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Michel Bouquet et sa femme Juliette Carre lors de l'inauguration du double de Cire de Pierre Richard au Musée Grevin, le 19 novembre 2018 © Jacques BENAROCH/ SIPA

Michel Bouquet, le plus grand acteur français des soixante dernières années, vient de mourir — et mourir hors de scène, lui qui avait si longuement provoqué la Mort en jouant le Malade imaginaire ou le Roi se meurt. Souvenirs impromptus et mêlés.


Il avait annoncé en 2011 qu’il renonçait à se produire sur scène. Mais il revint sur sa parole, ce qui me donna l’occasion de le revoir encore une fois jouant Ionesco, et le Roi se meurt. Il s’y faisait copieusement enguirlander par son épouse, Juliette Carré, qui jouait le rôle de la reine Marguerite, la « première épouse », et lui reprochait ses chatteries avec sa « seconde épouse », et son refus de mourir, alors qu’il devait mourir, qu’il allait mourir…

C’était un jeu entre époux à la ville comme sur scène — et la voici veuve, inconsolablement veuve, la Mort qui a refusé de venir le cueillir sur scène comme Molière l’a fauché chez lui, à Paris, ce 13 avril 2022.

J’avais vu Bouquet tutoyer la Faucheuse sous l’habit d’Argan, le Malade imaginaire — espérant être interrompu par elle dans le divertissement final, comme le patron qui cracha ses poumons et sa vie durant cette fameuse représentation du 17 février 1673… Fatalitas, il a survécu à tous les rôles, y compris à celui d’Orgon, dans le Tartuffe, il y a à peine cinq ans.

Un grand comédien au service des grands auteurs

C’était cela, Bouquet : se servir de la moindre de ses fibres hors d’âge pour servir les grands textes jusqu’au bout. Je l’ai vu jouer le Malade imaginaire en 1987 au théâtre de l’Atelier — et à nouveau à la Porte Saint-Martin en 2008. En vingt ans, son jeu s’était encore affiné, il était de plus en plus, de mieux en mieux, l’atrabilaire définitif, trônant dans son fauteuil de malade, représentation de tous les monarques vieillissants, qui refusent de mourir et se sentent pourtant infailliblement attirés vers la tombe, et s’accrochent au pouvoir de toutes les fibres de leur méchanceté. Juliette Carré jouait Toinette, la servante qui se déguise en médecin pour tromper et revigorer son maître — toujours plus enjouée, toujours plus impitoyable.

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Pauvre Juliette, désormais sans son Roméo…

Bouquet a merveilleusement servi le théâtre — expliquant à qui voulait l’entendre (et j’ai eu la chance de suivre l’une de ses leçons) que le comédien est au service du texte, rien que le texte, que lui-même en soi n’est rien, sinon l’instrument par lequel se joue le texte. Allez expliquer ça aux petits marquis qui caracolent dans les spectacles d’Olivier Py ou de Macha Makeïeff, à poil sur scène avec une plume dans le cul…

Au service des Anciens et des Modernes

Il a servi les plus grands noms du théâtre contemporain, Anouilh, Ionesco, Harold Pinter, Thomas Bernhard ou Samuel Beckett. Souvenir ému du No man’s land, de Pinter, à la Porte Saint-Martin, dans une mise en scène de Roger Planchon. Et les plus grands noms du théâtre des siècles passés, Strindberg et Molière surtout. Molière qu’il racontait encore dans Michel Bouquet raconte Molière, paru en 2017.

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Il était comédien (lisez donc la Leçon de comédie, paru en 2010), et il était aussi acteur. Il fut l’un des acteurs-fétiches de Claude Chabrol (la Femme infidèle, la Rupture, Poulet au vinaigre). Il incarna un grand nombre de flics véreux ou impitoyables (dans Un condé, d’Yves Boisset, ou Deux hommes dans la ville, de José Giovanni). Il avait ainsi été un sublime Javert face à Lino Ventura / Jean Valjean dans la mise en scène des Misérables de Robert Hossein.

Mais si je n’en retiens qu’un, ce sera Toto le héros, de Jacob Van Dormael (1990). Offrez-vous ce chef d’œuvre si vous ne le connaissez pas.

Avec ses idoles dans l’autre monde

Rappelez-vous : il avait incarné aussi François Mitterrand, tout en ombres et finesses byzantines et en peur de disparaître, dans le Promeneur du Champ-de-Mars, de Robert Guédiguian. Il jouait encore l’année dernière dans Juste avant la nuit, un documentaire que Jean-Pierre Larcher lui avait consacré — il était temps. « Tous les grands auteurs, y disait-il, ont des conversations insensées, toutes les nuits, à discuter entre eux, à travailler comme des dingues, dans un autre monde. Ils parlent entre eux après une représentation théâtrale où ils ont été présents, c’est la vie de l’esprit qui est en jeu, ça mérite le respect, ça mérite qu’on se sacrifie. »

C’est lui qui à 20 ans, en 1945, tint le rôle du jeune Scipion, face à Caligula-Gérard Philipe dans la pièce homonyme de Camus. Lui qui demandait anxieusement au tyran :

— Tous les hommes ont une douceur dans la vie. Cela les aide à continuer. C’est vers elle qu’ils se retournent quand ils se sentent trop usés. N’y a-t-il donc rien dans la tienne qui soit semblable, l’approche des larmes, un refuge silencieux ? »
— Si, pourtant, répond Caligula.
— Et quoi donc ?  
— Le mépris.

Croyez-moi ou ne me croyez pas, mais cette réplique impitoyable m’aide encore à vivre aujourd’hui — aujourd’hui que Michel Bouquet est mort.

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D.R.

Les apôtres de la diversité et de l’inclusivité voudraient imposer leur programme non seulement sur toute la terre mais, désormais, aussi dans l’espace...


Une coopérative allemande, Wer braucht Feminismus ? (« Qui a besoin du féminisme ? »), vient de lancer une pétition sur la plateforme change.org qui commence par dénoncer la forme phallique des fusées spatiales traditionnelles, comme celles utilisées par des milliardaires Elon Musk, Jeff Bezos et Richard Branson. Comme par hasard, les engins de ces hommes sont à l’image de leur propre organe sexuel.

Afin de « restaurer l’égalité des genres dans le cosmos », les féministes d’outre-Rhin préconisent la construction d’un vaisseau spatial en forme de vulve. Une entité appelée WBF Aeronautics, dirigée par une jeune femme se présentant comme une chercheuse en ingénierie spatiale, Lucia Hartmann, prétend avoir conçu une telle fusée et même avoir testé une maquette dans une soufflerie. La forme féminine s’avérerait plus aérodynamique que sa rivale masculine.

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La vidéo qui accompagne la pétition montre une simulation impressionnante du vaisseau-vulve qui décolle et traverse les espaces interplanétaires. L’objectif est de récolter 500 000 signatures afin d’appeler l’Agence spatiale européenne à faire de ce fantasme une réalité. Ce sera un nouveau chapitre dans l’autonomisation des femmes.

Sauf que l’avatar britannique du Huffington Post, qui a manifesté un grand enthousiasme pour le projet, avait publié, en juin 2021, les résultats d’une étude révélant que 46 % des femmes entre 16 et 24 ans n’étaient pas certaines de savoir ce qu’était une vulve. L’avantage du phallocentrisme est que l’objet en question crève les yeux.

La culture subventionnée est l’avant-garde du wokisme

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Béatrice Dalle dans "Viril", spectacle de textes féministes et antiracistes, accompagnés par la musique du groupe post-rock lyonnais Zéro, Théâtre du nord, Lille © Arnaud Bertereau

Paris, Lille, Le Havre… Où que le spectateur porte son regard, il ne peut que constater que l’opéra et le théâtre subventionnés sont grignotés par le militantisme le plus insupportable.


Sophie de Menthon disait dernièrement dans ces colonnes son désarroi devant la récente « déconstruction » de Cendrillon, l’œuvre de Jules Massenet, à l’Opéra Bastille. La propagande wokiste campe dans les milieux artistiques, plus particulièrement dans ceux qui dépendent financièrement des deniers publics. Depuis des années, l’opéra et le théâtre subventionnés sont grignotés par le militantisme communautariste, Lgbtiste, néoféministe ou antiraciste, et se font plus ou moins subtilement les porte-voix de ces mouvements en substituant à l’art l’activisme politique. De la justice sociale à la fluidité sexuelle, de la dénonciation de la « suprématie blanche » à celle de l’hégémonie « hétéronormative », tout finit un jour ou l’autre dans le bouillon de la culture officielle. Tour d’horizon non exhaustif.

Jeanne Balibar, Abd al Malik, Ladj Ly…

En 2017, pour la deuxième saison de sa “3e Scène” (numérique), l’Opéra national de Paris proposait un film d’Abd al Malik intitulé… Othello. Dans cet Othello-là, pour éviter le grimage raciste d’un acteur blanc, le rôle principal est tenu par un comédien noir. La pièce de Shakespeare est revue et corrigée : « Après avoir passé un an en prison pour d’obscures raisons », Othello retrouve ses amis de la cité, dont Cassio et Desdémone, « son amoureuse », à laquelle il promet de changer de vie. Pour fêter ça, ses amis lui offrent une place à l’Opéra Garnier où il a toujours rêvé d’aller pour assister à une représentation de l’Otello de Verdi. Mise en abyme, paranoïa, l’Othello des cités étrangle sa Desdémone de bazar. Mais… ce n’était qu’un rêve absurde. Tout est bien qui finit bien. Le film est très mauvais mais ça a beaucoup plu aux administrateurs de l’Opéra de Paris sans doute enthousiasmés par les sous-entendus sociologiques de cet affligeant court-métrage, du genre « les quartiers c’est pas que des voyous qui vous maravent pour vous piquer votre portable, c’est aussi des jeunes issus de la diversité qui demandent qu’à aller à l’opéra pour sortir de la misère culturelle et de la délinquance inhérentes à la misère sociale ». Ça sonne archi-faux, personne n’y croit, mais ça soulage les consciences.

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Il y a quelques semaines, le même Opéra national de Paris proposait de visionner sur son site un court-métrage intitulé “Ça passe” et réalisé par l’école de cinéma Kourtrajmé de Ladj Ly, le réalisateur des “Misérables” louangé par toute la bonne presse de gauche. Ce film d’une quinzaine de minutes raconte l’histoire d’un jeune « chouffeur » du 9-3 usant de sa voix magnifique pour prévenir les dealers de la cité de l’arrivée de la police – il ne hurle pas, il chante le fameux cri d’alarme : “Ça passe”.

Il n’y a pas plus conformiste que l’art qui s’auto-proclame subversif. Et il n’y a rien de moins artistique ni de moins subversif que cet art devenu propagande…

L’artiste Isabelle, jouée par l’insupportable Jeanne Balibar, passe comme par hasard par là sur sa trottinette électrique. Non seulement elle ne se fait pas dépouiller par la racaille droguée jusqu’aux oreilles, mais même elle parvient à décider Amin, le guetteur à la voix d’or, de venir pour une audition dans son théâtre car elle voit en lui le futur soliste de l’opéra qu’elle est en train de mettre en scène. Je vous laisse deviner le sort de ce délinquant qui aurait pu devenir chanteur d’opéra mais que la société et la police s’acharneront à maintenir dans la misère.

Béatrice Dalle et Virginie Despentes dépêchées auprès de David Bobée, militant très actif dans le nord

Il n’y a pas de raison que les Lillois soient mieux lotis que les Parisiens. J’ai déjà eu l’occasion de parler du récent directeur du Théâtre du Nord à Lille, David Bobée. Plus militant « déconstructiviste » qu’artiste, ce metteur en scène se distingue surtout par son envie de  « décoloniser les arts ». Pour sa première saison lilloise, il promet de revisibiliser les femmes, de démasculiniser le théâtre, de combattre les stéréotypes de genre, d’ouvrir son théâtre à la diversité, etc. Il a par conséquent invité « trois femmes engagées » à jouer un spectacle supposé battre en brèche « les certitudes d’une société hétéronormée » et intitulé “Viril”. « Au nom d’un féminisme révolutionnaire », la rappeuse Casey, Béatrice Dalle et Virginie Despentes, plus vulgaires que jamais, régurgitent sur scène des textes stupides, orduriers, faussement rebelles, réellement obscènes. Béatrice Dalle bafouille les textes d’une Virginie Despentes qui, à son tour, inonde les spectateurs d’une matière bileuse. De son côté, Casey « dézingue le colonialisme et le racisme mal digérés des institutions françaises », précise le site du Théâtre du Nord. Elle éructe des textes de Paul B. Preciado, philosophe transsexuel adepte des thèses foucaldo-butlériennes les plus crétines (pléonasme) dont le journal Libération reproduit parfois la bouillie intellectuelle dont voici un échantillon : « Les sculptures publiques […] désignent un corps national et pur, et déterminent un idéal de citoyenneté coloniale et sexuelle. L’exaltation publique des valeurs de suprématie blanche, masculine et hétérosexuelle par des statues ecclésiastiques, militaires, gouvernementales… fait de la ville moderne un parc d’attractions patriarco-colonial » (1). La prestation de ces « artistes » rongées par le ressentiment, la haine et la bêtise, justifie, me semble-t-il, le petit nom que certains Lillois de mes amis donnent au Théâtre de leur ville : Dépotoir du Nord.

Il n’y a pas plus conformiste que l’art qui s’auto-proclame subversif. Et il n’y a rien de moins artistique ni de moins subversif que cet art devenu propagande. Le texte de présentation de “Viril” n’est rien d’autre qu’un tract wokiste : « Peu à peu, la succession des voix et des textes dessine le paysage d’un féminisme révolutionnaire né de l’alliance des luttes minoritaires et des pratiques dissidentes lesbiennes, prolétariennes, trans et racisées. Choc esthétique pour celles et ceux qui ne connaissent pas les racines lesbiennes radicales et antiracistes du féminisme, exercice joyeux de détoxification face aux langages dominants et véritable injection d’énergie poétique et de joie politique pour toutes celles et ceux qui cherchent à collectiviser leur volonté de résistance. » Les petits-bourgeois rebellocrates lillois qui ne savaient pas comment participer à la grande fête transidentitaire, à la révolution lesbienne, au combat décolonial et aux luttes des minorités forcément discriminées, paient leur ticket de dissident d’un soir et s’ébrouent dans cette auge théâtrale en compagnie d’un nouveau public composé essentiellement d’étudiants en sociologie non-binaires, de militants trans-écolos, de privilégiés blancs repentants, d’universitaires mélenchonistes, de lycéens pansexuels, de féministes haasiens et de lectrices de Mona Chollet et de Virginie Despentes.

Au Havre, on bouscule les codes

On retrouve le même type de public au Havre où il se bouscule pour aller écouter “No(s) Dames”, un « spectacle lyrique qui bouscule les codes » et dans lequel le contre-ténor Théophile Alexandre et les musiciennes du quatuor Zaïde se proposent de « rendre un hommage dégenré aux héroïnes tragiques d’opéra » en interrogeant « la duplicité des rôles assignés aux femmes dans tous ces opéras composés par des hommes : célébrées mais caricaturées et corsetées, virtuoses mais déshumanisées, magnifiées mais martyrisées » (2). Peu importe la qualité des musiciens, ce gribouillis devrait suffire pour prendre la seule décision qui vaille, celle de ne pas foutre les pieds et les oreilles à ce spectacle dogmatique et rééducateur !

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Partout où la moraline recouvre l’art de ses slogans modernes et inclusifs, partout où les messages dits progressistes gélifient l’art et boursouflent la bonne conscience de ce public qui ne sait plus faire le distinguo entre ce qui est beau et ce qui est laid, entre l’esthétique de l’art et la niaiserie de la propagande sociétale, l’art véritable disparaît. Le récent “Rapport sur la diversité à l’Opéra de Paris” préconisant de créer un poste de responsable diversité et inclusion ou de « repenser l’unité chromatique » pour favoriser « la diversité mélanique », n’est que la partie émergée de l’iceberg wokiste et culturel. Là où il est question de diversité et d’inclusion, il n’y a plus de place pour le sublime, pour le tragique, pour le merveilleux, pour la magie, pour la beauté, en un mot, pour l’art. Nous ne sommes qu’au début du travail d’amnésie totale encouragé par l’école et la culture officielle. Si tout va bien, c’est-à-dire mal, il ne faudra pas cinquante ans pour que le répertoire classique du théâtre et de l’opéra ne soit plus du tout joué – pas seulement parce qu’il sera d’une manière ou d’une autre censuré ou interdit, mais aussi, mais surtout, parce qu’il n’y aura plus personne pour comprendre cet art ou pour même seulement imaginer le monde auquel il s’adressait… 

Les gobeurs

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(1) Libération, chronique du 3 juillet 2020.

(2) Site de la Scène nationale du Havre Le Volcan, présentation de la saison 21/22.

Un bug dans la démocratie?

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Image d'illustration Unsplash

Driss Ghali voit dans la reconduction probable d’Emmanuel Macron un suicide français. Il constate que les citoyens ont beau voir et redouter une bascule démographique et civilisationnelle, ils n’ont pas voté en conséquence. Pire, ils ont classé troisième Mélenchon, qui fait des scores impressionnants dans les banlieues islamisées: Bobigny: 60%, Trappes: 60%, Creil : 56%, Roubaix : 52% etc.


Les pères fondateurs de la démocratie n’ont pas prévu l’hypothèse du suicide du peuple. Ni Rousseau, ni Voltaire n’ont imaginé que le peuple allait voter pour sa dissolution ! Qui aurait pu croire qu’un corps social allait choisir la mort et tourner le dos à la vie, le plus démocratiquement du monde ? Pourtant, dimanche dernier, les Français ont voté pour la disparition, les yeux grands ouverts, le sourire aux lèvres et sans que personne ne les y oblige…

Souriez, vous êtes grand-remplacés !

Le vote a également été un référendum pour ou contre le « grand remplacement ». Et la pire des réponses possibles a gagné. Il ne s’est trouvé qu’un petit 30% pour dire non à la transformation du peuple historique en une minorité de plus (suffrages en faveur de Marine Le Pen, Eric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan).

L’élection a également été un référendum pour ou contre la transformation de la France en une province de l’Union Européenne. Là aussi, il ne s’est pas trouvé grand monde pour dire non à cette proposition. Les Français veulent-ils résolument sortir de l’Histoire ? Acceptent-ils de devenir une sorte de Belgique dotée de l’arme nucléaire, ou une sorte de Suisse équipée du Charles De Gaulle ? C’est-à-dire une nation secondaire, dont la parole n’a aucune résonance au-delà de ses frontières. Un petit pays, encore prospère, mais insignifiant.

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C’est bien la première fois qu’un peuple se guillotinerait de son propre chef. La démocratie n’a pas été conçue pour cela. 

Vertige

Il y a de quoi ressentir le vertige devant le sort que les Français ont choisi pour eux-mêmes, et leurs enfants surtout. Il y a tout juste soixante ans, ils avaient encore le second empire colonial au monde, leur langue était parlée au sein de toutes instances internationales et leurs intellectuels étaient un modèle à suivre. Que la chute est rapide !

Pourquoi une telle disgrâce ?

Je ne me l’explique pas. À peine puis-je décrire ce que mes yeux voient et ce que mes pores ressentent. Ce pays n’est pas aimé. Ni par son peuple de souche, ni par son peuple de branche. Quand on aime quelqu’un, on ne le tue point. Cruelle injustice. La France n’a pas mérité cela. Aucun pays au monde ne mérite une telle déréliction.

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Demain, ceux qui n’ont pas su défendre leur pays comme des hommes auront tout le loisir de le pleurer comme des femmes… Demain, nous serons tous des Catalans, étrangers au sein d’un ensemble qui nous écrase, obligés de négocier le droit de parler notre langue maternelle au quotidien. Demain, nous serons tous des Corses, une diaspora éparpillée qui se plaint sans cesse des rigueurs de l’exil.

Consolation

Une consolation subsiste cependant, comme une lueur au milieu d’un éboulement : quoi qu’il se passe, la France continuera à vivre dans nos cœurs, dans nos sensibilités et dans nos souvenirs. Macron pourrait raser le Château de Versailles, Schiappa transformer Marianne en un travesti, Mélenchon créoliser nos enfants de force, nous resterons fidèles à Montaigne, Henri IV et Lamartine. La France est aussi un esprit, et l’esprit est immortel. 

Un film de plus sur l’univers carcéral

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Charles Paulicevich

Après avoir signé le scénario du film césarisé de Xavier Beauvois « Des hommes et des dieux » en 2010, après avoir réalisé son premier film « Django » en 2017, le réalisateur Etienne Comar revient avec un deuxième film, « À l’ombre des filles ». On y retrouve Alex Lutz qui, sous les traits d’un chanteur lyrique qui traverse une mauvaise passe, se tourne vers l’animation d’ateliers de chant dans un établissement pénitentiaire pour femmes. Un synopsis prometteur sur le papier ? Une fois porté à l’écran, le spectacle s’avère assez décevant…


Les films de prison peuvent donner le meilleur comme le pire. Quand Jacques Becker signait Le Trou, on était aux anges et on le reste encore maintenant, soixante ans plus tard. Ici, hélas, on serait plutôt dans la seconde catégorie. Un scénario en béton armé de bonnes intentions nous fait le coup du chant choral qui permet d’oublier l’univers carcéral.

En prof de chant, Alex Lutz fait assurément le boulot, mais son personnage est tellement lesté du poids d’une culpabilité passée qu’il en devient ridicule. Quant aux détenues qu’il a en face de lui, on ne dépasse jamais la vertueuse galerie des caractères disparates chère aux séries télé, lesquelles sont désormais le mètre-étalon des films de cinéma. La taiseuse qui porte un lourd secret face à l’expansive revendicatrice et ainsi de suite d’un protocole compassionnel qui jusqu’au bout enchaîne les figures convenues et convenables à souhait.


Gloire à la reine Catherine!

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© Jean-Pierre Fizet Bridgeman Images

France 3 diffusera jeudi à 21 h 10 un portrait inédit de Catherine Deneuve signé Virginie Linhart


Sa blondeur est un leurre. Ne vous fiez pas à ce visage d’ange traversé par des ondes mélancoliques. Catherine n’est pas douce. Catherine n’est pas une potiche. Catherine n’est pas une victime. Catherine est trop insoumise pour se laisser guider par sa seule beauté physique. Il y a chez elle, une dignité qui élève, un refus de se vautrer dans la psychologie de bazar et un souci de vérité qui ne regarde qu’elle-même. Elle est étrangère au regard des autres, ce qui venant de la plus grande actrice française s’avère un paradoxe des plus troublants. Catherine vous emmerde poliment, gentiment, sereinement mais elle vous emmerde quand même. 

© AGIP Bridgeman Images

Vous ne percerez jamais son mystère, c’est son fonds de commerce. Elle ne laisse entrer personne dans son intimité. Chasse gardée ! Vous ne l’enfermerez dans aucune prison dorée. Si elle daigne vendre son image depuis quarante ans dans des publicités internationales, c’est pour mieux se libérer des contraintes. L’argent ne lui fait pas peur. Elle n’en a pas honte. Elle va le chercher là où il se trouve, sans minauder, ni jouer les artistes maudits. Elle n’a jamais été, ni ne sera sous le joug d’un mentor, encore moins d’un homme. Catherine n’est la marionnette de personne. Son inflexibilité est un signe d’espoir dans une société du spectacle si prompte à se lamenter et à quémander un peu d’amour. Catherine ne dégouline pas de bons sentiments et de prudences assassines. Elle a horreur des confessions calculées pour satisfaire l’audimat. Elle ne se dépoitraille pas l’égo pour se conformer aux désirs des majorités. Son individualisme est une leçon de maintien pour nous tous. Elle ne regrette jamais ce qu’elle dit. Cette vérité qui peut paraître carnassière dans sa bouche est, au contraire, une source d’émerveillement et de jubilation pour un public tellement habitué aux simagrées. Catherine est une Marianne qui ne mâche pas ses mots. La tête haute et la parole claire. Elle assène son opinion avec le calme et la précision des filles qui ont quitté le foyer pour convoler avec un réalisateur de quinze ans son aîné. Vadim venait de découvrir BB et roulait, à la ville comme à la plage, en Ferrari Spider California, ce sont deux raisons suffisantes pour arrêter le lycée. Là, réside tout son potentiel érotique. Dans une forme de pudeur qui ne triche pas, d’absence totale de louvoiement et un goût prononcé pour la fantaisie. Catherine ne s’allonge pas sur le divan des Français pour se plaindre. Elle conserve pieusement ses malheurs et que personne ne s’avise de salir, pervertir ou vienne seulement marchander les blessures de sa vie. Catherine ne se livre pas sur commande, elle ne s’explique pas à la veillée des chaumières, elle ne tente pas de convaincre comme un politicien en campagne. Elle a trop le sens des valeurs pour se compromettre dans ce genre de déballages. 

On se dit que nous avons eu la chance de croiser sa route, par écrans interposés. Elle aura donné à nos vies anonymes, plus de consistance, plus d’élan aussi, peut-être même la force de ne pas plier. Sa résistance au laid, au vulgaire, à la facilité et à la démagogie ambiante nous montre qu’une autre voie est possible. Le portrait signé Virginie Linhart qui sera diffusé jeudi soir sur France 3 retrace sa longue carrière et ouvre la boîte aux souvenirs. Ils sont tous là. Les sœurs Dorléac dans leur chambre d’adolescentes, une grand-mère souffleuse à l’Odéon, Johnny et sa guitare, Danielle Darrieux en mère de cinéma, Varda qui s’improvise coiffeuse pour Demy, Marcello qui sourit tristement toujours sur les photos, David Bailey qui ne sait pas un mot de français et se mariera pourtant avec elle, les naissances de son fils et de sa fille, son ami Yves Saint-Laurent qui habille ses pensées, Depardieu et Truffaut, les César et les montées des marches, Polanski et Buñuel, Gainsbourg et ses jeux de mots foireux. Catherine aura traversé mille vies. Mick Jagger fut témoin à son mariage. Elle a posé nue pour Playboy. Et elle est une jardinière hors pair. Ce documentaire bien charpenté et plaisant à regarder laisse filtrer le caractère d’une légende, à la fois si proche et si lointaine. Catherine, c’est un bloc, un roc dans l’océan des platitudes actuelles. Quand on l’interroge au détour d’une interview sur la disparition de sa sœur, elle accuse le coup et répond avec une émotion contenue qui honore le téléspectateur. Cette manière d’être impose le respect. 


Deneuve, la reine Catherine – Un film écrit et réalisé par Virginie Linhart. Produit par Georges-Marc Benamou (Siècle Productions). Narratrice Chloé Réjon. Musique originale composée, orchestrée et dirigée par Pablo Pico. Avec le soutien de la PROCIREP et de l’ANGOA. Avec la participation de la RTS, de la RTBF, de Paris Première, de Radio Canada et du CNC. En coproduction avec France Télévisions. Diffusion : France 3 – Jeudi 14 avril – 21 h 10

Emmanuel Macron, le roi de la frime…

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Emmanuel Macron était à Mulhouse le 12 avril pour visiter le centre Alister (association pour l’information scientifique et technique de rééducation) et rencontrer des professionnels de santé © Jean-Francois Badias/AP/SIPA

Emmanuel Macron n’est pas un homme d’état doté d’une solide colonne vertébrale idéologique, mais c’est un comédien hors pair qui sait toujours nous surprendre par ses volte-face. Une stratégie qui s’avère payante puisqu’il s’apprête à être réélu. C’est la conclusion que tire Philippe Bilger après avoir passé au crible le comportement du candidat Macron ces dernières semaines.


Plusieurs exemples, depuis ces deux dernières semaines, illustrant le grand art de comédien d’Emmanuel Macron. Une insincérité totale, une démagogie royale. Le principal, à peine le résultat du premier tour acquis, est l’immédiat changement de pied et d’esprit sur la retraite. Non plus 65 ans mais 64 et l’évocation, pour faire bonne mesure, d’un possible référendum… Il se dit « prêt à bouger » quand il sent le vent tourner ! Jusqu’au 20 avril, je parie que Macron nous offrira d’autres évolutions, infléchissements et modifications seulement destinés à amoindrir la portée de l’argumentation adverse. Il a commencé avec le septennat, la proportionnelle intégrale… Pas besoin d’avoir ses idées: il prend celles des autres. Il est d’autres signaux plus légers mais cependant très révélateurs d’un tempérament qui, ne cherchant qu’à séduire, se moque comme d’une guigne de la plausibilité et de la cohérence de ses propos et de ses actes.

Qui aime bien, châtie bien

Il ose tout et, contredisant Michel Audiard, il est d’autant plus redoutable que ses facultés intellectuelles sont indéniables. Mais, quand il affirme que sa volonté « d’emmerder les non vaccinés », dans le Parisien, avait une tonalité seulement « affectueuse », il se moque du monde. Je serais presque admiratif face à cette assomption ostentatoire d’une argumentation inconcevable. Quel culot il faut avoir !

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Après que Marine Le Pen a été rudoyée en Guadeloupe par des militants d’extrême gauche, le président se fend d’une déclaration où il exprime son « respect » pour cette dernière tout en exprimant son opposition à ses idées. Il renouvelle le 11 avril l’affirmation de son respect pour elle mais entre ces deux caresses polies et démocratiques, il donne un entretien au Parisien où il la traite de « raciste » et de « menteuse ». Une contradiction nette entre une urbanité républicaine et une réalité médiatique qui la dément.

Démagogie

J’avais trouvé son intervention au soir du premier tour techniquement réussie, avec un ton tribunitien qui en général ne lui convient pas. En revanche, le début était d’une complaisance et d’une démagogie éclatantes avec son hommage à tous les candidats ; des piécettes de condescendance de la part du qualifié, à l’attention des autres éliminés. Séquence d’autant plus surprenante qu’il se donnait le beau rôle en surplomb du président alors qu’il avait été sur le tard pleinement candidat. Le pire est que ce n’était pas un feu de paille puisqu’il a continué dans ce registre hypocrite en soulignant qu’il allait téléphoner à tous les candidats éliminés parce que, selon lui, il était normal d’échanger avec eux.

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D’abord, est-il bien sûr que de Nathalie Arthaud à Jean-Luc Mélenchon en passant notamment par Jean Lassalle, ils soient tous enthousiastes à l’idée de cet appel ? Ensuite c’est là à nouveau la preuve d’une comédie lui permettant encore de se poser en président avant le 20 avril où il sera entièrement candidat, seulement désireux de défendre son bilan et de nous annoncer ses promesses pour les cinq ans à venir.

Le plus important c’est de participer

Cette attitude d’apparente bienveillance républicaine est d’autant plus incongrue et décalée qu’avant le premier tour, il avait refusé obstinément tout échange, toute confrontation avec les autres candidats, réduisant ainsi sa campagne à un monologue auto satisfait et à des réponses à des questions préparées et orientées favorablement. Tous les candidats auraient évidemment préféré, à un appel après le premier tour, de vrais débats avant celui-ci.

Tant que je gagne je joue

Il y a quelque chose dans la personnalité de Macron qui n’est pas authentique à hauteur sans doute de son aptitude à plaire, de son obsession de circonvenir pour mieux embrasser. Comme s’il lui était impossible, dans une joute où il va tout faire pour l’emporter, de ne pas « en même temps » feindre de respecter ceux qu’il a battus et celle qu’il s’apprête, croit-il, à dominer.

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Macron est le roi, en effet, de la frime. Un crack de l’apparence trompeuse. Pourquoi s’en priver puisque cela a marché ! Je ressens, au regard de ces éléments qui renvoient aussi bien à un caractère qu’aux fluctuations d’un projet politique, une frustration, une amertume quand je songe au désastre d’une Valérie Pécresse dont le programme était le meilleur mais qui ne disposait pas de cette arme fatale propre au président-sortant : savoir briller sans s’embarrasser de la vérité.

Le Mur des cons

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Sauvé par le virus, consacré par Poutine

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Emmanuel Macron arrive sur l'esplanade du Louvre pour prononcer son discours de victoire, Paris, 7 mai 2017 © Philippe Lopez / AFP

Macron n’a pas réalisé les réformes promises mais sa capacité à gérer les crises a séduit les électeurs. À sa décharge, les institutions de la Ve République sont ingrates avec nos présidents. Élus avec une majorité parlementaire quasi automatique, ils peuvent appliquer un programme minoritaire qui les rend impopulaires.


Il y a plusieurs manières de raconter l’histoire du quinquennat d’Emmanuel Macron. La plus facile est de suivre les courbes de sa popularité. Cela donne une pièce en trois actes.

L’acte I ou « la plongée » commence avec son élection en mai 2017 et se termine dix-huit mois plus tard. Il est rythmé par plusieurs tableaux : juin 2017, projet de loi de la moralisation de la vie publique entaché par les affaires Ferrand et Modem ; été 2017, licenciement du général de Villiers ; été 2018, affaire Benalla. Au cours de cette phase, Jupiter dégringole pour atteindre à la fin de sa première année complète à l’Élysée le point le plus bas dans les sondages. Commence alors l’acte II, « les Gilets jaunes ». En novembre et décembre 2018, le pays et surtout Paris sont secoués par des violences hebdomadaires dont la répétition n’amoindrit pas la stupeur qu’elles suscitent. Ce sont les heures sombres du quinquennat où Emmanuel Macron touche le fond. L’Élysée a peur. La sortie de crise par l’opération « débat citoyen » apparaît a posteriori comme le tournant de son mandat. Plus jamais il ne sera aussi impopulaire. Vers mars-avril 2020, c’est le début de l’acte II, la guerre contre le Covid. Un nouveau Macron arrive sur scène – le président protecteur. Commence alors l’acte III, le « Covid ».

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La popularité de Macron, affaiblie par la résistance à la réforme des retraites fin 2019, poursuit sa baisse quand il décide, mi-mars 2020, de confiner le pays. Elle remonte en flèche pour s’établir au niveau où elle se maintiendra jusqu’au début 2022, moment où l’invasion de l’Ukraine par la Russie renforce encore son image aux yeux des électeurs français. Ce qui est surprenant dès lors que la crise actuelle montre que, depuis 2017, il ne brille pas par sa prévoyance, notamment sur la question de l’énergie.

Dans les pas de François Hollande sur la question énergétique

Candidat, Macron s’est engagé à poursuivre la politique de Hollande, fermer Fessenheim et réduire d’un tiers la part du nucléaire dans le mix électrique (de 75 % à 50 %). Concrètement, il s’agit de programmer la fermeture de 12 réacteurs en plus des deux de la centrale alsacienne. Macron n’amorce son revirement qu’en 2021 et s’engage clairement seulement en octobre dernier. L’exemple parfait de son échec est le gâchis Alstom. Ministre de l’Économie en 2014, il valide la cession des activités énergie d’Alstom à General Electric. En 2022, président, il favorise le rachat, car entre-temps la fabrication des turbines est devenue un enjeu de souveraineté. Certes, Macron s’est lancé avec audace en nouant avec Poutine et Trump une relation particulière. Mais son manque de perspicacité sur le nucléaire montre que l’apport de sa « touche » originale dans les rapports de force pèse très peu quand on néglige le développement des éléments réels de puissance, dont l’un des piliers en France est le nucléaire civil.

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De ces trois actes, on peut tirer une conclusion : Macron est soutenu quand il gère des crises mais quand il essaie de faire avancer une politique (une « réforme »), il se prend un mur. Et comme il recule devant l’obstacle, ce n’est pas uniquement sa popularité qui en souffre. Les « réformes » elles-mêmes finissent diluées ou tout simplement reportées sine die. Quant à celles qu’il a mises en œuvre au début du quinquennat, en particulier en matière fiscale (ISF devenu IFI, suppression de la taxe sur les exilés fiscaux), elles sont anecdotiques dans leurs effets.

Macron a été élu, malgré sa jeunesse et son manque d’expérience (donc, du point de vue des électeurs de 2017, malgré sa faible capacité à gérer des crises) pour mener une politique nouvelle et secouer le pays. Sur ce terrain, il a totalement échoué, tout en assurant là où on ne l’attendait pas, dans son rôle de chef de guerre ou à tout le moins, dans son talent à se mettre en scène en chef de guerre.

Reste à savoir si, devenu quinquagénaire, le président de la Ve République peut jouer un autre rôle que celui de maître-nageur national. Peut-être que cette combinaison paradoxale de succès et d’échecs s’explique moins par les faiblesses de Macron (et cela vaut pour Hollande, Sarkozy…) que par les règles du jeu. Ce qui permet de dresser un autre récit du quinquennat.

Une impopularité qui s’explique institutionnellement

Nos présidents sont élus en défendant un programme qui au premier tour s’avère minoritaire, voire très minoritaire (Chirac 2002). Au deuxième tour, c’est le moins rejeté des deux qui l’emporte. Dès leur première garden-party du 14 juillet, il se retrouve à l’Élysée avec une majorité docile à l’Assemblée nationale. Autrement dit, rien ni personne ne peut l’obliger à adapter son programme minoritaire en y intégrant des éléments proposés par ses adversaires. Et puisque nos présidents sont des mâles (et un jour des femelles) alpha, sûrs d’eux et dominateurs, ce n’est certainement pas de leur propre chef qu’ils changeront quoi que ce soit. Ils croient avoir toujours raison et, sans rapport de force, ils ne bougent jamais.

Manifestation contre la nouvelle loi Travail, Bordeaux, 12 septembre 2017 © Georges Gobet / AFP

Avant Macron, il existait cependant un acteur capable de les faire reculer et changer de position – sinon d’avis : le parti. Ils devaient prendre en compte les intérêts des parrains (appelés « éléphants » au PS). Même s’ils détestaient ça, ils étaient obligés de nommer au gouvernement des personnages forts qui n’avaient pas peur d’eux.

Le quinquennat d’Emmanuel Macron, une véritable monarchie présidentielle

Chez Macron, rien de tout cela. C’est un homme hors père. Par réflexe ou par calcul (à moins que ce ne soit faute de combattants valables), il s’entoure d’exécutants. Il est le patron et le fondateur donc n’est l’héritier de personne. Son parti LREM est l’illustration parfaite de ce trait de caractère chez Macron. Aucune personnalité n’a émergé et les seuls à jouer un rôle sont des anciens de LR ou du PS. Les recrues du printemps 2017 « issues de la société civile » n’ont pas laissé la moindre trace. Nul ne peut faire de l’ombre à Macron. Nul n’est en position de lui infliger ce qu’il a infligé à Hollande. Le rival le plus dangereux, Édouard Philippe, a été écarté avant de le devenir vraiment. Sans oublier que, comme Jupiter, Macron est un chouchou de la Fortune. François Bayrou, qu’il a été obligé de nommer à un poste important et qui aurait pu se comporter comme son aîné et son mentor, a sauté tout seul sur une mine, débarrassant le président nouvellement élu d’une présence potentiellement encombrante au Conseil des ministres.

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Plus que ses prédécesseurs, Macron cumule les pouvoirs de nos institutions sans devoir affronter de véritables contre-pouvoirs. Dans ces conditions, on se demande pourquoi son bilan est si léger en dehors de ses talents d’urgentiste. Faute d’être simple, la réponse est courte. Fruit d’une obsession pour la capacité de gouverner, les institutions privent notre chef de ce qui est encore plus important que le pouvoir juridique d’agir – la légitimité.

Le programme éclipsé par la personnalité du candidat

La personne est élue, mais pas sa politique. Or, une fois président, la personne applique sa politique, avec le soutien de députés élus grâce à lui (les Français sont conséquents). Et puis c’est la grève, les cheminots/élèves/infirmières sont dans la rue, et à l’Élysée on découvre la réalité : un projet plébiscité par 24,01 % (Macron), 28,63 % (Hollande), 31,18 % (Sarkozy), voire 19,98 % et 20,84 % (Chirac) a du mal à passer… Surprise ! La majorité obtenue par le chantage institutionnel du second tour ne légitime pas les réformes présentées au premier. Et au lieu de négocier une plateforme de gouvernement avec les représentants des différents courants de la société française, le président se trouve dans un rapport de force avec la CGT ou pire encore avec des Gilets jaunes, avec lesquels tout dialogue est impossible faute de porte-parole et de revendications claires.

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C’est le défaut majeur de la Ve : ce n’est pas un régime représentatif, d’où le déficit de légitimité du chef de l’État. Et le pouvoir législatif, qui aurait pu remédier à ce problème, est la principale victime de notre Constitution, relique du mépris du Général pour les « assemblées ».

Notre problème ne tient donc pas à l’échec de la démocratie représentative, mais à son absence. Aussi la solution ne se trouve-t-elle pas du côté de la démocratie directe, mais dans l’élection d’une assemblée véritablement représentative en lieu et place de notre chambre d’enregistrement. Nous avons besoin d’un Parlement reflétant – plus au moins –, les résultats du premier tour des présidentielles, car ce sont les majorités automatiques qui condamnent le président à l’échec politique.

Les Biden aiment l’Ukraine

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Hunter Biden © D.R.

À l’heure où, dans les médias, on ne parle pratiquement que de l’Ukraine, une ancienne histoire concernant ce pays vient de refaire surface…


En 2014, quand le conflit avec la Russie éclate dans le Donbass, Joe Biden, vice-président des États-Unis, est mandaté par Barack Obama pour s’occuper de cette crise sur le plan diplomatique. La même année, son fils, Hunter, est embauché par Burisma, une société énergétique basée à Kiev, qui lui accorde une rémunération très élevée pour une personne dépourvue d’expérience dans le secteur.

Cinq ans plus tard, un ordinateur portable est abandonné dans un atelier de réparation informatique dans le Delaware, l’État de la famille Biden. Sur le disque dur se trouverait un grand nombre d’e-mails concernant les affaires de Biden fils en Ukraine. Ces documents suggéreraient que, entre autres pratiques douteuses, Hunter espérait exploiter les visites de son père en Ukraine pour faire fructifier ses propres intérêts commerciaux. Le propriétaire de l’atelier confie le portable au FBI.

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En octobre 2020, juste avant l’élection présidentielle, l’équipe de Rudy Giuliani, l’avocat de Donald Trump, livre une copie du contenu du disque dur au New York Post qui publie des révélations potentiellement compromettantes pour la campagne électorale de Joe Biden. Les médias « mainstream », le New York Times en tête, conspuent l’histoire, la traitant de « fake news » et de produit d’une campagne de désinformation russe. Twitter et Facebook empêchent sa diffusion sur leurs plateformes.

Or, le 16 mars 2022, le New York Times publie un article qui reconnaît enfin que certains des e-mails en question sont authentiques et proviennent d’un ordinateur portable ayant appartenu à Hunter. Les documents sont cités dans le contexte d’une enquête fédérale, ouverte en 2018, sur les activités de Biden fils. Voilà comment une histoire rejetée par des journalistes « sérieux » et censurée par les géants de la Big Tech comme une théorie du complot inventée par la droite s’avère tout simplement vraie.