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Pourquoi certains Corses s’indignent autant de la mort d’Yvan Colonna

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L’émotion et la colère suscitées par l’assassinat d’Yvan Colonna sont insuffisamment contextualisées par les médias, de sorte qu’il est difficile d’en comprendre les raisons. Analyse.


En effet, la Corse vit actuellement un déclassement et un changement de sa population d’une ampleur sans précédent dans l’Europe moderne qui menacent jusqu’à son identité même.

En 1998, l’assassinat du préfet Érignac provoque une émotion considérable et une profonde désapprobation dans l’île. Le gouvernement, au lieu de profiter de ce rare moment d’union nationale, va instaurer un climat répressif. Toute personne pouvant avoir le moindre lien avec l’affaire est arrêtée, un véritable régime d’exception va être mis en place. Le nouveau préfet d’alors va aller jusqu’à ordonner à des gendarmes de se faire passer pour des indépendantistes et brûler un restaurant en bord de mer.[1] Des Corses vont rester mis en examen pendant des années, bien qu’ils n’aient rien à voir avec l’affaire. Près de 1% des Corses seront interpellés. Rapporté au continent, cela ferait plus d’un demi-million de Français interpellés.

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Les erreurs de Sarkozy

En 2003, Nicolas Sarkozy alors ministre de l’Intérieur, en pleine reconquête de l’électorat de droite et se préparant à la présidentielle de 2007, annonce en public : « La police française vient d’arrêter Yvan Colonna, l’assassin du préfet Érignac ». Alors qu’aucun procès d’Yvan Colonna n’avait encore eu lieu, un ministre de l’Intérieur et futur président de la République désigne un homme à la vindicte populaire. Cette atteinte à la présomption d’innocence ne pouvait qu’avoir de lourdes conséquences sur la fiabilité des témoignages des policiers et les comportements des magistrats. Une forme de feu vert tacite qui peut avoir l’effet délétère d’influencer le comportement de certains fonctionnaires. Comment imaginer qu’un homme tel que Nicolas Sarkozy ne fasse pas tout son possible pour empêcher qu’en pleine campagne électorale il soit dédit ? Les trois procès d’Yvan Colonna, qui a clamé son innocence sans relâche, ont révélé surtout l’absence de preuves matérielles de sa culpabilité. Les condamnations d’Yvan Colonna sont fondées sur les témoignages des membres du commando responsable de l’assassinat du préfet Érignac et sur l’intime conviction des policiers qui ont enquêté sur lui. Mais les membres du commando ont manifestement menti et les policiers étaient sous l’influence de leur hiérarchie. Fin mai 1999, la moitié des personnes responsables de l’assassinat ignoble et inhumain du préfet Érignac à Ajaccio, sont arrêtées.

Il faut se rappeler qu’à l’époque les policiers sont sous une énorme pression du gouvernement qui veut des résultats à tout prix. En 24 heures, procédant à l’intimidation des suspects, qui étaient sous la menace de ne plus voir leurs enfants que derrière un parloir de prison, les enquêteurs obtiennent les aveux nécessaires. Yvan Colonna est désigné par les gardés à vue et leurs épouses comme 3ème membre du commando. Outre qu’ils retireront toutes leurs accusations, une fois libres, leurs témoignages obtenus sous pression ne se corroborent pas – à tel point qu’ils démontrent que les personnes désignant Yvan Colonna comme membre du commando ont toutes menti. Les témoins qui ont assisté à l’assassinat affirment clairement que l’assassin qu’ils ont vu tirer n’était pas Yvan Colonna. En revanche, des témoins ont vu Yvan Colonna à Cargèse le soir de l’assassinat. Un expert en balistique, sur les observations du médecin légiste, montre que le tueur était nécessairement plus grand que le préfet, alors qu’Yvan Colonna mesurait dix centimètres de moins. Et, je ne vous donne que les exemples les plus évidents, les plus simples à exposer, mais il en existe des dizaines d’autres qui interrogent tout honnête homme sur la culpabilité d’Yvan Colonna qui a toujours et sans répit clamé son innocence, pendant 24 ans.

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Tout le continent s’est ému des émeutes et que des dirigeants politiques mettent en berne des drapeaux en Corse pour la mort d’un assassin. Mais rares sont les continentaux qui ont suivi de près les procès d’Yvan Colonna. Mettez-vous à la place des Corses qui eux ont suivi de très près chacun des trois procès. Qui ont connaissance de ce que je vous ai dit. Qu’il est possible qu’Yvan Colonna ait fait quasiment 20 ans de prison alors qu’il était innocent. Que cet homme, peut-être innocent, au bout de 20 ans de prison est assassiné atrocement, à 62 ans, par un djihadiste psychopathe de 36 ans, signalé comme très dangereux avec qui l’on aurait jamais dû le laisser seul. Surtout quand on apprend par le Canard Enchaîné que le président de la République aurait conclu un accord secret avec les autonomistes corses pour que les « prisonniers politiques corses » soient transférés sur l’île[2], ce que le pouvoir politique a toujours refusé de faire du vivant d’Yvan Colonna. Son rapprochement de sa famille en Corse aurait permis à ses parents, sa femme et ses enfants, qui n’ont rien à voir avec l’assassinat, d’avoir une vie moins pénible où les congés sont consacrés aux longs voyages sur le continent pour lui rendre visite. Il faut se rendre compte aussi qu’Yvan Colonna est issu d’une vieille famille corse, il aurait pu suivre le chemin habituel d’un enfant de notable corse, son père étant député socialiste, et être fonctionnaire. Mais il préfère revenir aux sources et devenir berger, un métier on ne peut plus proche de la nature et où l’on vit chichement.

Pourquoi de jeunes Corses s’identifient à Colonna

Indépendantiste, écœuré par les magouilles et les petits arrangements, il décide de faire scission. Sachant tout cela, comment ne pas comprendre qu’auprès de nombreux Corses, cet homme apparaisse comme un martyr, un honnête homme résistant seul au pouvoir corrompu en place ? Que la jeunesse corse s’identifie à lui, à un moment où la Corse « historique » est menacée dans son existence même ?

On le dit peu, mais la Corse en 30 ans est passée de 250 000 à 350 000 habitants, alors que son taux de fécondité est un des plus bas de France. Il est difficile d’avoir des chiffres mais il est loin d’être impossible que désormais les « Corses de souche » ne soient plus majoritaires ; dans le sud de l’île en tout cas, c’est déjà certain. Vous avez désormais des Magrébins, des Portugais, des Allemands, des Espagnols, des Italiens et surtout beaucoup de continentaux qui se sont installés en Corse. Essentiellement deux types de population s’y sont installés. D’abord des personnes aisées qui ont fait flamber les prix de l’immobilier, du BTP et des services. Afin de les « servir », les grands patrons corses, ont fait venir du continent, des personnes en état de précarité qui quitte à gagner le smic, préfèrent le faire au soleil. Cet afflux de travailleurs pauvres a mis une pression phénoménale sur les bas salaires et les traditions sociales de l’île. De plus, ces continentaux s’installent en Corse comme ils s’installeraient dans n’importe quelle banlieue du continent : ils font fi des traditions locales, construisent et s’enferment dans des pavillons en parpaing et aux hauts murs, clôturent leurs terrains et empêchent des passages séculiers. Alors que, contrairement aux préjugés que l’on peut avoir sur eux, les Corses sont très ouverts et solidaires, ces façons de vivre s’opposent physiquement à la sociabilité corse. Une véritable décorsisation de la société, des emplois, des villages et de villes comme Ajaccio et Porto-Vecchio est à l’œuvre et ne cesse de s’amplifier.

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Les médias ne cessent de parler des «nationalistes » au pouvoir en Corse. Mais le terme « nationaliste » est assez inapproprié pour désigner les autonomistes qui sont à la tête de l’île.

Ce sont des ultra-progressistes qui ont une très grande proximité idéologique et méthodologique avec Macron. Ils sont dans la même confusion mentale, le même déni.

Ils appellent à une Corse ouverte à tous, répètent à l’envie des crédos tels que la « Corse est une formidable machine à fabriquer des Corses ». Mais sous leurs mandats la Corse a complètement changé de visage, elle est devenue une machine à défigurer l’île de Beauté et dénaturer son identité. Bien sûr les autonomistes ne sont pas la cause de tout cela, mais ils ont laissé faire, ils ont été les idiots utiles d’intérêts particuliers. Dans tout ce marigot, toute une partie de la jeunesse corse refuse la mort programmée de sa culture et de son identité. Elle se révolte et Yvan Colonna est son étendard, car il symbolise selon certains la résistance à la corruption du pouvoir et de l’argent.


[1] Antoine Albertini, Le destin maudit des gendarmes qui ont incendié la paillote corse Chez Francis, Le Monde, 19 avril 2019

[2] La rédaction, Affaire Colonna : Marine Le Pen réclame des comptes au gouvernement, corsenetinfos, 11 mars 2022

Gabriel Robin, Émeutes en Corse : « C’est maintenant au tour de l’Etat de faire un geste », L’Incorrect, 10 mars 2022

Yvan Colonna, entre la vie et la mort après avoir été très grièvement blessé en prison, n’est plus considéré comme «détenu particulièrement signalé» (DPS), annonce Matignon, Jean-Marc Morandini.com

Bonne nouvelle: ce ne sera pas Mélenchon

Ce premier tour de la présidentielle, loin d’être la réédition de 2017, comporte une foule de nouveautés. Contrairement à ce que l’on prétend, les Français, bien qu’ils votent un peu trop souvent avec leurs pieds, votent aussi avec leur cervelle, estime notre chroniqueur.


Tout d’abord, un grand merci à Yannick Jadot, Fabien Roussel et Anne Hidalgo. Ces gagne-petit de l’élection, en réalisant à eux trois plus de 8% des voix, ont empêché l’accession au second tour de Jean-Luc Mélenchon. Cela nous évitera quelques mauvaises imitations de Jean Jaurès, et l’arrivée au pouvoir d’une bande d’islamo-gauchistes et autres intersectionnels, féministes en peau de lapine (JPB, tu devrais avoir honte !), communautaristes en quête de charia, et super-pédagos dans les écoles.

Je voudrais aussi remercier les électeurs d’avoir considérablement éclairci les rangs des « grands partis », ou supposés tels. La fiction ancienne selon laquelle il existerait encore une droite et une gauche vient de s’effondrer — même si nous savions depuis lurette que c’est une fiction, et que PS et LR étaient les deux faces d’un libéralisme qui n’est même pas honteux d’accumuler des « produits financiers » en détricotant l’industrie française.

Valérie Pécresse réduite à faire la manche

Remarquons aussi que l’Europe, qui décide depuis des années à notre place, a placé son candidat en tête. Vous pensiez que c’était Macron, c’est Ursula von der Leyen — la bonne dame patronnesse qui va faire un tour à Kiev pour y montrer son brushing et expliquer aux Ukrainiens que leur blé, leur maïs et leurs terres rares l’intéressent.

Je sais bien qu’il y a ici nombre de partisans d’Eric Zemmour, qui s’illusionnaient sur la capacité de leur candidat à rassembler de façon magique sur son nom des millions de suffrages. Il a rassemblé un réservoir de voix qui devraient naturellement aller sur Marine Le Pen — à moins que les porteurs de ces voix soient aussi bornés que des écolo-communisto-socialo-mélenchoniens, ce qui n’est pas exclu.

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Plaignons tout de même Valérie Pécresse, réduite à faire la manche et à offrir sur une sébile son vieux parti aux appétits de Laurent Wauquiez, qu’elle n’a jamais pu supporter et qui va lancer une OPA sur LR, en prévision de la prochaine échéance, celle des législatives. Parce que pendant que de grands esprits, comme Estrosi et Muselier, iront réclamer leurs trente deniers — le prix de leur trahison — à Emmanuel Macron, les couteaux s’affûtent et une Chambre style Quatrième République se prépare. Parce qu’il en est des élections comme de la Coupe du Monde de foot vu par l’ancien attaquant anglais Gary Lineker (« Football is a simple game ; 22 men chase a ball for 90 minutes and at the end, the Germans always win ») : tous les partis y participent, et à la fin ce sont les grosses écuries qui se partagent le gâteau. Gageons que Marine Le Pen, qui va bien nous faire 46 ou 47% au second tour (elle a des réserves de voix, elle) ne parviendra pas à concrétiser cet énorme capital en sièges de députés — comme d’hab.

Vivement demain

N’ayez aucune illusion sur ce second tour. Le système ne tient pas à ce qu’une admiratrice des démocraties « illibérales » parvienne au pouvoir, un seul Viktor Orban lui suffit. D’ailleurs, ce même système a besoin d’immigrés pour travailler à bas prix, s’offrir des smartphones et consommer du foot — l’ouverture de la Coupe du monde, en novembre-décembre prochains, nous fera très vite oublier les dernières péripéties électorales. Avec un peu de chance on nous fera peur d’ici-là avec un variant du virus de la connerie, dont aucun masque ne peut nous protéger. 

En tout cas, les footeux nous protègeront des mouvements sociaux qui ne sauront manquer de se dérouler quand Macron aura gagné et portera l’âge de la retraite à 65 ans (en pratique, ce sera 70, si vous tenez vraiment à toucher une retraite complète, vu que l’âge d’entrée dans la vie active est aux alentours de 25 ans aujourd’hui), ou que Marine Le Pen l’aura emporté, et stimulera l’envie de manifs de tous les électeurs de Mélenchon, qui se croiront nombreux sur la simple base du fait qu’ils crient fort.

PS. Je voudrais saluer les dernières sanctions contre la Russie : la Société Générale cède pour trois roubles sa filiale russe Rosbank, achetée 4 milliards d’euros. Ou comment se tirer une balle dans le pied pour faire plaisir aux Américains et autres profiteurs de la guerre.

Les partis de gouvernement en fin de vie?

S’il est réélu, Emmanuel Macron envisage une convention citoyenne sur la fin de vie. Les partis historiques français (LR et PS) sont mourants, le premier tour l’a démontré. Analyse.


Si la Bérézina de Valérie Pécresse a surpris dimanche soir, le PS n’avait en revanche pas attendu Anne Hidalgo pour être plongé sous une sédation lente et profonde.

Quoi qu’en disent les pisse-vinaigres, la soirée du premier tour fut en réalité pleine de surprises, finalement. Les deux partis de gouvernement ont fait leur pire score de l’histoire, devancés par deux forces politiques encore nouvelles : la République en Marche (cinq ans d’existence) et Reconquête (six mois d’existence !). Enfin, le Rassemblement national, qui n’a jamais gouverné, est arrivé 2ème, et a réalisé le meilleur score de son histoire au premier tour. Alors oui, un petit retour sur cette soirée très mouvementée s’impose encore.

LR: une crise grave

La soirée du 10 avril aura donc été cauchemardesque pour le parti LR. La candidate, Valérie Pécresse, a fait moins de 5%, ce qui représente le score le plus faible pour le parti de la droite républicaine. Le parti n’est pas remboursé de ses frais de campagne, la candidate malheureuse a lancé un appel aux dons et s’est déclarée endettée personnellement à hauteur de 5 millions d’euros. Elle a déploré, amèrement : « Le vote utile nous a siphonné ». Outre ce fameux vote utile, c’est sans doute la faiblesse idéologique du programme de la candidate dans cette campagne, concurrencée par Emmanuel Macron et Éric Zemmour, qui méritera d’être questionnée. Son programme de centre-droit n’a peut-être finalement parlé qu’à des catégories aisées de Français, citadines. Valérie Pécresse a échoué à élargir sa base électorale, laquelle n’a cessé de se réduire durant la campagne. Un phénomène qui a fait fuir des centaines de cadres et militants LR chez LREM et Reconquête !, dont les députés Éric Woerth (LREM) et Guillaume Peltier (Reconquête !), ou le sénateur Sébastien Meurant (Reconquête !). 

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Éric Ciotti a été franc sur TF1, dimanche soir : « C’est une défaite historique pour l’histoire républicaine. Cette campagne n’a pas fonctionné, ni sur le fond, ni sur la forme. J’ai essayé de porter un vrai projet de droite. Ce n’est peut-être pas ce chemin qui a été suivi… » Les divisions chez les LR vont donc recommencer, d’autant que Valérie Pécresse a immédiatement appelé à voter Emmanuel Macron dimanche, ce qu’Éric Ciotti refuse pour l’instant de faire. 

Les socialistes au fond du gouffre !

Mais c’est encore pire pour le PS, dont la candidate Anne Hidalgo a fait moins de 2%, derrière Jean Lassalle (3%), candidat farfelu pourtant sans parti ! La candidate socialiste n’a pu que constater le désarroi de ses soutiens, dimanche: « Je sais combien vous êtes déçus ce soir », et promettre de participer à la « reconstruction de la gauche du réel »… Des mots bien creux, qui démontrent si c’était nécessaire l’absence de projet des socialistes, incapables de se démarquer des macronistes ou des verts. Les radicaux sont partis chez Mélenchon. Quant à ceux des progressistes qui veulent le pouvoir, ils sont déjà partis chez Macron depuis un moment. D’ores et déjà, le chef de file des députés PS, Olivier Faure, en froid avec la maire de Paris depuis quelques semaines, a appelé à la création « d’un pacte pour la justice sociale et écologique ». Les autres partis de gauche en déroute – EELV et PCF – vont-ils seulement le lire ? On peut en douter. Ségolène Royal, partie chez Jean-Luc Mélenchon, ne sera sans doute pas la première à le faire.

Les partis de gouvernement sont bels et bien en fin de vie. Droite républicaine et Parti socialiste rythmaient pourtant l’un et l’autre la vie politique depuis les années 1970 ! Aujourd’hui, c’est terminé, le choix électoral des Français s’est métamorphosé, et se polarise de plus en plus autour de figures et de mouvements qui n’avaient pas gouverné auparavant.

Une droite nationale à son plus haut depuis 2002

Marine Le Pen sort de ce second tour avec un score historique pour son parti : 23,15%. La candidate du RN a sans doute bénéficié du vote utile à droite, ce qui lui a permis de brasser plus large que les seules couches populaires. Une partie de son électorat menaçait sans doute de se diriger vers Éric Zemmour, mais il faut croire que la faible expérience du chroniqueur en politique, les craintes suscitées par la guerre en Ukraine et son manque de maîtrise de certains sujets l’ont sûrement pénalisé à la fin de cette campagne. Le candidat Reconquête !, donné à 8% dans l’ensemble des derniers sondages, sort finalement à 7,07%. 

Un score décevant, que Marion Maréchal, invitée sur le plateau de TF1 dimanche soir relativise : « Nous sommes un peu déçus, mais nous avons le premier parti de France, et sommes maintenant décidés à construire une force politique d’avenir. » Le nouveau parti se targue de posséder plus de 120 000 adhérents (plus que le RN) et de militants nombreux, jeunes et très mobilisés. Mises ensemble, les forces nationales ou “patriotes” forment à elles-seules plus de 32% de l’électorat, du jamais vu. 

Mélenchon, le dernier tour de piste?

Personne n’attendait non plus le candidat LFI avec un score aussi élevé : 22%. La campagne très dynamique de Jean-Luc Mélenchon, avec des meetings retransmis par hologrammes dans de nombreuses villes de France, et surtout son verbe remarquable, capable de soulever les foules dans toutes les classes d’âge, est sans doute à l’origine de ce score historique. 

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Pourtant, les militants LFI sont assez déçus : « Nous espérions que Mélenchon passerait au second tour, et nous sommes très déçus et inquiets que l’extrême droite soit de nouveau aux portes du pouvoir » déplore Jennifer, une militante LFI de la première heure, interrogée au micro de TF1. Exit les sociaux-démocrates du PS, désormais c’est la gauche contestataire qui est majoritaire dans le paysage à gauche ! Cette nouvelle situation laisse présager une recomposition politique importante pour les législatives, et fait craindre un troisième tour dans la rue. Yannick Jadot et Fabien Roussel, très affaiblis à la veille de ces législatives, ne peuvent raisonnablement espérer reconstituer de nouvelles forces dans l’immédiat.

En route vers un Macron II

Dans un discours d’une vingtaine de minutes, enfin, le président-candidat victorieux du premier tour avec 27,84% des suffrages, a sorti dimanche soir les propos les plus convenus, appelant au grand rassemblement « tous ceux qui veulent bâtir un monde nouveau ». Un nouveau monde ? Avec les mêmes, pourtant : Chevènement, Woerth, Raffarin, Cohn-Bendit… Le président sortant a remercié les candidats qui ont appelé à « faire barrage à l’extrême droite », et appelé à la constitution d’un « grand mouvement d’unité et d’action ». On a l’impression d’avoir entendu cela tant de fois, mais le second tour s’annonce toutefois incertain. Ifop-Fiducial donnait dès la sortie des urnes Emmanuel Macron et Marine le Pen au coude à coude pour le second tour : 51% contre 49%.

Les partis de gouvernement sont hors jeu. Le RN est normalisé. 

«L’Étranger» de Camus jette une lumière triste sur le premier tour de scrutin

Dimanche soir, arrivé en tête du premier tour de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron a parlé de « faire barrage à l’extrême droite » devant ses soutiens. L’histoire se répète inlassablement, et déjà les journaux entretiennent l’idée que le chaos est tout proche.


« L’Histoire ne se répète pas, elle bégaie », a-t-on fait dire à un certain Karl Marx alors qu’il jugeait Napoléon III à l’aune de son oncle. On pourrait aussi penser, avec Carl Gustav Jung que : « Tout ce qui ne parvient pas à la conscience revient sous forme de destin. » Les résultats du premier tour leur donnent, hélas, raison. 

En effet, voilà que nous nous apprêtons à revivre le duel pipé d’il y a cinq ans. Celui-ci opposera, cette fois encore, à notre roitelet la patronne du Rassemblement national maintenant adoucie par une fréquentation féline assidue, forte du report des voix du parti Reconquête, rebaptisé, pour l’occasion… Recroquette (!). Notre petit monarque a partagé avec l’humilité qu’on lui connaît cette nouvelle de nature à réjouir ses sujets, prenant dans l’imposture, une posture des plus christiques.

Le trésor de guerre de Mélenchon ? Pas pour Marine Le Pen

Pour ma part, d’abord comme Figaro dans Le Barbier de Séville : « fatiguée d’écrire, ennuyée de moi, dégoûtée des autres (…) », j’ai fini par me dire qu’en pareille traverse, seule convenait, j’y reviendrai, le comportement adopté par Meursault, dans L’Étranger d’Albert Camus. Pour nous Français, indéniablement : « Aujourd’hui maman est (encore) morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. »

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Mais avant de poursuivre plus avant cette réflexion, il me faut revenir sur cette mémorable soirée de dimanche, celle-là même où Jean-Luc Mélenchon, notre regretté philosophe de comices agricoles s’exprima, comme à son habitude, sentencieusement. N’hésitant du reste pas à convoquer Sisyphe pour lester son propos, il commença ainsi sa harangue en décrivant d’emblée la dure situation dans laquelle il se trouvait : « Mis au pied du mur de sa conscience, parce que c’est la condition humaine d’être confronté à des décisions dures ». Il nous gratifia ensuite d’une réplique à la Rocky Balboa : « Tant que la vie continue, le combat continue. » Enfin, il réitéra par quatre fois, d’une voix dramatique, cet ordre terrible : « Il ne faut pas donner une seule voix à Madame Le Pen. » Il se résignait là, beau joueur, à se départir du trésor de guerre constitué par ses voix au profit de notre jeune Dieu.

Quant à notre Prince, magnanime, il commença par citer tous ses adversaires défaits et demanda qu’on leur fît une ovation : « Merci de les applaudir. Nous défendons nos convictions avec force mais en respectant le choix de chacune et chacun. » C’est alors « qu’en même temps », il appela, bien sûr, à « à faire barrage à l’extrême droite. » 

Puis il fit preuve, en poursuivant une diatribe fumeuse qui réunissait les habituels contraires, de l’habileté d’un cambrioleur aguerri qui raflerait à la hâte un butin hétéroclite pour l’enfouir dans un grand sac. C’est à cette occasion qu’il affirma, précisant qu’il saurait être humble (Qui Diable pourrait bien en douter ?) : « Plus rien ne doit être comme avant. Je suis prêt à inventer quelque chose de nouveau pour rassembler les convictions diverses et les sensibilités diverses. » À ce moment-là, nous eûmes franchement peur et le poids du désespoir affaissa nos épaules.

Pour ce qui est de Marine Le Pen, force est de reconnaître qu’elle sut rester digne et nous épargna des envolées lyriques touffues à l’image de celles dont a coutume de nous gratifier généreusement notre jeune monarque.

Une bouffonne réplique

Il est temps de revenir maintenant à L’Étranger. Ce premier roman publié en 1942 appartient à ce que Camus nommera le cycle de l’absurde. Dans cette œuvre, le philosophe dresse le portrait d’un personnage étrange, nommé Meursault, rétif au jeu social. Incapable de donner ni signification ni direction à sa vie, il est condamné à mort par les hommes plus en raison de son indifférence aux conventions imposées par la société qu’à cause du crime qu’il commet. À la fin de l’œuvre, incarcéré et attendant son exécution, le héros de Camus réalise après un accès de rage contre l’aumônier qui le visite, « la tendre indifférence du monde » et la folie des hommes sacrifiant sur l’étal de leurs certitudes celui qui, parce qu’il ne sait ni mentir ni pleurer ne leur ressemble pas. C’est alors que Meursault peut enfin être en adéquation avec lui-même ; en symbiose avec un monde insensé et brutal qu’il accepte. 

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Nous sommes nombreux, à l’issue de ce premier tour, à nous sentir comme Meursault : des étrangers, face à une élection qui s’annonce comme une bouffonne réplique de la précédente. Notre Jupiter, bien rôdé, se prépare aux mêmes gesticulations absurdes et à lancer les mêmes appels rebattus au front républicain, se proposant de faire don de sa personne à la France pour lui éviter le retour des heures les plus sombres de son Histoire.

Un faux choix cornélien

Français, il nous est toujours possible, notre rage évacuée face à cette élection volée, de ne pas céder à un chantage éculé. Si nous égarions malencontreusement au second tour notre bulletin de vote, quelles qu’en soient les conséquences, notre révolte face à un premier tour lamentable serait suivie d’un sentiment salvateur et apaisant de cohérence avec nous-mêmes. Nous aurions refusé la mascarade d’un résultat orchestré. 

Peut-être devrions-nous, alors, nous laisser guider par Meursault ? Voici les propos qu’il tient à la fin du roman : « Comme si cette grande colère m’avait purgé du mal, vidé d’espoir, devant cette nuit chargée de signes et d’étoiles, je m’ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde. De l’éprouver si pareil à moi, si fraternel enfin, j’ai senti que j’avais été heureux et que je l’étais encore. » Pour faire la paix avec nous-mêmes, renonçons au choix pseudo-cornélien que veut nous imposer Emmanuel Macron, amateur, comme chacun sait, et comme l’a dit Karl Marx de l’Histoire qui bégaie…

Chez Zemmour, hier soir: “cela ne va pas assez mal pour que ça aille mieux”

Éric Zemmour a été la coqueluche, peut-être l’unique chose un peu cocasse dans la campagne présidentielle la plus terne depuis toujours. Faire un tour parmi ses militants semblait donc la chose la plus folichonne que l’on pouvait faire en ce dimanche électoral.


18h30. La Maison de la Mutualité se remplit mollement. Sans aucun tact, j’évoque auprès des militants que je croise les premières estimations que sort la presse belge. Celle-ci place leur champion Zemmour, autour de 8%, loin, très loin derrière le trio de tête. Autour de moi, les premières moues apparaissent. C’est plutôt une soirée déprimante qui s’annonce. 

La France populaire manque à l’appel

Annoncée aux alentours de 15% mi-février et paraissant en mesure d’atteindre le second tour, la candidature Zemmour a connu de sacrés couacs depuis. Sa très belle capacité de mobilisation, vue encore lors du meeting du Trocadero, a plutôt eu un effet trompe l’œil, masquant la perte de dynamique. Un militant me souffle : « le pari initial était de rassembler l’électorat LR et RN. Nous avons certes coupé l’électorat filloniste en deux mais nous n’avons pas réussi à siphonner l’électorat de Marine Le Pen. Nous n’avons pas su parler à la France populaire, celle qui ne court pas les meetings ». 

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Prévue pour marcher sur les terres d’un Rassemblement national déconfit après des régionales 2021 désastreuses, la campagne de Zemmour n’aura finalement guère affaibli celle de Marine Le Pen, dont le score est même plus fort qu’en 2017 ! Si Éric Zemmour a répété que Le Pen était incapable d’attirer à elle un électorat bourgeois, il s’est montré lui-même incapable d’attirer un électorat populaire et laborieux, pas sensible aux seules questions migratoires.

Il commence à faire horriblement chaud à la Mutualité. Les rangs se remplissent enfin. 20 heures. Les chiffres déjà connus de tous se confirment. Éric Zemmour pèse à peine un tiers du vote lepéniste. Pour les militants, présents pour la plupart quinze jours plus tôt au Trocadero, c’est la consternation. Le chiffre de 6,4% annoncé sur les télévisions à 20 heures, revu légèrement à la hausse ensuite, rappelle plus la cuvée Chevènement de 2002 que la fin de campagne de Jean-Marie Le Pen la même année… Aux yeux des militants, le vote utile et la peur de voir Jean-Luc Mélenchon au deuxième tour ont plié les jeux. Ils connaissent tous un proche, un ami, qui au dernier moment dans l’isoloir, a fini par faire le choix de Marine Le Pen.  La perspective d’un Mélenchon au second tour n’en enchante pas beaucoup ici. Ce n’est pas ici que l’on recrutera des partisans d’une grande jonction rouge-brune antisystème. En attendant, une bonne partie des partisans de Zemmour se résigne à voter Marine Le Pen au tour suivant, alors qu’une autre semble plus dubitative. Ce faible enthousiasme suscité par la candidate RN contraste avec son joli score national.

Paul-Marie Coûteaux et les jeunes

Hidalgo apparait sur les écrans, puis Mélenchon, qui fait l’effet d’un Jean Jaurès de PMU. La petite reine parisienne du Vélib et le Staline de la Canebière sont hués. L’intervention de Jadot passe en revanche inaperçue, ce qui est peut-être encore plus inquiétant pour lui, c’est un sacré handicap que de ne pas susciter la moindre passion, pas même chez ses adversaires. Déambulant dans les rangs, je croise une vieille connaissance. Dans ma tumultueuse jeunesse, en échange de livres dédicacés, j’avais adhéré au groupusculaire Rassemblement pour l’indépendance de la France animé par Paul-Marie Coûteaux, qui essayait de réunir les derniers chevènementistes et les derniers villieristes. Inélégant comme il n’est pas permis de l’être, je souligne qu’après Chevènement en 2002, Villiers en 2007, Marine Le Pen en 2012, Fillon en 2017, son poulain échoue encore une fois de plus à atteindre le second tour. Il me rappelle quand même qu’il avait fait la campagne de Chirac en 1995 et qu’il avait voté Jean-Marie Le Pen au second tour en 2002. 

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Au micro de BFM TV, l’ancien député européen se lâche. « Dès octobre, je savais qu’on ne serait pas au second tour. Dès février, je savais qu’on ne serait pas à 10%. Je l’ai engueulé tous les jours. Il y a cru jusqu’au bout ». On repense à Jean-Louis Tixier-Vignancour, convaincu d’être au deuxième tour en 1965 parce qu’il remplissait tous les jours un chapiteau de 3 000 jeunes lors de son tour de France. Tous les jours, c’étaient les mêmes jeunes qui revenaient. « Trop de jeunes. À 35 ans, on était déjà trop vieux dans l’équipe ». Sur l’immigration, l’énarque aurait aimé que Zemmour adoucisse son discours, trop radical. Paul-Marie Coûteaux ose une comparaison avec le parcours de François Bayrou, arrivé péniblement à 6% en 2002, sauvé de justesse par l’épisode de la mandale de Strasbourg, et faiseur de roi quinze ans plus tard, en se désistant pour Macron durant l’hiver 2017. Si Éric Zemmour aurait voulu faire un eagle, comme on dit au golf, réussir en un coup là où les autres en mettent trois en général pour y arriver, c’est plutôt un long apprentissage de leader d’opposition qui s’annonce pour l’ancien chroniqueur d’On n’est pas couché.

Madame 20h02 rallie Macron à 20h19

20h19. Avec 19 minutes de retard sur le pronostic de Zemmour, Valérie Pécresse annonce son soutien à Emmanuel Macron ; mais avec un stock de voix qui lui permettront à peine de négocier la Jeunesse et les Sports. Elle est copieusement huée, elle aussi. Éric Ciotti annonce qu’il ne votera pas Macron. « On a deux semaines pour attirer l’aile droite de LR vers nous », me glisse Paul-Marie Coûteaux. « Nous », c’est à la fois la candidate Le Pen et le bloc des droites en vue des législatives.

20h50. Éric Zemmour monte à l’estrade. « J’ai commis des erreurs, je les assume toutes. J’en assume l’entière responsabilité. » Les mots rappellent ceux de Jospin. Quand il dit que le mauvais score est de sa faute, l’assistance crie « non non ». Heureusement pour son public, Zemmour ne prendra pas une décision aussi définitive que l’ancien Premier ministre socialiste. Il annonce son soutien à Marine Le Pen, alors que L’Incorrect faisait état d’un coup de fil entre les deux candidats la semaine dernière et annonçait un non-ralliement du candidat de Reconquête. 

Encore douchés par l’écart entre leurs attentes et le résultat final, les militants se refont une santé à l’apéritif dinatoire à l’étage du dessus. L’un d’eux, Morgan Trintignant, qui avait participé à la toute première opération et déployé une affiche géante plein cours Mirabeau d’Aix-en-Provence en avril 2021, m’indique : « on est déçu, car seule la victoire est belle, déçu de voir que visiblement ça ne va pas assez mal pour que ça aille mieux. En revanche, on sait que nous sommes déterminés, que nous avons fait la promesse de nous battre pour ne pas disparaître ». Enfin, il cite carrément Mao Zedong : « de défaite en défaite jusqu’à la victoire finale ». 

C’est pas le tout mais il faut bien rentrer à la maison. Je fais le chemin du retour avec un chauffeur maghrébin et écris ces lignes au son de morceaux de raï et de tubes des années 90. « Zemmour, il va faire du mal à l’image de la France. Il n’a pas parlé d’économie. Marine Le Pen au moins, elle n’a pas parlé d’immigration. C’est la moins pire ». On verra dans quinze jours dans quelle mesure la campagne de Zemmour pourrait avoir été le plus formidable instrument de dédiabolisation jamais inventé.

Poutine n’a pas encore perdu

Un mois après le début de l’offensive en Ukraine, il est prématuré de conclure à une défaite de la Russie. Si son armée n’a pas progressé aussi vite que prévu, Poutine détient sur les trois fronts principaux des gages suffisants pour négocier un accord avantageux.


En Ukraine, l’Occident redécouvre à quoi ressemble la guerre sans CNN. Il faut avoir été « embedded » (« embarqué ») dans une colonne militaire en opération pour bien mesurer combien le temps médiatique n’est pas celui de la guerre. A fortiori quand CNN n’est plus là pour en façonner le récit à l’image de ses commanditaires. Sculpté pour une opinion américaine ayant signé pour des chevauchées courtes, évidemment victorieuses. Comme celles de la première guerre d’Irak, en 1990-1991, ou de la phase initiale de la seconde intervention de l’Oncle Sam au pays de la Bible et de l’or noir, en 2003. Lors de ce bis repetita, les forces terrestres de la coalition américaine alignaient 150 000 hommes, des milliers de blindés. Ils mirent vingt-deux jours, avec l’appui de la toute puissante US Air Force, pour casser les reins de l’armée de Saddam Hussein. En 2022, le théâtre de la guerre n’est plus le billard sablonneux de la plaine du Tigre et de l’Euphrate, mais l’Ukraine de la fin de l’hiver. Les axes de pénétration praticables aux blindés sont réduits. L’adversaire est autrement plus combatif. Les caméras occidentales absentes. Dès lors, l’invasion russe redevient ce que les offensives terrestres ont toujours été : une succession de périodes de déplacements, de moments d’attente et de chocs épars, d’intensité variable. Des légions romaines à aujourd’hui, ont calculé les militaires français, le rythme de déplacement moyen d’une armée à l’offensive n’a jamais dépassé 40 kilomètres par jour.

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Au Nord, l’effet de surprise n’a pas fonctionné

La vérité est, on le sait, la première victime de la guerre. La deuxième, selon les militaires, ce sont les plans. À Moscou, croient savoir les Occidentaux, quelques maîtres espions ont été limogés pour avoir un peu vite vendu à Vladimir Poutine la perspective – au nord du moins – de réitérer l’opération éclair de la Crimée en 2014 : sidérer la défense adverse et faire tomber la capitale comme un fruit mûr. Avant le déclenchement des hostilités, les mêmes Occidentaux affirmaient pourtant que les espions russes avaient noyauté toute l’Ukraine… L’audacieuse opération héliportée (200 machines volantes) sur Gostomel, l’aéroport militaire de Kiev, a coûté la vie à de nombreux parachutistes russes. Des contre-attaques terrestres ont été nécessaires pour consolider leur tête de pont. Son « exploitation » est toujours en cours de part et d’autre du Dniepr, en direction du sud. Les colonnes russes n’en finissent pas de déployer leur étau autour de la capitale. À défaut, elles fixent les forces ukrainiennes, qui ne peuvent se porter au secours des unités de l’Est, et maintiennent la pression sur Kiev. S’exposant le moins possible, elles ouvrent la voie à coup d’artillerie là où ça bloque. « Comme le plan initial n’a visiblement pas fonctionné, les généraux sont contraints de se rabattre sur l’option plus traditionnelle et plus radicale : l’emploi massif, voire indiscriminé des feux, qui limite les pertes dans leurs rangs », en déduit un haut gradé français. Dans la banlieue de Kiev, à Kharkov, à l’Est, et à Marioupol, sur la mer d’Azov, c’est indéniable. Ailleurs, les Russes continuent plutôt de retenir leurs coups, estiment, au contraire, des experts familiers de la culture politique de guerre professée dans les académies militaires russes ; la cible, ce sont les dirigeants et « nazis » ukrainiens, pas nos frères slaves, assure Poutine. Une « surprise » qui expliquerait en partie la lenteur de l’opération russe ?

Kiev, 28 mars 2022 © Clément Mahoudeau / AFP

Une armée russe confrontée à ses propres limites

Manifestement, les colonnes de blindés marqués du « Z » ont été confrontées aux aléas de toute armée de cette taille renaissant de ses cendres. Les experts pointent notamment les lacunes de la coordination des unités et des systèmes de communication. Gigantesque, la logistique d’un corps de bataille de 170 000 hommes et 1 500 chars est rendue encore plus délicate par la gestion des flux de blessés. Autour de 15 000, selon une estimation militaire française, pour 5 000 à 7 000 morts environ – les Russes revendiquaient 1 350 morts et 3 800 blessés fin mars. La subsidiarité n’étant pas le fort des officiers russes, les problèmes remonteraient beaucoup à l’échelon central, ce qui ralentirait la manœuvre générale, expliquent les connaisseurs. Un autre facteur trouble la compréhension de leur opération. L’art opératif russe, célèbre, prône la concentration des moyens et non celle des efforts, comme dans nos armées. Il s’agit de produire une poussée continue qui est censée provoquer, à un moment donné, l’effondrement de l’ennemi. La question est de savoir quand les Russes auront atteint le maximum de l’effort qu’ils peuvent produire, et si l’effet escompté aura bien lieu. L’envahisseur a déjà perdu des centaines de blindés et des dizaines d’aéronefs, notamment sous les coups des armes antichars et antiaériennes individuelles américaines. L’attaquant étant le plus exposé, il devait s’y attendre. On le sait, il n’a pas encore engagé ses moyens les plus modernes dans la bataille.

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À l’Est, les Ukrainiens vendent chèrement leur peau

L’ours russe va finir par passer, estimait mi-mars l’état-major français. À l’Est et au Sud-Ouest, son rouleau compresseur ne s’est jamais vraiment arrêté. Cette partie du pays était tenue par environ 50 000 soldats ukrainiens – le solde, près de 40 000 hommes, défendait la capitale et les points clés situés à l’ouest du Dniepr, avec le renfort de 60 000 volontaires enrôlés dans les milices et la garde nationale, dont les effectifs continuent de croître. Certains analystes pensaient que les Russes perceraient en quelques jours la ligne de front du Donbass. Les Ukrainiens y étaient encalminés depuis le début de la guerre civile en 2014, leur moral était au plus bas, ils avaient perdu l’habitude de manœuvrer. Or, ils n’ont pas fait de cadeau à leurs frères ennemis slaves et menaient encore des contre-attaques fin mars, notamment dans la région de Kherson et de Nikolaïev. Ils ont été galvanisés par la stature de héros de Zelensky et les promesses de l’Occident. S’ajoute l’effet des unités politisées comme le bataillon Azov (15 000 hommes), acculé dans Marioupol, ou le bataillon Aïdar, retranché à Kharkov. Créatures de la CIA, qui s’est appuyée sur eux pour orchestrer la révolution de Maïdan, à Kiev, en 2013, ces paramilitaires cultivent une filiation avec les Ukrainiens ayant combattu jusqu’à la mort en Russie dans les rangs de la Waffen SS pendant la Seconde Guerre mondiale. Enfin – et surtout –, le front de l’Est a été le principal bénéficiaire du flot d’armes et de munitions déversé par les États-Unis dans le pays en 2020 et 2021. Dès le début des combats, les Ukrainiens ont pu, de surcroît, compter sur de précieux renseignements américains d’origine satellitaire et électronique. Leur résistance accrédite a posteriori ce que dit aujourd’hui Poutine pour justifier son intervention : Kiev préparait une offensive sur le Donbass pour le printemps ; le maître du Kremlin serait intervenu avant que « l’ennemi » ne devienne trop fort.

Les Russes sont en passe de contrôler l’Ukraine utile

Un mois après le 24 février, cependant, le corps de bataille ukrainien à l’est est coupé de l’état-major central, dont les moyens de coordination ont été neutralisés par les frappes précises des missiles russes dans tout le pays – Zelensky a récemment limogé l’un de ses chefs pour incapacité à organiser la résistance. Fin mars, il était en passe d’être bloqué à l’est du Dniepr par la tenaille russe. Le flux de l’aide occidentale lui arrivait au compte-gouttes par la route alors que l’intensité des combats demeurait très forte. S’il ne réussit pas à traverser le fleuve à temps, son sort semble scellé. Fidèles leur tactique, les Russes ont percé leurs lignes à plusieurs endroits dans la profondeur, sans s’attarder à conquérir des villes sans intérêt militaire. À Melitopol, Berdiansk ou Kherson, tombées sans véritables combats, les populations vont-elles leur donner maintenant du fil à retordre ? La propagande ukrainienne y relaie des manifs des antirusses. Il est difficile d’évaluer leur poids réel. Dans les grands centres, comme Kharkov ou Marioupol, les défenseurs ont clairement instrumentalisé les habitants. À Marioupol, ils ont fait capoter les offres russes de cessez-le-feu et de couloirs humanitaires qui se sont matérialisés au fur et à mesure de l’avance de ces derniers. Certes, l’armée de Poutine est bien l’agresseur – et elle fait le « sale boulot », comme disent les Américains –, mais partout dans le pays, celle de Zelensky n’hésite pas à s’imbriquer aussi avec les civils, lâchent ceux qui savent, pour conduire les Russes à la faute.

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Au final, les Russes ont déjà investi 100 à 150 000 kilomètres carrés de l’Ukraine. Ils ont réalisé la jonction entre les républiques autoproclamées du Donbass et la Crimée. Ils contrôlent les points clés de la majorité du pays « utile » : l’Est sidérurgique, les ports sur la mer d’Azov et la mer Noire, à l’exception d’Odessa, la rive gauche du delta céréalier du Dniepr. Sur la rive droite, leurs éléments de tête se sont enfoncés à plus de 150 kilomètres au nord de Nikolaïev, depuis Voznessensk, à l’ouest, et jusqu’à Kryvi, à l’est, qui commande la route de Dnipro, principal point de franchissement du fleuve dans la région, dont ils préparent l’assaut par des bombardements intensifs de ses approches, pour fermer leur nasse. À l’arrière, ils ont transformé en « chaudrons » (les « Katiols » de la Seconde Guerre mondiale) les carrefours de communication et les poches auxquels s’accrochent les Ukrainiens : Izium, entre Kharkov et Donetsk, tombée fin mars, libérant la voie vers les bastions fortifiés de Kramatorsk et Sloviansk, et Dnipro ; Marioupol, quasiment conquise ; Nikolaïev, le verrou d’Odessa, où les forces ukrainiennes tenaient bon.

Et maintenant ? La négociation ou l’enlisement

À Versailles, mi-mars, Emmanuel Macron, le président de l’Union européenne, a annoncé le doublement des crédits (de 450 millions à 1 milliard d’euros) au profit des capitales approvisionnant les Ukrainiens en armes. Pour ne pas être en reste, Washington a mis un milliard de dollars supplémentaire sur la table. Le bilan provisoire des livraisons depuis le début de la guerre est impressionnant. Plus de 30 000 missiles antichars et 10 000 missiles sol-air portables, des centaines de canons et de mitrailleuses, des milliers de munitions, sans oublier les drones, les systèmes de communication et le renseignement. De quoi armer tout un peuple, si ce matériel parvient dans les temps à ses bons destinataires. De quoi créer les conditions d’un débordement incontrôlé du conflit, et un énorme appel d’air pour les « résistants », mafieux et terroristes du monde entier ; l’inquiétude est forte dans les états-majors occidentaux. En réaction, Moscou leur a envoyé un nouveau signal stratégique en tirant une demi-douzaine de missiles hypersoniques « Kinjal » contre des bases de l’ouest de l’Ukraine accueillant des « volontaires étrangers ou d’importants dépôts de matériel. Attention messieurs les Occidentaux, prévient Poutine, ne franchissez pas les limites d’un engagement direct dans le conflit.

Pendant ce temps, sur la scène internationale, Volodymyr Zelensky, le porte-étendard de la nouvelle nation ukrainienne unie, harangue ses soutiens pour qu’ils étranglent complètement l’ours russe. Mais depuis la mi-mars, ses envoyés spéciaux négocient avec la Russie les termes d’un cessez-le-feu. Nul ne sait encore combien de temps pourrait durer cette partie de « poker menteur », résume une bonne source. Fin mars, Moscou déclarait avoir atteint ses objectifs et se concentrer désormais sur la libération des territoires de l’Est, tandis qu’à Varsovie Joe Biden criait presque victoire et appelait à une destitution de Poutine.

La guerre venait d’entrer dans une nouvelle étape. S’ouvrait un nouvel inconnu stratégique. Et à l’Ouest, les experts commençaient à évoquer la perspective de la survenue d’une crise économique pire que celle de 2008.

Inexorable

Dans son dernier film, Vortex, le réalisateur Gaspar Noé fait une nouvelle fois preuve d’une grande finesse et intelligence cinématographique. Il filme la maladie d’Alzheimer sans que jamais le nom de la maladie ne soit prononcé. Un film glauque, en salles mercredi prochain.


Vortex ? Selon le dictionnaire « vortex » est un terme didactique de genre masculin, désignant un « tourbillon qui se produit dans un fluide en écoulement ». Soit, en océanographie, ce qu’on appelle un «gyre» : un « tourbillon marin à l’échelle d’un bassin océanique, formé par la réunion d’un ensemble de courants » – je recopie la définition.

La mauvaise réputation

Ce mot qui sonne bien fournit son titre au dernier film de Gaspar Noé, cinéaste à la réputation si sulfureuse que chaque nouvel opus du réalisateur passe pour une provocation. C’est là une grave erreur d’appréciation : Gaspar Noé ne travaille qu’à l’instinct, aux tripes. De fait, si Vortex s’ouvre dans la fausse douceur d’un clip de la jeune Françoise Hardy, sur les paroles magnifiques de Cécile Caulier et Jacques Lacome : « Croit celui qui peut croire/ moi j’ai besoin d’espoir/ sinon je ne suis rien/ou bien si peu de choses/ C’est mon amie la rose/ qui l’a dit hier matin » –  c’est pour s’extraire illico de la romance.

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Vous vous souvenez du film Irréversible, il y a 20 ans ? À la vérité, ce pourrait être le nom de chacun des longs métrages de Gaspar Noé. Dédié, en épigraphe, « à tous ceux dont le cerveau se décomposera avant le cœur », Vortex ne nommera nulle part son sujet de façon explicite : la maladie d’Alzheimer, dont a souffert sa mère avant de s’éteindre. Lui-même atteint fin 2019 d’une hémorragie cérébrale, il a traversé la pandémie en convalescent, riverain de l’Achéron…  A Cannes en 2021, Vortex était « vendu » à la critique sous un slogan acide : « la vie est une courte fête qui sera vite oubliée ». Après Amour (Haneke) et The Father (Florian Zeller), voilà donc une nouvelle variation sur la fatalité du grand âge et ses séquelles.

Wild Bunch

Une fois de plus, Gaspar Noé s’attaque frontalement à l’expérience, y tramant une expérience-limite de cinéma. Ainsi, pour décrire la décomposition mentale d’une ancienne psy frappée d’aphasie, en couple avec un vieux critique du septième art travaillant avec peine à un essai sur le rêve, couple dont le fils, technicien de plateau en situation précaire demeure manifestement vulnérable à une ancienne addiction aux stupéfiants qui lui a valu quelques séjours en asile psychiatrique, le réalisateur opte pour un parti pris formel radical : le split-screen, de part en part.

Split-screen

Sur l’écran scindé en deux, donc, il instruit un huis-clos étouffant dans un appartement parisien envahi de livres et de reliques.

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Pour camper ses trois personnages, Noé a choisi deux figures de légende : dans le rôle du mari, Dario Argento, le pape octogénaire du « giallo » (ce genre 100% transalpin, à la croisée du film d’horreur et du film érotique), dont on a découvert à Berlin cette année l’ultime opus, Occiali neri (le maître n’avait plus rien tourné depuis dix ans !). Dans le rôle de l’épouse, une légende vivante : Françoise Lebrun, l’héroïne de La maman et la putain (1973), incunable en noir et blanc signé Jean Eustache. Et dans le rôle du fils, le réalisateur-comédien Alex Lutz, pour le coup dans un contre-emploi total, convainquant contre toute attente. À noter, au cœur du film, ces citations en abyme (car le critique d’âge canonique visionne sur petit écran ses classiques) : extraits de Solaris, de Tarkovski, ou encore tel plan serré sur une légion de crabes invasifs, tiré de Océans, le docu de Jacques Perrin – Ô cinéphilie! Ajoutons que, dixit Gaspar Noé, le scénario tenait en dix pages, et que tous les dialogues ont été improvisés – performance supplémentaire, d’une admirable virtuosité. Pour le spectateur –  et à n’en pas douter c’était bien l’intention de Gaspar Noé – , Vortex reste une épreuve. Non tant par la violence de l’image, comme c’était le cas dans Carne, Seul contre tous ou Climax, que par l’atroce pesanteur qui pèse sur ces existences parvenues à leur terme : ce qui s’appelle l’inexorable. 


Pourquoi on peut dire merci à Éric Zemmour

Une tribune libre d’Aurélien Marq


Il y a un an, nous pensions tous que le résultat du premier tour de ces élections serait exactement ce qu’il est : un face à face entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, avec Jean-Luc Mélenchon sur la troisième marche du podium !

Cher Éric Zemmour, n’ayez pas de regrets. Un temps, nous avons retrouvé l’envie d’espérer, même si la déception est douloureuse. Mais la situation aujourd’hui n’est pas pire que ce que nous anticipions à l’époque. Elle est même, en réalité, bien meilleure, grâce à vous.

Merci d’avoir imposé dans le débat politique des vérités trop longtemps niées : le grand remplacement et le grand déclassement, l’idée de la remigration des clandestins et des délinquants étrangers, la différence entre les musulmans et l’islam, mais l’identité de fait entre l’islamisme et l’islam – vous auriez dû, je crois, préciser « l’islam sunnite des 4 madhhabs orthodoxes », mais toutes les personnes de bonne foi ont compris.

Merci pour l’enthousiasme : nous sommes une minorité, mais nous avons la ferveur. Nous sommes une minorité, mais nous sommes la voix de tous ceux à qui la bien-pensance impose de se taire depuis des décennies. Nous sommes une minorité, mais il y a un an beaucoup d’entre nous pensaient être seuls, et nous avons découvert que nous sommes des millions.

Merci d’avoir condamné sans aucune ambiguïté le groupuscule des « Zouaves Paris ».

Merci d’avoir inlassablement appelé à l’assimilation : mon frère d’armes est mon frère, même s’il n’est pas mon frère de sang.

Merci de nous pardonner si, dans les prochains jours, la déception nous rend amers ou démotivés. Et merci de nous rappeler à l’ordre et de nous interdire de nous abandonner à l’amertume ou au « à quoi bon ? »

Merci d’avoir soutenu Mila, même en sachant qu’elle vous rejetait. C’est ça, défendre la liberté d’expression.

Merci pour Patrick Jardin.

Merci pour Évelyne, la mère de Julien Vinson.

Merci pour Gérald et Évelyne Cohen. Ils n’ont pas encore obtenu justice pour leur fils, mais sans vous, ils n’auraient même pas pu la demander. Merci d’avoir rappelé à la jeunesse de France que Jérémie était son frère. Merci pour cette minute de silence. 

La place de Reconquête pourrait demain être déterminante

Que se passera-t-il demain ? J’aimerais une victoire de Marine Le Pen, puis aux législatives une alliance des droites – Eric Ciotti et le courant qu’il incarne, le Rassemblement National, Debout la France et Reconquête – emportant la majorité à l’Assemblée, Reconquête y pesant assez pour que son rôle soit déterminant. Nous devons y croire et œuvrer en ce sens. Mais pardonnez-moi, ce soir, un certain pessimisme. Et d’envisager le pire, pour nous y préparer.

Alors imaginons la réélection d’Emmanuel Macron, et un électorat confirmant sa répartition en trois tiers : un bloc de gauche souhaitant démolir la France (la gauche souverainiste ayant, de facto, disparu des urnes), un bloc de centrisme autoritaire souhaitant dissoudre la France, un bloc de droite souhaitant que la France reste la France. Hélas, les deux premiers ont en commun le choix du multiculturalisme, et feront donc alliance contre la droite pour que la France devienne, inéluctablement et sans doute irréversiblement, multiculturelle. Je n’insisterai pas sur le rêve de « créolisation » de Mélenchon. Dans une tribune saluée – ce n’est pas un hasard – par le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Emmanuel Macron déclare : « La loi française parle d’assimilation, qui dit que vous arrivez d’un autre pays, vous voulez devenir Français et donc vous êtes assimilés, complètement digéré. Moi je préfère le concept d’intégration. »

Le multiculturalisme, c’est une France archipelisée, une France américanisée, une France qui ne sera plus ce que nous appelons « France » mais un territoire dont des communautés rivales se disputeront les espaces et les richesses, un territoire sans aucun sens du bien commun, puisqu’il n’y aura plus de commun. La fin de la République, la fin de la vraie laïcité, la fin de la souveraineté populaire – sous le regard gourmand de l’UE et de l’OTAN, Macron injurie les peuples qui affirment leur souveraineté et il veut les punir : c’est le cas des Polonais, c’est le cas des Hongrois. Ce sera l’heure des suzerainetés des bandes tribales (le vote Mélenchon) et des seigneurs de la guerre économique (le vote Macron), avec la bénédiction des technocrates et des maîtres-censeurs.

Les Français au sens que, d’après Malraux, De Gaulle donnait à ce mot : « ceux qui veulent que la France ne meure pas », ces Français – de toutes origines – ne seront plus qu’une communauté parmi d’autres dans l’espace géographique « France ». Ils devront alors et de toute urgence en prendre acte, pour mieux comprendre qu’ils seront, malgré tout, la plus nombreuse et la plus puissante de ces communautés. Ils devront apprendre à se penser ainsi, à s’organiser ainsi, pour défendre leurs intérêts mais aussi autre chose : l’héritage de notre culture et, plus encore, de notre civilisation. 

Zemmour ne dit pas aux Français ce qu’ils veulent entendre

Si Emmanuel Macron est réélu et n’est pas contraint à une cohabitation après les législatives, il continuera le démantèlement méthodique de l’État, dégradera encore les services publics hérités du Conseil National de la Résistance, afin de faire d’un maximum de gens la clientèle captive d’opérateurs privés auxquels, de fait, il vend l’État à la découpe – McKinsey n’est que le symbole d’une démarche beaucoup plus générale.

Il y aura des crises, et des contestations sociales en elles-mêmes légitimes, mais qui seront – l’expérience des gilets jaunes le prouve – infiltrées et corrompues par l’extrême-gauche, et Macron dira : « moi ou le chaos ». Il faudra offrir à ces contestations une manière de s’exprimer qui ne dresse pas le peuple et les forces de l’ordre les uns contre les autres : seuls les prédateurs, en col blanc ou en qami, sortiraient gagnants d’un tel divorce.

Les victimes de la « disruption » macronienne auront besoin de vous. Quelqu’un qui ne leur a jamais menti. Quelqu’un qui leur a dit non pas ce qu’ils voulaient entendre, mais ce qu’ils devaient entendre. Un jour, ils écouteront.

Et le plus important, sans doute. La jeunesse de France est massivement endoctrinée. Nos enfants sont soumis, quotidiennement, à la propagande dite « progressiste », qui est la négation de tout progrès. L’histoire est réécrite, remplacée par une fable « inclusive » et surtout imprégnée de racisme anti-Blancs, c’est le triomphe des subjectivités, de l’arbitraire plutôt que la quête du vrai, des susceptibilités exacerbées de toutes les minorités vagissantes, et de la volonté méthodique de dévaloriser la civilisation européenne. Ce sont les programmes scolaires et les manuels que dénonçait Souâd Ayada. C’est le wokisme (et pas seulement le transactivisme) qui triomphe chez Disney, à Hollywood, dans les productions Netflix. C’est l’effondrement du niveau scolaire, et la réécriture « politiquement correcte » des livres (les classiques de la Bibliothèque Verte, par exemple).

Nous devons aux enfants de France – mais pas seulement à eux, à tous les enfants, d’où qu’ils soient – de mener la bataille culturelle, pied à pied, chaque jour, partout, contre l’endoctrinement, pour leur enseigner à la fois la pluralité des idées et la quête de la vérité, à la fois la rigueur de l’apprentissage et la liberté de penser, de douter, de questionner. Qu’on peut rêver d’être un héros, et pas seulement du dernier I-phone ou d’une Rolex. Que Reconquête et les éditions Rubempré mettent à la disposition de tous des manuels, des fiches thématiques, des recueils d’exercices, des essais, des romans, des films, des listes d’ouvrages de référence, qui élèvent le niveau et ne soient pas du poison pour l’esprit et pour l’âme !

Pour ce combat, peut-être le plus crucial qui soit, nos enfants auront besoin de vous.

Je sais que vous ne les abandonnerez pas. Et pour ça aussi, merci.

Macron: ça se bouscule au portillon!

Ils viennent du PS, des LR, du Printemps républicain ou d’ailleurs. Emmanuel Macron ne compte plus ces ralliements qui ont le mérite d’affaiblir ses adversaires. Mais ces pique-assiettes électoraux pourraient bien être ses futurs frondeurs.


Les défections dans l’entourage d’Anne Hidalgo et de Valérie Pécresse ont affaibli les deux candidates – elles terminaient hier soir au premier tour à moins de 2% pour la première, et moins de 5% pour la seconde – sans changer fondamentalement la donne pour le président, ultra favori à sa propre succession. Les ralliements et débauchages constatés ces derniers jours visent sans doute davantage à préparer des législatives qui s’annoncent très compliquées pour la majorité présidentielle.

L’ancien ministre Jean-Pierre Chevènement et le maire de Dijon François Rebsamen côté PS, la maire de Calais Natacha Bouchart, la présidente de la métropole d’Aix-Marseille Martine Vassal, le président de la commission des finances de l’Assemblée nationale Éric Woerth, côté LR ; le président ex-LR de la région PACA Renaud Muselier, Amine El Khatmi et Gilles Clavreul, du Printemps républicain… Il ne s’est pas passé une semaine cet hiver sans qu’un élu ou une personnalité d’envergure se rallie à Emmanuel Macron. Et ça fait mal.

Socialistes et LR opportunistes rallient Macron

L’entourage de Valérie Pécresse a tenté de minimiser la défection d’Éric Woerth, « parlementaire en fin de carrière », selon le mot aimable du président des Républicains, Christian Jacob. En réalité, le départ de Woerth accable la candidate LR. Christian Jacob le sait.

Idem au PS, où François Rebsamen n’est pas le premier venu. Il a été ministre du Travail (2014-2015) et numéro deux du parti pendant dix ans (1997-2008). Sa défection a plombé encore un peu plus Anne Hidalgo, mais quel est le gain pour Emmanuel Macron ? À 2,5 % d’intentions de vote, la maire de Paris n’était plus dans la course. Le ralliement d’un ou plusieurs éléphants socialistes restera sans grande conséquence sur la présidentielle.

En ce qui concerne les législatives, c’est différent. Connu de tous dans son fief de Côte-d’Or, le maire de Dijon apporte à LREM ce qui lui manque cruellement, de la notoriété ciblée et de l’implantation locale. « La majorité présidentielle s’attend à perdre du terrain et elle a besoin de candidats crédibles pour éviter la débâcle, décrypte un ex-Marcheur. En face, l’opposition n’est pas morte. Le PS vaut plus que les 2,5 % d’intentions de vote d’Hidalgo. Il part avec l’intention de garder ses 28 circonscriptions, voire d’en gagner quelques-unes. »

Idem à LR. Certes, Valérie Pécresse a fait une campagne décevante, soutenue par un parti tiraillé entre ceux qui regardent vers Éric Zemmour et ceux qui lorgnent vers Emmanuel Macron. Le député sarkozyste de l’Yonne Guillaume Larrivé a même appelé le 22 mars dans Le Point à « construire une nouvelle majorité » avec les macronistes en cas d’élimination de Valérie Pécresse au premier tour. Un appel au secours, le geste désespéré d’un élu voyant arriver le naufrage ? Pas forcément. Les Républicains tiennent 45 départements sur 94. Ils en ont remporté sept en 2021. Ils sont moins nombreux, mais plus expérimentés que les marcheurs. La construction de la « nouvelle majorité » que Guillaume Larrivé appelle de ses voeux pourrait se transformer en piège pour les macronistes. L’arrivée de quelques dizaines de cadors LR risquerait fort de tourner à la prise de contrôle d’Ensemble citoyens !, la coalition lancée en novembre dernier pour regrouper les formations qui soutiennent le président sortant.

Or, à ce stade, pour construire une majorité à l’Assemblée, les macronistes cherchent des alliés de sensibilités différentes en fonction des circonscriptions. À Dijon, il s’agit de travailler avec le centre gauche pour battre la droite ; en PACA, il faut se marier avec le centre droit pour battre le RN ; à Paris, on s’orienterait aussi vers un rapprochement avec le centre droit, mais pour battre la gauche et les écologistes ! Les marcheurs tiennent deux circonscriptions parisiennes sur trois (13 sur 18 exactement). En garder la moitié serait un soulagement. Pour y arriver, il faut pencher à droite dans l’Ouest parisien et à gauche dans l’Est. Compliqué.

Exercice délicat également dans le Vaucluse. LREM a deux députés dans le département, qui compte cinq circonscriptions au total. Ils étaient tous les deux suppléants en 2017. L’un penche à droite et l’autre à gauche ! Le marcheur de droite est Adrien Morenas, suppléant de Brune Poirson, élue d’un cheveu face au RN (50,67 %). Devenue secrétaire d’État, elle lui a très vite cédé son siège. Au fil de son mandat, Morenas a amélioré ses relations avec son voisin LR, le député Julien Aubert. Il s’est attaché à défendre les intérêts des agriculteurs de sa circonscription, sans envolée lyrique contre l’extrême droite, appelant à une immigration « encadrée ». Principe de réalité…

Dans la première circonscription, en revanche, celle d’Avignon, la députée LREM en fait des tonnes à gauche ! Souad Zitouni était la suppléante de Jean-François Cesarini, qui l’avait emporté face au RN au second tour en 2017, grâce à des reports de voix Insoumis. Il est décédé en 2020. Sa suppléante tape sur Éric Zemmour, sans garantie. Les enquêtes d’opinion montrent que les électeurs de Jean-Luc Mélenchon ne se reporteront massivement vers les candidats estampillés majorité présidentielle dans aucun cas de figure. « Faire barrage au RN », ils ont déjà donné.

En définitive, à l’échelle du pays, il n’y a pas beaucoup de circonscriptions où les Marcheurs peuvent regarder les législatives avec sérénité. Compter sur des triangulaires ne serait guère raisonnable, car il faut 12,5 % des inscrits, et non des votants, pour pouvoir se maintenir. Avec une abstention que les sondages annoncent élevée, la barre sera difficile à franchir. En 2017, il n’y a eu qu’une seule triangulaire, sur 577 scrutins locaux !

Les durées leçons du quinquennat pour la majorité

La situation est compliquée même en Bretagne, région qui a voté le plus massivement en 2017 pour Emmanuel Macron. LREM avait raflé 21 députés sur 27, dont huit sur huit dans le Finistère, département de Richard Ferrand. Le problème est que ce dernier, comme tant d’autres, a été élu par un quart des électeurs seulement. L’actuel président de l’Assemblée a gagné au second tour avec 56 % des suffrages et 48 % de votes exprimés. Autrement dit, sur 89 000 inscrits dans sa circonscription (la 6e), Richard Ferrand en a convaincu un peu moins de 21 000… Et c’était le sommet de la vague LREM ! Aux régionales de 2021, qui correspondent au contraire à un gros creux, le parti présidentiel était devancé en Bretagne par le PS, LR et les écologistes. À 14,7 % des voix, il était talonné par le RN (13,2 %), dans une région qui n’a pourtant jamais été favorable à la maison Le Pen. « Le postulat selon lequel les électeurs donnent logiquement à un président fraîchement élu des députés pour gouverner ne se vérifie pas toujours, rappelle un élu PS breton. En 1988, les Français ont réélu François Mitterrand mais nous, au PS, nous n’avons pas obtenu la majorité absolue à l’Assemblée. »

Qu’en sera-t-il cette année, difficile à dire. Il y avait 314 députés Marcheurs en 2017. Entre les exclusions et les défections, leur nombre s’est réduit significativement au fil de la mandature. Ils sont désormais 267. C’est une évaporation inédite sous la Ve République. Parmi ceux qui sont restés dans le groupe, une cinquantaine a annoncé son intention de ne pas se représenter. Quant aux autres… Il y a actuellement une grande opacité sur les investitures au sein d’Ensemble citoyens ! mais une chose est sûre : les erreurs de casting ont été trop nombreuses pour que quiconque ait envie de parier à nouveau sur une armée de bizuths. Certaines de ces erreurs ont eu des conséquences spectaculaires, comme en témoignent les déclarations de Martine Wonner, députée du Bas-Rhin, exclue du groupe en 2020 suite à des prises de position détonantes sur la gestion de la crise du Covid.

D’autres ont été plus discrets, ce qui ne les a pas empêchés de savonner activement la planche à la majorité présidentielle dans leur circonscription. Jennifer de Temmerman, députée du Nord, a rejoint une liste d’union de la gauche aux régionales de 2021. Rarement interrogée par la presse nationale, elle ne rate jamais une occasion de dire tout le mal qu’elle pense de la Macronie dans La Voix du Nord et L’Indicateur des Flandres

Autre souci, des néodéputés LREM ont fait leur mandat jusqu’au bout au sein du groupe, souvent avec sérieux, mais sans réussir à percer politiquement, s’enfermant dans un anonymat dramatique. Le cas le plus ahurissant est Laurent Saint-Martin, candidat LREM à la présidence de la région Île-de-France en 2021. Il faisait figure d’inconnu dans le scrutin, alors qu’il était député du Val-de-Marne depuis quatre ans déjà ! Mais est-ce de sa faute ? À force de ne laisser aucun espace politique à ses députés, la majorité présidentielle a raté son implantation locale. 22 députés LREM se présentaient aux municipales en 2022, un seul a gagné (Olivier Gaillard, à Sauve, Gard, 1 900 habitants). La leçon était douloureuse et elle a été bien apprise. Plus personne, à Ensemble citoyens ! ne prend le pari que les électeurs voteront pour des inconnus comme ils l’ont fait il y a cinq ans, en se fiant à une étiquette. Cette fois, il faudra des têtes d’affiche. Vous trouvez qu’il y a beaucoup de ralliements à Emmanuel Macron ? Il n’est peut-être pas du même avis.

Les mystères du premier tour

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Le “vote utile” est invoqué pour expliquer les scores si élevés d’Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon et même de Marine Le Pen. À droite, Valérie Pécresse et dans une moindre mesure Éric Zemmour en font les frais.


Le résultat du premier tour de l’élection présidentielle, succès inespéré pour les uns (Macron, Le Pen, Mélenchon), déception amère pour d’autres (Zemmour, Pécresse), illustre d’abord une nouvelle loi des processus électoraux : les tendances qui s’expriment dans la dernière phase de la campagne s’exacerbent et vont à leur terme le jour du vote.

Emmanuel Macron, dont la cote resta longtemps bloquée dans les sondages autour de 23%, a ainsi fini à plus de 27%, sans doute à cause de la guerre en Ukraine. Encore plus surprenant, le résultat de Jean-Luc Mélenchon. Qui eut cru qu’il finirait à plus de 21% ? Il faut y voir la conjugaison de deux phénomènes : le rejet, souvent violent, du président sortant dans l’électorat de gauche et le souci du “vote utile” encore plus marqué à gauche qu’à droite. Poutou, Arthaud, Hidalgo et même Jadot et Roussel ne pouvaient faire mieux que ce qu’ils ont fait. L’électorat devient binaire.

Pécresse et Zemmour font les frais du “vote utile”

Le corollaire de ce phénomène émergeant et surprenant, non dans son principe mais dans sa force, est la chute, elle aussi anticipée dans les dernières tendances, d’Éric Zemmour et Valérie Pécresse.

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Le piteux résultat de Mesdames Hidalgo et Pécresse, candidates des deux partis qui ont si longtemps dominé la scène française, pourrait bien marquer la fin d’une époque et le début d’une autre dont les contours sont encore difficiles à discerner.

Aucun sondage n’avait donné Marine Le Pen aussi haut que ses 23,4 % finaux. Elle faisait en début de campagne jeu égal avec Eric Zemmour autour de 15-17%. Puis, à environ deux semaines du premier tour, sa cote dans les sondages s’est envolée. Joua, là aussi, le mécanisme du “vote utile”, qui nous a certes heureusement évité un second tour Macron-Mélenchon, mais qui n’est peut-être pas la meilleure manière de désigner ni le meilleur candidat au second tour ni surtout le plus apte à gouverner la France. Comme une balance peut hésiter quelque temps avant de pencher de manière définitive d’un côté ou de l’autre, dès lors que l’avantage de Marine Le Pen a paru irréversible, l’électorat d’Éric Zemmour s’est réduit au minimum où il a fini.

Un second tour ouvert

Il reste très curieux que ce basculement sans retour de la droite forte se soit produit en même temps que la plongée de Pécresse, partie, elle aussi, bien plus haut dans les sondages que son résultat final. Y a-t-il un lien entre les deux ? On peut effectivement se le demander. Il n’y a a priori pas de lien direct : ni par la sociologie, ni par la psychologie, ces deux électorats ne sont fongibles. La préférence des femmes pour une autre femme peut-il avoir joué ?

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Une autre grille de lecture serait que des décisionnaires puissants (qui ne sont pas pour autant des comploteurs) aient pensé, dès qu’elle a été désignée, que Valérie Pécresse pourrait être une solution de rechange par rapport à Macron dont tout le monde sentait l’usure. Déçus à leur tour par la chute de Pécresse, les mêmes auraient pu se dire que Marine Le Pen qui avait tout fait pour devenir politiquement correcte, pourrait, avec un entourage adéquat, être aussi une solution de rechange acceptable. Il ne leur restait qu’à organiser par des canaux invisibles, en partie par la bouche à oreille, la montée de Marine Le Pen et la chute d’Eric Zemmour, tombé bas par l’effet inexorables de ces mécanismes , malgré une brillante campagne.

Reste, enfin, que selon un sondage récent, 66% des Français veulent changer de président, chiffre qui correspond bien davantage au vécu que le résultat brut des urnes hier. Et que c’est l’extrême gauche, qui approche les 30% en comptant les écologistes, qui, le cas échéant par l’abstention, pourrait bien arbitrer le second tour…

Pourquoi certains Corses s’indignent autant de la mort d’Yvan Colonna

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Funérailles d'Yvan Colonna à Cargese, 25 mars 2022 © Fanny HAMARD/SIPA

L’émotion et la colère suscitées par l’assassinat d’Yvan Colonna sont insuffisamment contextualisées par les médias, de sorte qu’il est difficile d’en comprendre les raisons. Analyse.


En effet, la Corse vit actuellement un déclassement et un changement de sa population d’une ampleur sans précédent dans l’Europe moderne qui menacent jusqu’à son identité même.

En 1998, l’assassinat du préfet Érignac provoque une émotion considérable et une profonde désapprobation dans l’île. Le gouvernement, au lieu de profiter de ce rare moment d’union nationale, va instaurer un climat répressif. Toute personne pouvant avoir le moindre lien avec l’affaire est arrêtée, un véritable régime d’exception va être mis en place. Le nouveau préfet d’alors va aller jusqu’à ordonner à des gendarmes de se faire passer pour des indépendantistes et brûler un restaurant en bord de mer.[1] Des Corses vont rester mis en examen pendant des années, bien qu’ils n’aient rien à voir avec l’affaire. Près de 1% des Corses seront interpellés. Rapporté au continent, cela ferait plus d’un demi-million de Français interpellés.

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Les erreurs de Sarkozy

En 2003, Nicolas Sarkozy alors ministre de l’Intérieur, en pleine reconquête de l’électorat de droite et se préparant à la présidentielle de 2007, annonce en public : « La police française vient d’arrêter Yvan Colonna, l’assassin du préfet Érignac ». Alors qu’aucun procès d’Yvan Colonna n’avait encore eu lieu, un ministre de l’Intérieur et futur président de la République désigne un homme à la vindicte populaire. Cette atteinte à la présomption d’innocence ne pouvait qu’avoir de lourdes conséquences sur la fiabilité des témoignages des policiers et les comportements des magistrats. Une forme de feu vert tacite qui peut avoir l’effet délétère d’influencer le comportement de certains fonctionnaires. Comment imaginer qu’un homme tel que Nicolas Sarkozy ne fasse pas tout son possible pour empêcher qu’en pleine campagne électorale il soit dédit ? Les trois procès d’Yvan Colonna, qui a clamé son innocence sans relâche, ont révélé surtout l’absence de preuves matérielles de sa culpabilité. Les condamnations d’Yvan Colonna sont fondées sur les témoignages des membres du commando responsable de l’assassinat du préfet Érignac et sur l’intime conviction des policiers qui ont enquêté sur lui. Mais les membres du commando ont manifestement menti et les policiers étaient sous l’influence de leur hiérarchie. Fin mai 1999, la moitié des personnes responsables de l’assassinat ignoble et inhumain du préfet Érignac à Ajaccio, sont arrêtées.

Il faut se rappeler qu’à l’époque les policiers sont sous une énorme pression du gouvernement qui veut des résultats à tout prix. En 24 heures, procédant à l’intimidation des suspects, qui étaient sous la menace de ne plus voir leurs enfants que derrière un parloir de prison, les enquêteurs obtiennent les aveux nécessaires. Yvan Colonna est désigné par les gardés à vue et leurs épouses comme 3ème membre du commando. Outre qu’ils retireront toutes leurs accusations, une fois libres, leurs témoignages obtenus sous pression ne se corroborent pas – à tel point qu’ils démontrent que les personnes désignant Yvan Colonna comme membre du commando ont toutes menti. Les témoins qui ont assisté à l’assassinat affirment clairement que l’assassin qu’ils ont vu tirer n’était pas Yvan Colonna. En revanche, des témoins ont vu Yvan Colonna à Cargèse le soir de l’assassinat. Un expert en balistique, sur les observations du médecin légiste, montre que le tueur était nécessairement plus grand que le préfet, alors qu’Yvan Colonna mesurait dix centimètres de moins. Et, je ne vous donne que les exemples les plus évidents, les plus simples à exposer, mais il en existe des dizaines d’autres qui interrogent tout honnête homme sur la culpabilité d’Yvan Colonna qui a toujours et sans répit clamé son innocence, pendant 24 ans.

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Tout le continent s’est ému des émeutes et que des dirigeants politiques mettent en berne des drapeaux en Corse pour la mort d’un assassin. Mais rares sont les continentaux qui ont suivi de près les procès d’Yvan Colonna. Mettez-vous à la place des Corses qui eux ont suivi de très près chacun des trois procès. Qui ont connaissance de ce que je vous ai dit. Qu’il est possible qu’Yvan Colonna ait fait quasiment 20 ans de prison alors qu’il était innocent. Que cet homme, peut-être innocent, au bout de 20 ans de prison est assassiné atrocement, à 62 ans, par un djihadiste psychopathe de 36 ans, signalé comme très dangereux avec qui l’on aurait jamais dû le laisser seul. Surtout quand on apprend par le Canard Enchaîné que le président de la République aurait conclu un accord secret avec les autonomistes corses pour que les « prisonniers politiques corses » soient transférés sur l’île[2], ce que le pouvoir politique a toujours refusé de faire du vivant d’Yvan Colonna. Son rapprochement de sa famille en Corse aurait permis à ses parents, sa femme et ses enfants, qui n’ont rien à voir avec l’assassinat, d’avoir une vie moins pénible où les congés sont consacrés aux longs voyages sur le continent pour lui rendre visite. Il faut se rendre compte aussi qu’Yvan Colonna est issu d’une vieille famille corse, il aurait pu suivre le chemin habituel d’un enfant de notable corse, son père étant député socialiste, et être fonctionnaire. Mais il préfère revenir aux sources et devenir berger, un métier on ne peut plus proche de la nature et où l’on vit chichement.

Pourquoi de jeunes Corses s’identifient à Colonna

Indépendantiste, écœuré par les magouilles et les petits arrangements, il décide de faire scission. Sachant tout cela, comment ne pas comprendre qu’auprès de nombreux Corses, cet homme apparaisse comme un martyr, un honnête homme résistant seul au pouvoir corrompu en place ? Que la jeunesse corse s’identifie à lui, à un moment où la Corse « historique » est menacée dans son existence même ?

On le dit peu, mais la Corse en 30 ans est passée de 250 000 à 350 000 habitants, alors que son taux de fécondité est un des plus bas de France. Il est difficile d’avoir des chiffres mais il est loin d’être impossible que désormais les « Corses de souche » ne soient plus majoritaires ; dans le sud de l’île en tout cas, c’est déjà certain. Vous avez désormais des Magrébins, des Portugais, des Allemands, des Espagnols, des Italiens et surtout beaucoup de continentaux qui se sont installés en Corse. Essentiellement deux types de population s’y sont installés. D’abord des personnes aisées qui ont fait flamber les prix de l’immobilier, du BTP et des services. Afin de les « servir », les grands patrons corses, ont fait venir du continent, des personnes en état de précarité qui quitte à gagner le smic, préfèrent le faire au soleil. Cet afflux de travailleurs pauvres a mis une pression phénoménale sur les bas salaires et les traditions sociales de l’île. De plus, ces continentaux s’installent en Corse comme ils s’installeraient dans n’importe quelle banlieue du continent : ils font fi des traditions locales, construisent et s’enferment dans des pavillons en parpaing et aux hauts murs, clôturent leurs terrains et empêchent des passages séculiers. Alors que, contrairement aux préjugés que l’on peut avoir sur eux, les Corses sont très ouverts et solidaires, ces façons de vivre s’opposent physiquement à la sociabilité corse. Une véritable décorsisation de la société, des emplois, des villages et de villes comme Ajaccio et Porto-Vecchio est à l’œuvre et ne cesse de s’amplifier.

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Les médias ne cessent de parler des «nationalistes » au pouvoir en Corse. Mais le terme « nationaliste » est assez inapproprié pour désigner les autonomistes qui sont à la tête de l’île.

Ce sont des ultra-progressistes qui ont une très grande proximité idéologique et méthodologique avec Macron. Ils sont dans la même confusion mentale, le même déni.

Ils appellent à une Corse ouverte à tous, répètent à l’envie des crédos tels que la « Corse est une formidable machine à fabriquer des Corses ». Mais sous leurs mandats la Corse a complètement changé de visage, elle est devenue une machine à défigurer l’île de Beauté et dénaturer son identité. Bien sûr les autonomistes ne sont pas la cause de tout cela, mais ils ont laissé faire, ils ont été les idiots utiles d’intérêts particuliers. Dans tout ce marigot, toute une partie de la jeunesse corse refuse la mort programmée de sa culture et de son identité. Elle se révolte et Yvan Colonna est son étendard, car il symbolise selon certains la résistance à la corruption du pouvoir et de l’argent.


[1] Antoine Albertini, Le destin maudit des gendarmes qui ont incendié la paillote corse Chez Francis, Le Monde, 19 avril 2019

[2] La rédaction, Affaire Colonna : Marine Le Pen réclame des comptes au gouvernement, corsenetinfos, 11 mars 2022

Gabriel Robin, Émeutes en Corse : « C’est maintenant au tour de l’Etat de faire un geste », L’Incorrect, 10 mars 2022

Yvan Colonna, entre la vie et la mort après avoir été très grièvement blessé en prison, n’est plus considéré comme «détenu particulièrement signalé» (DPS), annonce Matignon, Jean-Marc Morandini.com

Bonne nouvelle: ce ne sera pas Mélenchon

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Jean-Luc Mélenchon à Paris, 10 avril 2022 © Michel Spingler/AP/SIPA

Ce premier tour de la présidentielle, loin d’être la réédition de 2017, comporte une foule de nouveautés. Contrairement à ce que l’on prétend, les Français, bien qu’ils votent un peu trop souvent avec leurs pieds, votent aussi avec leur cervelle, estime notre chroniqueur.


Tout d’abord, un grand merci à Yannick Jadot, Fabien Roussel et Anne Hidalgo. Ces gagne-petit de l’élection, en réalisant à eux trois plus de 8% des voix, ont empêché l’accession au second tour de Jean-Luc Mélenchon. Cela nous évitera quelques mauvaises imitations de Jean Jaurès, et l’arrivée au pouvoir d’une bande d’islamo-gauchistes et autres intersectionnels, féministes en peau de lapine (JPB, tu devrais avoir honte !), communautaristes en quête de charia, et super-pédagos dans les écoles.

Je voudrais aussi remercier les électeurs d’avoir considérablement éclairci les rangs des « grands partis », ou supposés tels. La fiction ancienne selon laquelle il existerait encore une droite et une gauche vient de s’effondrer — même si nous savions depuis lurette que c’est une fiction, et que PS et LR étaient les deux faces d’un libéralisme qui n’est même pas honteux d’accumuler des « produits financiers » en détricotant l’industrie française.

Valérie Pécresse réduite à faire la manche

Remarquons aussi que l’Europe, qui décide depuis des années à notre place, a placé son candidat en tête. Vous pensiez que c’était Macron, c’est Ursula von der Leyen — la bonne dame patronnesse qui va faire un tour à Kiev pour y montrer son brushing et expliquer aux Ukrainiens que leur blé, leur maïs et leurs terres rares l’intéressent.

Je sais bien qu’il y a ici nombre de partisans d’Eric Zemmour, qui s’illusionnaient sur la capacité de leur candidat à rassembler de façon magique sur son nom des millions de suffrages. Il a rassemblé un réservoir de voix qui devraient naturellement aller sur Marine Le Pen — à moins que les porteurs de ces voix soient aussi bornés que des écolo-communisto-socialo-mélenchoniens, ce qui n’est pas exclu.

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Plaignons tout de même Valérie Pécresse, réduite à faire la manche et à offrir sur une sébile son vieux parti aux appétits de Laurent Wauquiez, qu’elle n’a jamais pu supporter et qui va lancer une OPA sur LR, en prévision de la prochaine échéance, celle des législatives. Parce que pendant que de grands esprits, comme Estrosi et Muselier, iront réclamer leurs trente deniers — le prix de leur trahison — à Emmanuel Macron, les couteaux s’affûtent et une Chambre style Quatrième République se prépare. Parce qu’il en est des élections comme de la Coupe du Monde de foot vu par l’ancien attaquant anglais Gary Lineker (« Football is a simple game ; 22 men chase a ball for 90 minutes and at the end, the Germans always win ») : tous les partis y participent, et à la fin ce sont les grosses écuries qui se partagent le gâteau. Gageons que Marine Le Pen, qui va bien nous faire 46 ou 47% au second tour (elle a des réserves de voix, elle) ne parviendra pas à concrétiser cet énorme capital en sièges de députés — comme d’hab.

Vivement demain

N’ayez aucune illusion sur ce second tour. Le système ne tient pas à ce qu’une admiratrice des démocraties « illibérales » parvienne au pouvoir, un seul Viktor Orban lui suffit. D’ailleurs, ce même système a besoin d’immigrés pour travailler à bas prix, s’offrir des smartphones et consommer du foot — l’ouverture de la Coupe du monde, en novembre-décembre prochains, nous fera très vite oublier les dernières péripéties électorales. Avec un peu de chance on nous fera peur d’ici-là avec un variant du virus de la connerie, dont aucun masque ne peut nous protéger. 

En tout cas, les footeux nous protègeront des mouvements sociaux qui ne sauront manquer de se dérouler quand Macron aura gagné et portera l’âge de la retraite à 65 ans (en pratique, ce sera 70, si vous tenez vraiment à toucher une retraite complète, vu que l’âge d’entrée dans la vie active est aux alentours de 25 ans aujourd’hui), ou que Marine Le Pen l’aura emporté, et stimulera l’envie de manifs de tous les électeurs de Mélenchon, qui se croiront nombreux sur la simple base du fait qu’ils crient fort.

PS. Je voudrais saluer les dernières sanctions contre la Russie : la Société Générale cède pour trois roubles sa filiale russe Rosbank, achetée 4 milliards d’euros. Ou comment se tirer une balle dans le pied pour faire plaisir aux Américains et autres profiteurs de la guerre.

Les partis de gouvernement en fin de vie?

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Anne Hidalgo (PS) vote à Paris le 10 avril 2022 © Lewis Joly/AP/SIPA

S’il est réélu, Emmanuel Macron envisage une convention citoyenne sur la fin de vie. Les partis historiques français (LR et PS) sont mourants, le premier tour l’a démontré. Analyse.


Si la Bérézina de Valérie Pécresse a surpris dimanche soir, le PS n’avait en revanche pas attendu Anne Hidalgo pour être plongé sous une sédation lente et profonde.

Quoi qu’en disent les pisse-vinaigres, la soirée du premier tour fut en réalité pleine de surprises, finalement. Les deux partis de gouvernement ont fait leur pire score de l’histoire, devancés par deux forces politiques encore nouvelles : la République en Marche (cinq ans d’existence) et Reconquête (six mois d’existence !). Enfin, le Rassemblement national, qui n’a jamais gouverné, est arrivé 2ème, et a réalisé le meilleur score de son histoire au premier tour. Alors oui, un petit retour sur cette soirée très mouvementée s’impose encore.

LR: une crise grave

La soirée du 10 avril aura donc été cauchemardesque pour le parti LR. La candidate, Valérie Pécresse, a fait moins de 5%, ce qui représente le score le plus faible pour le parti de la droite républicaine. Le parti n’est pas remboursé de ses frais de campagne, la candidate malheureuse a lancé un appel aux dons et s’est déclarée endettée personnellement à hauteur de 5 millions d’euros. Elle a déploré, amèrement : « Le vote utile nous a siphonné ». Outre ce fameux vote utile, c’est sans doute la faiblesse idéologique du programme de la candidate dans cette campagne, concurrencée par Emmanuel Macron et Éric Zemmour, qui méritera d’être questionnée. Son programme de centre-droit n’a peut-être finalement parlé qu’à des catégories aisées de Français, citadines. Valérie Pécresse a échoué à élargir sa base électorale, laquelle n’a cessé de se réduire durant la campagne. Un phénomène qui a fait fuir des centaines de cadres et militants LR chez LREM et Reconquête !, dont les députés Éric Woerth (LREM) et Guillaume Peltier (Reconquête !), ou le sénateur Sébastien Meurant (Reconquête !). 

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Éric Ciotti a été franc sur TF1, dimanche soir : « C’est une défaite historique pour l’histoire républicaine. Cette campagne n’a pas fonctionné, ni sur le fond, ni sur la forme. J’ai essayé de porter un vrai projet de droite. Ce n’est peut-être pas ce chemin qui a été suivi… » Les divisions chez les LR vont donc recommencer, d’autant que Valérie Pécresse a immédiatement appelé à voter Emmanuel Macron dimanche, ce qu’Éric Ciotti refuse pour l’instant de faire. 

Les socialistes au fond du gouffre !

Mais c’est encore pire pour le PS, dont la candidate Anne Hidalgo a fait moins de 2%, derrière Jean Lassalle (3%), candidat farfelu pourtant sans parti ! La candidate socialiste n’a pu que constater le désarroi de ses soutiens, dimanche: « Je sais combien vous êtes déçus ce soir », et promettre de participer à la « reconstruction de la gauche du réel »… Des mots bien creux, qui démontrent si c’était nécessaire l’absence de projet des socialistes, incapables de se démarquer des macronistes ou des verts. Les radicaux sont partis chez Mélenchon. Quant à ceux des progressistes qui veulent le pouvoir, ils sont déjà partis chez Macron depuis un moment. D’ores et déjà, le chef de file des députés PS, Olivier Faure, en froid avec la maire de Paris depuis quelques semaines, a appelé à la création « d’un pacte pour la justice sociale et écologique ». Les autres partis de gauche en déroute – EELV et PCF – vont-ils seulement le lire ? On peut en douter. Ségolène Royal, partie chez Jean-Luc Mélenchon, ne sera sans doute pas la première à le faire.

Les partis de gouvernement sont bels et bien en fin de vie. Droite républicaine et Parti socialiste rythmaient pourtant l’un et l’autre la vie politique depuis les années 1970 ! Aujourd’hui, c’est terminé, le choix électoral des Français s’est métamorphosé, et se polarise de plus en plus autour de figures et de mouvements qui n’avaient pas gouverné auparavant.

Une droite nationale à son plus haut depuis 2002

Marine Le Pen sort de ce second tour avec un score historique pour son parti : 23,15%. La candidate du RN a sans doute bénéficié du vote utile à droite, ce qui lui a permis de brasser plus large que les seules couches populaires. Une partie de son électorat menaçait sans doute de se diriger vers Éric Zemmour, mais il faut croire que la faible expérience du chroniqueur en politique, les craintes suscitées par la guerre en Ukraine et son manque de maîtrise de certains sujets l’ont sûrement pénalisé à la fin de cette campagne. Le candidat Reconquête !, donné à 8% dans l’ensemble des derniers sondages, sort finalement à 7,07%. 

Un score décevant, que Marion Maréchal, invitée sur le plateau de TF1 dimanche soir relativise : « Nous sommes un peu déçus, mais nous avons le premier parti de France, et sommes maintenant décidés à construire une force politique d’avenir. » Le nouveau parti se targue de posséder plus de 120 000 adhérents (plus que le RN) et de militants nombreux, jeunes et très mobilisés. Mises ensemble, les forces nationales ou “patriotes” forment à elles-seules plus de 32% de l’électorat, du jamais vu. 

Mélenchon, le dernier tour de piste?

Personne n’attendait non plus le candidat LFI avec un score aussi élevé : 22%. La campagne très dynamique de Jean-Luc Mélenchon, avec des meetings retransmis par hologrammes dans de nombreuses villes de France, et surtout son verbe remarquable, capable de soulever les foules dans toutes les classes d’âge, est sans doute à l’origine de ce score historique. 

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Pourtant, les militants LFI sont assez déçus : « Nous espérions que Mélenchon passerait au second tour, et nous sommes très déçus et inquiets que l’extrême droite soit de nouveau aux portes du pouvoir » déplore Jennifer, une militante LFI de la première heure, interrogée au micro de TF1. Exit les sociaux-démocrates du PS, désormais c’est la gauche contestataire qui est majoritaire dans le paysage à gauche ! Cette nouvelle situation laisse présager une recomposition politique importante pour les législatives, et fait craindre un troisième tour dans la rue. Yannick Jadot et Fabien Roussel, très affaiblis à la veille de ces législatives, ne peuvent raisonnablement espérer reconstituer de nouvelles forces dans l’immédiat.

En route vers un Macron II

Dans un discours d’une vingtaine de minutes, enfin, le président-candidat victorieux du premier tour avec 27,84% des suffrages, a sorti dimanche soir les propos les plus convenus, appelant au grand rassemblement « tous ceux qui veulent bâtir un monde nouveau ». Un nouveau monde ? Avec les mêmes, pourtant : Chevènement, Woerth, Raffarin, Cohn-Bendit… Le président sortant a remercié les candidats qui ont appelé à « faire barrage à l’extrême droite », et appelé à la constitution d’un « grand mouvement d’unité et d’action ». On a l’impression d’avoir entendu cela tant de fois, mais le second tour s’annonce toutefois incertain. Ifop-Fiducial donnait dès la sortie des urnes Emmanuel Macron et Marine le Pen au coude à coude pour le second tour : 51% contre 49%.

Les partis de gouvernement sont hors jeu. Le RN est normalisé. 

«L’Étranger» de Camus jette une lumière triste sur le premier tour de scrutin

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Le candidat a la présidentielle Emmanuel Macron en déplacement à Denain, le 11 Avril 2022 © FRANCOIS GREUEZ/SIPA

Dimanche soir, arrivé en tête du premier tour de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron a parlé de « faire barrage à l’extrême droite » devant ses soutiens. L’histoire se répète inlassablement, et déjà les journaux entretiennent l’idée que le chaos est tout proche.


« L’Histoire ne se répète pas, elle bégaie », a-t-on fait dire à un certain Karl Marx alors qu’il jugeait Napoléon III à l’aune de son oncle. On pourrait aussi penser, avec Carl Gustav Jung que : « Tout ce qui ne parvient pas à la conscience revient sous forme de destin. » Les résultats du premier tour leur donnent, hélas, raison. 

En effet, voilà que nous nous apprêtons à revivre le duel pipé d’il y a cinq ans. Celui-ci opposera, cette fois encore, à notre roitelet la patronne du Rassemblement national maintenant adoucie par une fréquentation féline assidue, forte du report des voix du parti Reconquête, rebaptisé, pour l’occasion… Recroquette (!). Notre petit monarque a partagé avec l’humilité qu’on lui connaît cette nouvelle de nature à réjouir ses sujets, prenant dans l’imposture, une posture des plus christiques.

Le trésor de guerre de Mélenchon ? Pas pour Marine Le Pen

Pour ma part, d’abord comme Figaro dans Le Barbier de Séville : « fatiguée d’écrire, ennuyée de moi, dégoûtée des autres (…) », j’ai fini par me dire qu’en pareille traverse, seule convenait, j’y reviendrai, le comportement adopté par Meursault, dans L’Étranger d’Albert Camus. Pour nous Français, indéniablement : « Aujourd’hui maman est (encore) morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. »

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Mais avant de poursuivre plus avant cette réflexion, il me faut revenir sur cette mémorable soirée de dimanche, celle-là même où Jean-Luc Mélenchon, notre regretté philosophe de comices agricoles s’exprima, comme à son habitude, sentencieusement. N’hésitant du reste pas à convoquer Sisyphe pour lester son propos, il commença ainsi sa harangue en décrivant d’emblée la dure situation dans laquelle il se trouvait : « Mis au pied du mur de sa conscience, parce que c’est la condition humaine d’être confronté à des décisions dures ». Il nous gratifia ensuite d’une réplique à la Rocky Balboa : « Tant que la vie continue, le combat continue. » Enfin, il réitéra par quatre fois, d’une voix dramatique, cet ordre terrible : « Il ne faut pas donner une seule voix à Madame Le Pen. » Il se résignait là, beau joueur, à se départir du trésor de guerre constitué par ses voix au profit de notre jeune Dieu.

Quant à notre Prince, magnanime, il commença par citer tous ses adversaires défaits et demanda qu’on leur fît une ovation : « Merci de les applaudir. Nous défendons nos convictions avec force mais en respectant le choix de chacune et chacun. » C’est alors « qu’en même temps », il appela, bien sûr, à « à faire barrage à l’extrême droite. » 

Puis il fit preuve, en poursuivant une diatribe fumeuse qui réunissait les habituels contraires, de l’habileté d’un cambrioleur aguerri qui raflerait à la hâte un butin hétéroclite pour l’enfouir dans un grand sac. C’est à cette occasion qu’il affirma, précisant qu’il saurait être humble (Qui Diable pourrait bien en douter ?) : « Plus rien ne doit être comme avant. Je suis prêt à inventer quelque chose de nouveau pour rassembler les convictions diverses et les sensibilités diverses. » À ce moment-là, nous eûmes franchement peur et le poids du désespoir affaissa nos épaules.

Pour ce qui est de Marine Le Pen, force est de reconnaître qu’elle sut rester digne et nous épargna des envolées lyriques touffues à l’image de celles dont a coutume de nous gratifier généreusement notre jeune monarque.

Une bouffonne réplique

Il est temps de revenir maintenant à L’Étranger. Ce premier roman publié en 1942 appartient à ce que Camus nommera le cycle de l’absurde. Dans cette œuvre, le philosophe dresse le portrait d’un personnage étrange, nommé Meursault, rétif au jeu social. Incapable de donner ni signification ni direction à sa vie, il est condamné à mort par les hommes plus en raison de son indifférence aux conventions imposées par la société qu’à cause du crime qu’il commet. À la fin de l’œuvre, incarcéré et attendant son exécution, le héros de Camus réalise après un accès de rage contre l’aumônier qui le visite, « la tendre indifférence du monde » et la folie des hommes sacrifiant sur l’étal de leurs certitudes celui qui, parce qu’il ne sait ni mentir ni pleurer ne leur ressemble pas. C’est alors que Meursault peut enfin être en adéquation avec lui-même ; en symbiose avec un monde insensé et brutal qu’il accepte. 

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Nous sommes nombreux, à l’issue de ce premier tour, à nous sentir comme Meursault : des étrangers, face à une élection qui s’annonce comme une bouffonne réplique de la précédente. Notre Jupiter, bien rôdé, se prépare aux mêmes gesticulations absurdes et à lancer les mêmes appels rebattus au front républicain, se proposant de faire don de sa personne à la France pour lui éviter le retour des heures les plus sombres de son Histoire.

Un faux choix cornélien

Français, il nous est toujours possible, notre rage évacuée face à cette élection volée, de ne pas céder à un chantage éculé. Si nous égarions malencontreusement au second tour notre bulletin de vote, quelles qu’en soient les conséquences, notre révolte face à un premier tour lamentable serait suivie d’un sentiment salvateur et apaisant de cohérence avec nous-mêmes. Nous aurions refusé la mascarade d’un résultat orchestré. 

Peut-être devrions-nous, alors, nous laisser guider par Meursault ? Voici les propos qu’il tient à la fin du roman : « Comme si cette grande colère m’avait purgé du mal, vidé d’espoir, devant cette nuit chargée de signes et d’étoiles, je m’ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde. De l’éprouver si pareil à moi, si fraternel enfin, j’ai senti que j’avais été heureux et que je l’étais encore. » Pour faire la paix avec nous-mêmes, renonçons au choix pseudo-cornélien que veut nous imposer Emmanuel Macron, amateur, comme chacun sait, et comme l’a dit Karl Marx de l’Histoire qui bégaie…

Chez Zemmour, hier soir: “cela ne va pas assez mal pour que ça aille mieux”

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Militants d'Éric Zemmour, soir du premier tour, Paris © Michel Euler/AP/SIPA

Éric Zemmour a été la coqueluche, peut-être l’unique chose un peu cocasse dans la campagne présidentielle la plus terne depuis toujours. Faire un tour parmi ses militants semblait donc la chose la plus folichonne que l’on pouvait faire en ce dimanche électoral.


18h30. La Maison de la Mutualité se remplit mollement. Sans aucun tact, j’évoque auprès des militants que je croise les premières estimations que sort la presse belge. Celle-ci place leur champion Zemmour, autour de 8%, loin, très loin derrière le trio de tête. Autour de moi, les premières moues apparaissent. C’est plutôt une soirée déprimante qui s’annonce. 

La France populaire manque à l’appel

Annoncée aux alentours de 15% mi-février et paraissant en mesure d’atteindre le second tour, la candidature Zemmour a connu de sacrés couacs depuis. Sa très belle capacité de mobilisation, vue encore lors du meeting du Trocadero, a plutôt eu un effet trompe l’œil, masquant la perte de dynamique. Un militant me souffle : « le pari initial était de rassembler l’électorat LR et RN. Nous avons certes coupé l’électorat filloniste en deux mais nous n’avons pas réussi à siphonner l’électorat de Marine Le Pen. Nous n’avons pas su parler à la France populaire, celle qui ne court pas les meetings ». 

A relire: Marine Le Pen: «Si Eric Zemmour n’est pas candidat, je suis devant Macron»

Prévue pour marcher sur les terres d’un Rassemblement national déconfit après des régionales 2021 désastreuses, la campagne de Zemmour n’aura finalement guère affaibli celle de Marine Le Pen, dont le score est même plus fort qu’en 2017 ! Si Éric Zemmour a répété que Le Pen était incapable d’attirer à elle un électorat bourgeois, il s’est montré lui-même incapable d’attirer un électorat populaire et laborieux, pas sensible aux seules questions migratoires.

Il commence à faire horriblement chaud à la Mutualité. Les rangs se remplissent enfin. 20 heures. Les chiffres déjà connus de tous se confirment. Éric Zemmour pèse à peine un tiers du vote lepéniste. Pour les militants, présents pour la plupart quinze jours plus tôt au Trocadero, c’est la consternation. Le chiffre de 6,4% annoncé sur les télévisions à 20 heures, revu légèrement à la hausse ensuite, rappelle plus la cuvée Chevènement de 2002 que la fin de campagne de Jean-Marie Le Pen la même année… Aux yeux des militants, le vote utile et la peur de voir Jean-Luc Mélenchon au deuxième tour ont plié les jeux. Ils connaissent tous un proche, un ami, qui au dernier moment dans l’isoloir, a fini par faire le choix de Marine Le Pen.  La perspective d’un Mélenchon au second tour n’en enchante pas beaucoup ici. Ce n’est pas ici que l’on recrutera des partisans d’une grande jonction rouge-brune antisystème. En attendant, une bonne partie des partisans de Zemmour se résigne à voter Marine Le Pen au tour suivant, alors qu’une autre semble plus dubitative. Ce faible enthousiasme suscité par la candidate RN contraste avec son joli score national.

Paul-Marie Coûteaux et les jeunes

Hidalgo apparait sur les écrans, puis Mélenchon, qui fait l’effet d’un Jean Jaurès de PMU. La petite reine parisienne du Vélib et le Staline de la Canebière sont hués. L’intervention de Jadot passe en revanche inaperçue, ce qui est peut-être encore plus inquiétant pour lui, c’est un sacré handicap que de ne pas susciter la moindre passion, pas même chez ses adversaires. Déambulant dans les rangs, je croise une vieille connaissance. Dans ma tumultueuse jeunesse, en échange de livres dédicacés, j’avais adhéré au groupusculaire Rassemblement pour l’indépendance de la France animé par Paul-Marie Coûteaux, qui essayait de réunir les derniers chevènementistes et les derniers villieristes. Inélégant comme il n’est pas permis de l’être, je souligne qu’après Chevènement en 2002, Villiers en 2007, Marine Le Pen en 2012, Fillon en 2017, son poulain échoue encore une fois de plus à atteindre le second tour. Il me rappelle quand même qu’il avait fait la campagne de Chirac en 1995 et qu’il avait voté Jean-Marie Le Pen au second tour en 2002. 

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Au micro de BFM TV, l’ancien député européen se lâche. « Dès octobre, je savais qu’on ne serait pas au second tour. Dès février, je savais qu’on ne serait pas à 10%. Je l’ai engueulé tous les jours. Il y a cru jusqu’au bout ». On repense à Jean-Louis Tixier-Vignancour, convaincu d’être au deuxième tour en 1965 parce qu’il remplissait tous les jours un chapiteau de 3 000 jeunes lors de son tour de France. Tous les jours, c’étaient les mêmes jeunes qui revenaient. « Trop de jeunes. À 35 ans, on était déjà trop vieux dans l’équipe ». Sur l’immigration, l’énarque aurait aimé que Zemmour adoucisse son discours, trop radical. Paul-Marie Coûteaux ose une comparaison avec le parcours de François Bayrou, arrivé péniblement à 6% en 2002, sauvé de justesse par l’épisode de la mandale de Strasbourg, et faiseur de roi quinze ans plus tard, en se désistant pour Macron durant l’hiver 2017. Si Éric Zemmour aurait voulu faire un eagle, comme on dit au golf, réussir en un coup là où les autres en mettent trois en général pour y arriver, c’est plutôt un long apprentissage de leader d’opposition qui s’annonce pour l’ancien chroniqueur d’On n’est pas couché.

Madame 20h02 rallie Macron à 20h19

20h19. Avec 19 minutes de retard sur le pronostic de Zemmour, Valérie Pécresse annonce son soutien à Emmanuel Macron ; mais avec un stock de voix qui lui permettront à peine de négocier la Jeunesse et les Sports. Elle est copieusement huée, elle aussi. Éric Ciotti annonce qu’il ne votera pas Macron. « On a deux semaines pour attirer l’aile droite de LR vers nous », me glisse Paul-Marie Coûteaux. « Nous », c’est à la fois la candidate Le Pen et le bloc des droites en vue des législatives.

20h50. Éric Zemmour monte à l’estrade. « J’ai commis des erreurs, je les assume toutes. J’en assume l’entière responsabilité. » Les mots rappellent ceux de Jospin. Quand il dit que le mauvais score est de sa faute, l’assistance crie « non non ». Heureusement pour son public, Zemmour ne prendra pas une décision aussi définitive que l’ancien Premier ministre socialiste. Il annonce son soutien à Marine Le Pen, alors que L’Incorrect faisait état d’un coup de fil entre les deux candidats la semaine dernière et annonçait un non-ralliement du candidat de Reconquête. 

Encore douchés par l’écart entre leurs attentes et le résultat final, les militants se refont une santé à l’apéritif dinatoire à l’étage du dessus. L’un d’eux, Morgan Trintignant, qui avait participé à la toute première opération et déployé une affiche géante plein cours Mirabeau d’Aix-en-Provence en avril 2021, m’indique : « on est déçu, car seule la victoire est belle, déçu de voir que visiblement ça ne va pas assez mal pour que ça aille mieux. En revanche, on sait que nous sommes déterminés, que nous avons fait la promesse de nous battre pour ne pas disparaître ». Enfin, il cite carrément Mao Zedong : « de défaite en défaite jusqu’à la victoire finale ». 

C’est pas le tout mais il faut bien rentrer à la maison. Je fais le chemin du retour avec un chauffeur maghrébin et écris ces lignes au son de morceaux de raï et de tubes des années 90. « Zemmour, il va faire du mal à l’image de la France. Il n’a pas parlé d’économie. Marine Le Pen au moins, elle n’a pas parlé d’immigration. C’est la moins pire ». On verra dans quinze jours dans quelle mesure la campagne de Zemmour pourrait avoir été le plus formidable instrument de dédiabolisation jamais inventé.

Poutine n’a pas encore perdu

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Vladimir Poutine © Grigory Dukor

Un mois après le début de l’offensive en Ukraine, il est prématuré de conclure à une défaite de la Russie. Si son armée n’a pas progressé aussi vite que prévu, Poutine détient sur les trois fronts principaux des gages suffisants pour négocier un accord avantageux.


En Ukraine, l’Occident redécouvre à quoi ressemble la guerre sans CNN. Il faut avoir été « embedded » (« embarqué ») dans une colonne militaire en opération pour bien mesurer combien le temps médiatique n’est pas celui de la guerre. A fortiori quand CNN n’est plus là pour en façonner le récit à l’image de ses commanditaires. Sculpté pour une opinion américaine ayant signé pour des chevauchées courtes, évidemment victorieuses. Comme celles de la première guerre d’Irak, en 1990-1991, ou de la phase initiale de la seconde intervention de l’Oncle Sam au pays de la Bible et de l’or noir, en 2003. Lors de ce bis repetita, les forces terrestres de la coalition américaine alignaient 150 000 hommes, des milliers de blindés. Ils mirent vingt-deux jours, avec l’appui de la toute puissante US Air Force, pour casser les reins de l’armée de Saddam Hussein. En 2022, le théâtre de la guerre n’est plus le billard sablonneux de la plaine du Tigre et de l’Euphrate, mais l’Ukraine de la fin de l’hiver. Les axes de pénétration praticables aux blindés sont réduits. L’adversaire est autrement plus combatif. Les caméras occidentales absentes. Dès lors, l’invasion russe redevient ce que les offensives terrestres ont toujours été : une succession de périodes de déplacements, de moments d’attente et de chocs épars, d’intensité variable. Des légions romaines à aujourd’hui, ont calculé les militaires français, le rythme de déplacement moyen d’une armée à l’offensive n’a jamais dépassé 40 kilomètres par jour.

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Au Nord, l’effet de surprise n’a pas fonctionné

La vérité est, on le sait, la première victime de la guerre. La deuxième, selon les militaires, ce sont les plans. À Moscou, croient savoir les Occidentaux, quelques maîtres espions ont été limogés pour avoir un peu vite vendu à Vladimir Poutine la perspective – au nord du moins – de réitérer l’opération éclair de la Crimée en 2014 : sidérer la défense adverse et faire tomber la capitale comme un fruit mûr. Avant le déclenchement des hostilités, les mêmes Occidentaux affirmaient pourtant que les espions russes avaient noyauté toute l’Ukraine… L’audacieuse opération héliportée (200 machines volantes) sur Gostomel, l’aéroport militaire de Kiev, a coûté la vie à de nombreux parachutistes russes. Des contre-attaques terrestres ont été nécessaires pour consolider leur tête de pont. Son « exploitation » est toujours en cours de part et d’autre du Dniepr, en direction du sud. Les colonnes russes n’en finissent pas de déployer leur étau autour de la capitale. À défaut, elles fixent les forces ukrainiennes, qui ne peuvent se porter au secours des unités de l’Est, et maintiennent la pression sur Kiev. S’exposant le moins possible, elles ouvrent la voie à coup d’artillerie là où ça bloque. « Comme le plan initial n’a visiblement pas fonctionné, les généraux sont contraints de se rabattre sur l’option plus traditionnelle et plus radicale : l’emploi massif, voire indiscriminé des feux, qui limite les pertes dans leurs rangs », en déduit un haut gradé français. Dans la banlieue de Kiev, à Kharkov, à l’Est, et à Marioupol, sur la mer d’Azov, c’est indéniable. Ailleurs, les Russes continuent plutôt de retenir leurs coups, estiment, au contraire, des experts familiers de la culture politique de guerre professée dans les académies militaires russes ; la cible, ce sont les dirigeants et « nazis » ukrainiens, pas nos frères slaves, assure Poutine. Une « surprise » qui expliquerait en partie la lenteur de l’opération russe ?

Kiev, 28 mars 2022 © Clément Mahoudeau / AFP

Une armée russe confrontée à ses propres limites

Manifestement, les colonnes de blindés marqués du « Z » ont été confrontées aux aléas de toute armée de cette taille renaissant de ses cendres. Les experts pointent notamment les lacunes de la coordination des unités et des systèmes de communication. Gigantesque, la logistique d’un corps de bataille de 170 000 hommes et 1 500 chars est rendue encore plus délicate par la gestion des flux de blessés. Autour de 15 000, selon une estimation militaire française, pour 5 000 à 7 000 morts environ – les Russes revendiquaient 1 350 morts et 3 800 blessés fin mars. La subsidiarité n’étant pas le fort des officiers russes, les problèmes remonteraient beaucoup à l’échelon central, ce qui ralentirait la manœuvre générale, expliquent les connaisseurs. Un autre facteur trouble la compréhension de leur opération. L’art opératif russe, célèbre, prône la concentration des moyens et non celle des efforts, comme dans nos armées. Il s’agit de produire une poussée continue qui est censée provoquer, à un moment donné, l’effondrement de l’ennemi. La question est de savoir quand les Russes auront atteint le maximum de l’effort qu’ils peuvent produire, et si l’effet escompté aura bien lieu. L’envahisseur a déjà perdu des centaines de blindés et des dizaines d’aéronefs, notamment sous les coups des armes antichars et antiaériennes individuelles américaines. L’attaquant étant le plus exposé, il devait s’y attendre. On le sait, il n’a pas encore engagé ses moyens les plus modernes dans la bataille.

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À l’Est, les Ukrainiens vendent chèrement leur peau

L’ours russe va finir par passer, estimait mi-mars l’état-major français. À l’Est et au Sud-Ouest, son rouleau compresseur ne s’est jamais vraiment arrêté. Cette partie du pays était tenue par environ 50 000 soldats ukrainiens – le solde, près de 40 000 hommes, défendait la capitale et les points clés situés à l’ouest du Dniepr, avec le renfort de 60 000 volontaires enrôlés dans les milices et la garde nationale, dont les effectifs continuent de croître. Certains analystes pensaient que les Russes perceraient en quelques jours la ligne de front du Donbass. Les Ukrainiens y étaient encalminés depuis le début de la guerre civile en 2014, leur moral était au plus bas, ils avaient perdu l’habitude de manœuvrer. Or, ils n’ont pas fait de cadeau à leurs frères ennemis slaves et menaient encore des contre-attaques fin mars, notamment dans la région de Kherson et de Nikolaïev. Ils ont été galvanisés par la stature de héros de Zelensky et les promesses de l’Occident. S’ajoute l’effet des unités politisées comme le bataillon Azov (15 000 hommes), acculé dans Marioupol, ou le bataillon Aïdar, retranché à Kharkov. Créatures de la CIA, qui s’est appuyée sur eux pour orchestrer la révolution de Maïdan, à Kiev, en 2013, ces paramilitaires cultivent une filiation avec les Ukrainiens ayant combattu jusqu’à la mort en Russie dans les rangs de la Waffen SS pendant la Seconde Guerre mondiale. Enfin – et surtout –, le front de l’Est a été le principal bénéficiaire du flot d’armes et de munitions déversé par les États-Unis dans le pays en 2020 et 2021. Dès le début des combats, les Ukrainiens ont pu, de surcroît, compter sur de précieux renseignements américains d’origine satellitaire et électronique. Leur résistance accrédite a posteriori ce que dit aujourd’hui Poutine pour justifier son intervention : Kiev préparait une offensive sur le Donbass pour le printemps ; le maître du Kremlin serait intervenu avant que « l’ennemi » ne devienne trop fort.

Les Russes sont en passe de contrôler l’Ukraine utile

Un mois après le 24 février, cependant, le corps de bataille ukrainien à l’est est coupé de l’état-major central, dont les moyens de coordination ont été neutralisés par les frappes précises des missiles russes dans tout le pays – Zelensky a récemment limogé l’un de ses chefs pour incapacité à organiser la résistance. Fin mars, il était en passe d’être bloqué à l’est du Dniepr par la tenaille russe. Le flux de l’aide occidentale lui arrivait au compte-gouttes par la route alors que l’intensité des combats demeurait très forte. S’il ne réussit pas à traverser le fleuve à temps, son sort semble scellé. Fidèles leur tactique, les Russes ont percé leurs lignes à plusieurs endroits dans la profondeur, sans s’attarder à conquérir des villes sans intérêt militaire. À Melitopol, Berdiansk ou Kherson, tombées sans véritables combats, les populations vont-elles leur donner maintenant du fil à retordre ? La propagande ukrainienne y relaie des manifs des antirusses. Il est difficile d’évaluer leur poids réel. Dans les grands centres, comme Kharkov ou Marioupol, les défenseurs ont clairement instrumentalisé les habitants. À Marioupol, ils ont fait capoter les offres russes de cessez-le-feu et de couloirs humanitaires qui se sont matérialisés au fur et à mesure de l’avance de ces derniers. Certes, l’armée de Poutine est bien l’agresseur – et elle fait le « sale boulot », comme disent les Américains –, mais partout dans le pays, celle de Zelensky n’hésite pas à s’imbriquer aussi avec les civils, lâchent ceux qui savent, pour conduire les Russes à la faute.

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Au final, les Russes ont déjà investi 100 à 150 000 kilomètres carrés de l’Ukraine. Ils ont réalisé la jonction entre les républiques autoproclamées du Donbass et la Crimée. Ils contrôlent les points clés de la majorité du pays « utile » : l’Est sidérurgique, les ports sur la mer d’Azov et la mer Noire, à l’exception d’Odessa, la rive gauche du delta céréalier du Dniepr. Sur la rive droite, leurs éléments de tête se sont enfoncés à plus de 150 kilomètres au nord de Nikolaïev, depuis Voznessensk, à l’ouest, et jusqu’à Kryvi, à l’est, qui commande la route de Dnipro, principal point de franchissement du fleuve dans la région, dont ils préparent l’assaut par des bombardements intensifs de ses approches, pour fermer leur nasse. À l’arrière, ils ont transformé en « chaudrons » (les « Katiols » de la Seconde Guerre mondiale) les carrefours de communication et les poches auxquels s’accrochent les Ukrainiens : Izium, entre Kharkov et Donetsk, tombée fin mars, libérant la voie vers les bastions fortifiés de Kramatorsk et Sloviansk, et Dnipro ; Marioupol, quasiment conquise ; Nikolaïev, le verrou d’Odessa, où les forces ukrainiennes tenaient bon.

Et maintenant ? La négociation ou l’enlisement

À Versailles, mi-mars, Emmanuel Macron, le président de l’Union européenne, a annoncé le doublement des crédits (de 450 millions à 1 milliard d’euros) au profit des capitales approvisionnant les Ukrainiens en armes. Pour ne pas être en reste, Washington a mis un milliard de dollars supplémentaire sur la table. Le bilan provisoire des livraisons depuis le début de la guerre est impressionnant. Plus de 30 000 missiles antichars et 10 000 missiles sol-air portables, des centaines de canons et de mitrailleuses, des milliers de munitions, sans oublier les drones, les systèmes de communication et le renseignement. De quoi armer tout un peuple, si ce matériel parvient dans les temps à ses bons destinataires. De quoi créer les conditions d’un débordement incontrôlé du conflit, et un énorme appel d’air pour les « résistants », mafieux et terroristes du monde entier ; l’inquiétude est forte dans les états-majors occidentaux. En réaction, Moscou leur a envoyé un nouveau signal stratégique en tirant une demi-douzaine de missiles hypersoniques « Kinjal » contre des bases de l’ouest de l’Ukraine accueillant des « volontaires étrangers ou d’importants dépôts de matériel. Attention messieurs les Occidentaux, prévient Poutine, ne franchissez pas les limites d’un engagement direct dans le conflit.

Pendant ce temps, sur la scène internationale, Volodymyr Zelensky, le porte-étendard de la nouvelle nation ukrainienne unie, harangue ses soutiens pour qu’ils étranglent complètement l’ours russe. Mais depuis la mi-mars, ses envoyés spéciaux négocient avec la Russie les termes d’un cessez-le-feu. Nul ne sait encore combien de temps pourrait durer cette partie de « poker menteur », résume une bonne source. Fin mars, Moscou déclarait avoir atteint ses objectifs et se concentrer désormais sur la libération des territoires de l’Est, tandis qu’à Varsovie Joe Biden criait presque victoire et appelait à une destitution de Poutine.

La guerre venait d’entrer dans une nouvelle étape. S’ouvrait un nouvel inconnu stratégique. Et à l’Ouest, les experts commençaient à évoquer la perspective de la survenue d’une crise économique pire que celle de 2008.

Inexorable

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Alex Lutz, Françoise Lebrun et Dario Argento dans "Vortex" (2022) de Gaspar Noé © Wild Bunch

Dans son dernier film, Vortex, le réalisateur Gaspar Noé fait une nouvelle fois preuve d’une grande finesse et intelligence cinématographique. Il filme la maladie d’Alzheimer sans que jamais le nom de la maladie ne soit prononcé. Un film glauque, en salles mercredi prochain.


Vortex ? Selon le dictionnaire « vortex » est un terme didactique de genre masculin, désignant un « tourbillon qui se produit dans un fluide en écoulement ». Soit, en océanographie, ce qu’on appelle un «gyre» : un « tourbillon marin à l’échelle d’un bassin océanique, formé par la réunion d’un ensemble de courants » – je recopie la définition.

La mauvaise réputation

Ce mot qui sonne bien fournit son titre au dernier film de Gaspar Noé, cinéaste à la réputation si sulfureuse que chaque nouvel opus du réalisateur passe pour une provocation. C’est là une grave erreur d’appréciation : Gaspar Noé ne travaille qu’à l’instinct, aux tripes. De fait, si Vortex s’ouvre dans la fausse douceur d’un clip de la jeune Françoise Hardy, sur les paroles magnifiques de Cécile Caulier et Jacques Lacome : « Croit celui qui peut croire/ moi j’ai besoin d’espoir/ sinon je ne suis rien/ou bien si peu de choses/ C’est mon amie la rose/ qui l’a dit hier matin » –  c’est pour s’extraire illico de la romance.

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Vous vous souvenez du film Irréversible, il y a 20 ans ? À la vérité, ce pourrait être le nom de chacun des longs métrages de Gaspar Noé. Dédié, en épigraphe, « à tous ceux dont le cerveau se décomposera avant le cœur », Vortex ne nommera nulle part son sujet de façon explicite : la maladie d’Alzheimer, dont a souffert sa mère avant de s’éteindre. Lui-même atteint fin 2019 d’une hémorragie cérébrale, il a traversé la pandémie en convalescent, riverain de l’Achéron…  A Cannes en 2021, Vortex était « vendu » à la critique sous un slogan acide : « la vie est une courte fête qui sera vite oubliée ». Après Amour (Haneke) et The Father (Florian Zeller), voilà donc une nouvelle variation sur la fatalité du grand âge et ses séquelles.

Wild Bunch

Une fois de plus, Gaspar Noé s’attaque frontalement à l’expérience, y tramant une expérience-limite de cinéma. Ainsi, pour décrire la décomposition mentale d’une ancienne psy frappée d’aphasie, en couple avec un vieux critique du septième art travaillant avec peine à un essai sur le rêve, couple dont le fils, technicien de plateau en situation précaire demeure manifestement vulnérable à une ancienne addiction aux stupéfiants qui lui a valu quelques séjours en asile psychiatrique, le réalisateur opte pour un parti pris formel radical : le split-screen, de part en part.

Split-screen

Sur l’écran scindé en deux, donc, il instruit un huis-clos étouffant dans un appartement parisien envahi de livres et de reliques.

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Pour camper ses trois personnages, Noé a choisi deux figures de légende : dans le rôle du mari, Dario Argento, le pape octogénaire du « giallo » (ce genre 100% transalpin, à la croisée du film d’horreur et du film érotique), dont on a découvert à Berlin cette année l’ultime opus, Occiali neri (le maître n’avait plus rien tourné depuis dix ans !). Dans le rôle de l’épouse, une légende vivante : Françoise Lebrun, l’héroïne de La maman et la putain (1973), incunable en noir et blanc signé Jean Eustache. Et dans le rôle du fils, le réalisateur-comédien Alex Lutz, pour le coup dans un contre-emploi total, convainquant contre toute attente. À noter, au cœur du film, ces citations en abyme (car le critique d’âge canonique visionne sur petit écran ses classiques) : extraits de Solaris, de Tarkovski, ou encore tel plan serré sur une légion de crabes invasifs, tiré de Océans, le docu de Jacques Perrin – Ô cinéphilie! Ajoutons que, dixit Gaspar Noé, le scénario tenait en dix pages, et que tous les dialogues ont été improvisés – performance supplémentaire, d’une admirable virtuosité. Pour le spectateur –  et à n’en pas douter c’était bien l’intention de Gaspar Noé – , Vortex reste une épreuve. Non tant par la violence de l’image, comme c’était le cas dans Carne, Seul contre tous ou Climax, que par l’atroce pesanteur qui pèse sur ces existences parvenues à leur terme : ce qui s’appelle l’inexorable. 


Pourquoi on peut dire merci à Éric Zemmour

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Éric Zemmour lors d'un discours devant ses soutiens après son élimination au soir du premier tour, 10 avril 2022 © Michel Euler/AP/SIPA

Une tribune libre d’Aurélien Marq


Il y a un an, nous pensions tous que le résultat du premier tour de ces élections serait exactement ce qu’il est : un face à face entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, avec Jean-Luc Mélenchon sur la troisième marche du podium !

Cher Éric Zemmour, n’ayez pas de regrets. Un temps, nous avons retrouvé l’envie d’espérer, même si la déception est douloureuse. Mais la situation aujourd’hui n’est pas pire que ce que nous anticipions à l’époque. Elle est même, en réalité, bien meilleure, grâce à vous.

Merci d’avoir imposé dans le débat politique des vérités trop longtemps niées : le grand remplacement et le grand déclassement, l’idée de la remigration des clandestins et des délinquants étrangers, la différence entre les musulmans et l’islam, mais l’identité de fait entre l’islamisme et l’islam – vous auriez dû, je crois, préciser « l’islam sunnite des 4 madhhabs orthodoxes », mais toutes les personnes de bonne foi ont compris.

Merci pour l’enthousiasme : nous sommes une minorité, mais nous avons la ferveur. Nous sommes une minorité, mais nous sommes la voix de tous ceux à qui la bien-pensance impose de se taire depuis des décennies. Nous sommes une minorité, mais il y a un an beaucoup d’entre nous pensaient être seuls, et nous avons découvert que nous sommes des millions.

Merci d’avoir condamné sans aucune ambiguïté le groupuscule des « Zouaves Paris ».

Merci d’avoir inlassablement appelé à l’assimilation : mon frère d’armes est mon frère, même s’il n’est pas mon frère de sang.

Merci de nous pardonner si, dans les prochains jours, la déception nous rend amers ou démotivés. Et merci de nous rappeler à l’ordre et de nous interdire de nous abandonner à l’amertume ou au « à quoi bon ? »

Merci d’avoir soutenu Mila, même en sachant qu’elle vous rejetait. C’est ça, défendre la liberté d’expression.

Merci pour Patrick Jardin.

Merci pour Évelyne, la mère de Julien Vinson.

Merci pour Gérald et Évelyne Cohen. Ils n’ont pas encore obtenu justice pour leur fils, mais sans vous, ils n’auraient même pas pu la demander. Merci d’avoir rappelé à la jeunesse de France que Jérémie était son frère. Merci pour cette minute de silence. 

La place de Reconquête pourrait demain être déterminante

Que se passera-t-il demain ? J’aimerais une victoire de Marine Le Pen, puis aux législatives une alliance des droites – Eric Ciotti et le courant qu’il incarne, le Rassemblement National, Debout la France et Reconquête – emportant la majorité à l’Assemblée, Reconquête y pesant assez pour que son rôle soit déterminant. Nous devons y croire et œuvrer en ce sens. Mais pardonnez-moi, ce soir, un certain pessimisme. Et d’envisager le pire, pour nous y préparer.

Alors imaginons la réélection d’Emmanuel Macron, et un électorat confirmant sa répartition en trois tiers : un bloc de gauche souhaitant démolir la France (la gauche souverainiste ayant, de facto, disparu des urnes), un bloc de centrisme autoritaire souhaitant dissoudre la France, un bloc de droite souhaitant que la France reste la France. Hélas, les deux premiers ont en commun le choix du multiculturalisme, et feront donc alliance contre la droite pour que la France devienne, inéluctablement et sans doute irréversiblement, multiculturelle. Je n’insisterai pas sur le rêve de « créolisation » de Mélenchon. Dans une tribune saluée – ce n’est pas un hasard – par le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Emmanuel Macron déclare : « La loi française parle d’assimilation, qui dit que vous arrivez d’un autre pays, vous voulez devenir Français et donc vous êtes assimilés, complètement digéré. Moi je préfère le concept d’intégration. »

Le multiculturalisme, c’est une France archipelisée, une France américanisée, une France qui ne sera plus ce que nous appelons « France » mais un territoire dont des communautés rivales se disputeront les espaces et les richesses, un territoire sans aucun sens du bien commun, puisqu’il n’y aura plus de commun. La fin de la République, la fin de la vraie laïcité, la fin de la souveraineté populaire – sous le regard gourmand de l’UE et de l’OTAN, Macron injurie les peuples qui affirment leur souveraineté et il veut les punir : c’est le cas des Polonais, c’est le cas des Hongrois. Ce sera l’heure des suzerainetés des bandes tribales (le vote Mélenchon) et des seigneurs de la guerre économique (le vote Macron), avec la bénédiction des technocrates et des maîtres-censeurs.

Les Français au sens que, d’après Malraux, De Gaulle donnait à ce mot : « ceux qui veulent que la France ne meure pas », ces Français – de toutes origines – ne seront plus qu’une communauté parmi d’autres dans l’espace géographique « France ». Ils devront alors et de toute urgence en prendre acte, pour mieux comprendre qu’ils seront, malgré tout, la plus nombreuse et la plus puissante de ces communautés. Ils devront apprendre à se penser ainsi, à s’organiser ainsi, pour défendre leurs intérêts mais aussi autre chose : l’héritage de notre culture et, plus encore, de notre civilisation. 

Zemmour ne dit pas aux Français ce qu’ils veulent entendre

Si Emmanuel Macron est réélu et n’est pas contraint à une cohabitation après les législatives, il continuera le démantèlement méthodique de l’État, dégradera encore les services publics hérités du Conseil National de la Résistance, afin de faire d’un maximum de gens la clientèle captive d’opérateurs privés auxquels, de fait, il vend l’État à la découpe – McKinsey n’est que le symbole d’une démarche beaucoup plus générale.

Il y aura des crises, et des contestations sociales en elles-mêmes légitimes, mais qui seront – l’expérience des gilets jaunes le prouve – infiltrées et corrompues par l’extrême-gauche, et Macron dira : « moi ou le chaos ». Il faudra offrir à ces contestations une manière de s’exprimer qui ne dresse pas le peuple et les forces de l’ordre les uns contre les autres : seuls les prédateurs, en col blanc ou en qami, sortiraient gagnants d’un tel divorce.

Les victimes de la « disruption » macronienne auront besoin de vous. Quelqu’un qui ne leur a jamais menti. Quelqu’un qui leur a dit non pas ce qu’ils voulaient entendre, mais ce qu’ils devaient entendre. Un jour, ils écouteront.

Et le plus important, sans doute. La jeunesse de France est massivement endoctrinée. Nos enfants sont soumis, quotidiennement, à la propagande dite « progressiste », qui est la négation de tout progrès. L’histoire est réécrite, remplacée par une fable « inclusive » et surtout imprégnée de racisme anti-Blancs, c’est le triomphe des subjectivités, de l’arbitraire plutôt que la quête du vrai, des susceptibilités exacerbées de toutes les minorités vagissantes, et de la volonté méthodique de dévaloriser la civilisation européenne. Ce sont les programmes scolaires et les manuels que dénonçait Souâd Ayada. C’est le wokisme (et pas seulement le transactivisme) qui triomphe chez Disney, à Hollywood, dans les productions Netflix. C’est l’effondrement du niveau scolaire, et la réécriture « politiquement correcte » des livres (les classiques de la Bibliothèque Verte, par exemple).

Nous devons aux enfants de France – mais pas seulement à eux, à tous les enfants, d’où qu’ils soient – de mener la bataille culturelle, pied à pied, chaque jour, partout, contre l’endoctrinement, pour leur enseigner à la fois la pluralité des idées et la quête de la vérité, à la fois la rigueur de l’apprentissage et la liberté de penser, de douter, de questionner. Qu’on peut rêver d’être un héros, et pas seulement du dernier I-phone ou d’une Rolex. Que Reconquête et les éditions Rubempré mettent à la disposition de tous des manuels, des fiches thématiques, des recueils d’exercices, des essais, des romans, des films, des listes d’ouvrages de référence, qui élèvent le niveau et ne soient pas du poison pour l’esprit et pour l’âme !

Pour ce combat, peut-être le plus crucial qui soit, nos enfants auront besoin de vous.

Je sais que vous ne les abandonnerez pas. Et pour ça aussi, merci.

Macron: ça se bouscule au portillon!

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Emmanuel Macron et Nicolas Sarkozy participent aux commémorations du 75e anniversaire du débarquement de Provence, Saint-Raphaël, 15 avril 2019 © Eric Gaillard/POOL via AP/AFP

Ils viennent du PS, des LR, du Printemps républicain ou d’ailleurs. Emmanuel Macron ne compte plus ces ralliements qui ont le mérite d’affaiblir ses adversaires. Mais ces pique-assiettes électoraux pourraient bien être ses futurs frondeurs.


Les défections dans l’entourage d’Anne Hidalgo et de Valérie Pécresse ont affaibli les deux candidates – elles terminaient hier soir au premier tour à moins de 2% pour la première, et moins de 5% pour la seconde – sans changer fondamentalement la donne pour le président, ultra favori à sa propre succession. Les ralliements et débauchages constatés ces derniers jours visent sans doute davantage à préparer des législatives qui s’annoncent très compliquées pour la majorité présidentielle.

L’ancien ministre Jean-Pierre Chevènement et le maire de Dijon François Rebsamen côté PS, la maire de Calais Natacha Bouchart, la présidente de la métropole d’Aix-Marseille Martine Vassal, le président de la commission des finances de l’Assemblée nationale Éric Woerth, côté LR ; le président ex-LR de la région PACA Renaud Muselier, Amine El Khatmi et Gilles Clavreul, du Printemps républicain… Il ne s’est pas passé une semaine cet hiver sans qu’un élu ou une personnalité d’envergure se rallie à Emmanuel Macron. Et ça fait mal.

Socialistes et LR opportunistes rallient Macron

L’entourage de Valérie Pécresse a tenté de minimiser la défection d’Éric Woerth, « parlementaire en fin de carrière », selon le mot aimable du président des Républicains, Christian Jacob. En réalité, le départ de Woerth accable la candidate LR. Christian Jacob le sait.

Idem au PS, où François Rebsamen n’est pas le premier venu. Il a été ministre du Travail (2014-2015) et numéro deux du parti pendant dix ans (1997-2008). Sa défection a plombé encore un peu plus Anne Hidalgo, mais quel est le gain pour Emmanuel Macron ? À 2,5 % d’intentions de vote, la maire de Paris n’était plus dans la course. Le ralliement d’un ou plusieurs éléphants socialistes restera sans grande conséquence sur la présidentielle.

En ce qui concerne les législatives, c’est différent. Connu de tous dans son fief de Côte-d’Or, le maire de Dijon apporte à LREM ce qui lui manque cruellement, de la notoriété ciblée et de l’implantation locale. « La majorité présidentielle s’attend à perdre du terrain et elle a besoin de candidats crédibles pour éviter la débâcle, décrypte un ex-Marcheur. En face, l’opposition n’est pas morte. Le PS vaut plus que les 2,5 % d’intentions de vote d’Hidalgo. Il part avec l’intention de garder ses 28 circonscriptions, voire d’en gagner quelques-unes. »

Idem à LR. Certes, Valérie Pécresse a fait une campagne décevante, soutenue par un parti tiraillé entre ceux qui regardent vers Éric Zemmour et ceux qui lorgnent vers Emmanuel Macron. Le député sarkozyste de l’Yonne Guillaume Larrivé a même appelé le 22 mars dans Le Point à « construire une nouvelle majorité » avec les macronistes en cas d’élimination de Valérie Pécresse au premier tour. Un appel au secours, le geste désespéré d’un élu voyant arriver le naufrage ? Pas forcément. Les Républicains tiennent 45 départements sur 94. Ils en ont remporté sept en 2021. Ils sont moins nombreux, mais plus expérimentés que les marcheurs. La construction de la « nouvelle majorité » que Guillaume Larrivé appelle de ses voeux pourrait se transformer en piège pour les macronistes. L’arrivée de quelques dizaines de cadors LR risquerait fort de tourner à la prise de contrôle d’Ensemble citoyens !, la coalition lancée en novembre dernier pour regrouper les formations qui soutiennent le président sortant.

Or, à ce stade, pour construire une majorité à l’Assemblée, les macronistes cherchent des alliés de sensibilités différentes en fonction des circonscriptions. À Dijon, il s’agit de travailler avec le centre gauche pour battre la droite ; en PACA, il faut se marier avec le centre droit pour battre le RN ; à Paris, on s’orienterait aussi vers un rapprochement avec le centre droit, mais pour battre la gauche et les écologistes ! Les marcheurs tiennent deux circonscriptions parisiennes sur trois (13 sur 18 exactement). En garder la moitié serait un soulagement. Pour y arriver, il faut pencher à droite dans l’Ouest parisien et à gauche dans l’Est. Compliqué.

Exercice délicat également dans le Vaucluse. LREM a deux députés dans le département, qui compte cinq circonscriptions au total. Ils étaient tous les deux suppléants en 2017. L’un penche à droite et l’autre à gauche ! Le marcheur de droite est Adrien Morenas, suppléant de Brune Poirson, élue d’un cheveu face au RN (50,67 %). Devenue secrétaire d’État, elle lui a très vite cédé son siège. Au fil de son mandat, Morenas a amélioré ses relations avec son voisin LR, le député Julien Aubert. Il s’est attaché à défendre les intérêts des agriculteurs de sa circonscription, sans envolée lyrique contre l’extrême droite, appelant à une immigration « encadrée ». Principe de réalité…

Dans la première circonscription, en revanche, celle d’Avignon, la députée LREM en fait des tonnes à gauche ! Souad Zitouni était la suppléante de Jean-François Cesarini, qui l’avait emporté face au RN au second tour en 2017, grâce à des reports de voix Insoumis. Il est décédé en 2020. Sa suppléante tape sur Éric Zemmour, sans garantie. Les enquêtes d’opinion montrent que les électeurs de Jean-Luc Mélenchon ne se reporteront massivement vers les candidats estampillés majorité présidentielle dans aucun cas de figure. « Faire barrage au RN », ils ont déjà donné.

En définitive, à l’échelle du pays, il n’y a pas beaucoup de circonscriptions où les Marcheurs peuvent regarder les législatives avec sérénité. Compter sur des triangulaires ne serait guère raisonnable, car il faut 12,5 % des inscrits, et non des votants, pour pouvoir se maintenir. Avec une abstention que les sondages annoncent élevée, la barre sera difficile à franchir. En 2017, il n’y a eu qu’une seule triangulaire, sur 577 scrutins locaux !

Les durées leçons du quinquennat pour la majorité

La situation est compliquée même en Bretagne, région qui a voté le plus massivement en 2017 pour Emmanuel Macron. LREM avait raflé 21 députés sur 27, dont huit sur huit dans le Finistère, département de Richard Ferrand. Le problème est que ce dernier, comme tant d’autres, a été élu par un quart des électeurs seulement. L’actuel président de l’Assemblée a gagné au second tour avec 56 % des suffrages et 48 % de votes exprimés. Autrement dit, sur 89 000 inscrits dans sa circonscription (la 6e), Richard Ferrand en a convaincu un peu moins de 21 000… Et c’était le sommet de la vague LREM ! Aux régionales de 2021, qui correspondent au contraire à un gros creux, le parti présidentiel était devancé en Bretagne par le PS, LR et les écologistes. À 14,7 % des voix, il était talonné par le RN (13,2 %), dans une région qui n’a pourtant jamais été favorable à la maison Le Pen. « Le postulat selon lequel les électeurs donnent logiquement à un président fraîchement élu des députés pour gouverner ne se vérifie pas toujours, rappelle un élu PS breton. En 1988, les Français ont réélu François Mitterrand mais nous, au PS, nous n’avons pas obtenu la majorité absolue à l’Assemblée. »

Qu’en sera-t-il cette année, difficile à dire. Il y avait 314 députés Marcheurs en 2017. Entre les exclusions et les défections, leur nombre s’est réduit significativement au fil de la mandature. Ils sont désormais 267. C’est une évaporation inédite sous la Ve République. Parmi ceux qui sont restés dans le groupe, une cinquantaine a annoncé son intention de ne pas se représenter. Quant aux autres… Il y a actuellement une grande opacité sur les investitures au sein d’Ensemble citoyens ! mais une chose est sûre : les erreurs de casting ont été trop nombreuses pour que quiconque ait envie de parier à nouveau sur une armée de bizuths. Certaines de ces erreurs ont eu des conséquences spectaculaires, comme en témoignent les déclarations de Martine Wonner, députée du Bas-Rhin, exclue du groupe en 2020 suite à des prises de position détonantes sur la gestion de la crise du Covid.

D’autres ont été plus discrets, ce qui ne les a pas empêchés de savonner activement la planche à la majorité présidentielle dans leur circonscription. Jennifer de Temmerman, députée du Nord, a rejoint une liste d’union de la gauche aux régionales de 2021. Rarement interrogée par la presse nationale, elle ne rate jamais une occasion de dire tout le mal qu’elle pense de la Macronie dans La Voix du Nord et L’Indicateur des Flandres

Autre souci, des néodéputés LREM ont fait leur mandat jusqu’au bout au sein du groupe, souvent avec sérieux, mais sans réussir à percer politiquement, s’enfermant dans un anonymat dramatique. Le cas le plus ahurissant est Laurent Saint-Martin, candidat LREM à la présidence de la région Île-de-France en 2021. Il faisait figure d’inconnu dans le scrutin, alors qu’il était député du Val-de-Marne depuis quatre ans déjà ! Mais est-ce de sa faute ? À force de ne laisser aucun espace politique à ses députés, la majorité présidentielle a raté son implantation locale. 22 députés LREM se présentaient aux municipales en 2022, un seul a gagné (Olivier Gaillard, à Sauve, Gard, 1 900 habitants). La leçon était douloureuse et elle a été bien apprise. Plus personne, à Ensemble citoyens ! ne prend le pari que les électeurs voteront pour des inconnus comme ils l’ont fait il y a cinq ans, en se fiant à une étiquette. Cette fois, il faudra des têtes d’affiche. Vous trouvez qu’il y a beaucoup de ralliements à Emmanuel Macron ? Il n’est peut-être pas du même avis.

Les mystères du premier tour

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Marine Le Pen, qualifiée pour le second tour, tient un discours à Paris le 10 avril 2022 © Francois Mori/AP/SIPA

Le “vote utile” est invoqué pour expliquer les scores si élevés d’Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon et même de Marine Le Pen. À droite, Valérie Pécresse et dans une moindre mesure Éric Zemmour en font les frais.


Le résultat du premier tour de l’élection présidentielle, succès inespéré pour les uns (Macron, Le Pen, Mélenchon), déception amère pour d’autres (Zemmour, Pécresse), illustre d’abord une nouvelle loi des processus électoraux : les tendances qui s’expriment dans la dernière phase de la campagne s’exacerbent et vont à leur terme le jour du vote.

Emmanuel Macron, dont la cote resta longtemps bloquée dans les sondages autour de 23%, a ainsi fini à plus de 27%, sans doute à cause de la guerre en Ukraine. Encore plus surprenant, le résultat de Jean-Luc Mélenchon. Qui eut cru qu’il finirait à plus de 21% ? Il faut y voir la conjugaison de deux phénomènes : le rejet, souvent violent, du président sortant dans l’électorat de gauche et le souci du “vote utile” encore plus marqué à gauche qu’à droite. Poutou, Arthaud, Hidalgo et même Jadot et Roussel ne pouvaient faire mieux que ce qu’ils ont fait. L’électorat devient binaire.

Pécresse et Zemmour font les frais du “vote utile”

Le corollaire de ce phénomène émergeant et surprenant, non dans son principe mais dans sa force, est la chute, elle aussi anticipée dans les dernières tendances, d’Éric Zemmour et Valérie Pécresse.

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Le piteux résultat de Mesdames Hidalgo et Pécresse, candidates des deux partis qui ont si longtemps dominé la scène française, pourrait bien marquer la fin d’une époque et le début d’une autre dont les contours sont encore difficiles à discerner.

Aucun sondage n’avait donné Marine Le Pen aussi haut que ses 23,4 % finaux. Elle faisait en début de campagne jeu égal avec Eric Zemmour autour de 15-17%. Puis, à environ deux semaines du premier tour, sa cote dans les sondages s’est envolée. Joua, là aussi, le mécanisme du “vote utile”, qui nous a certes heureusement évité un second tour Macron-Mélenchon, mais qui n’est peut-être pas la meilleure manière de désigner ni le meilleur candidat au second tour ni surtout le plus apte à gouverner la France. Comme une balance peut hésiter quelque temps avant de pencher de manière définitive d’un côté ou de l’autre, dès lors que l’avantage de Marine Le Pen a paru irréversible, l’électorat d’Éric Zemmour s’est réduit au minimum où il a fini.

Un second tour ouvert

Il reste très curieux que ce basculement sans retour de la droite forte se soit produit en même temps que la plongée de Pécresse, partie, elle aussi, bien plus haut dans les sondages que son résultat final. Y a-t-il un lien entre les deux ? On peut effectivement se le demander. Il n’y a a priori pas de lien direct : ni par la sociologie, ni par la psychologie, ces deux électorats ne sont fongibles. La préférence des femmes pour une autre femme peut-il avoir joué ?

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Une autre grille de lecture serait que des décisionnaires puissants (qui ne sont pas pour autant des comploteurs) aient pensé, dès qu’elle a été désignée, que Valérie Pécresse pourrait être une solution de rechange par rapport à Macron dont tout le monde sentait l’usure. Déçus à leur tour par la chute de Pécresse, les mêmes auraient pu se dire que Marine Le Pen qui avait tout fait pour devenir politiquement correcte, pourrait, avec un entourage adéquat, être aussi une solution de rechange acceptable. Il ne leur restait qu’à organiser par des canaux invisibles, en partie par la bouche à oreille, la montée de Marine Le Pen et la chute d’Eric Zemmour, tombé bas par l’effet inexorables de ces mécanismes , malgré une brillante campagne.

Reste, enfin, que selon un sondage récent, 66% des Français veulent changer de président, chiffre qui correspond bien davantage au vécu que le résultat brut des urnes hier. Et que c’est l’extrême gauche, qui approche les 30% en comptant les écologistes, qui, le cas échéant par l’abstention, pourrait bien arbitrer le second tour…